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Notre classe

L’Etat renie ses engagements (pour changer)

Fusion Alstom-Siemens. Grève pour la préservation des sites et des emplois

Inquiétude de l’Intersyndicale quant à la préservation de l’emploi chez Alstom. Mercredi, une délégation de syndicalistes d'Alstom a été auditionnée par les députés de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale. Ce jeudi l’intersyndicale d’Alstom (CFDT, CFE-CGC, CGT et FO) avait appelé à la grève et à un rassemblement national à Bercy, au ministère de l’Economie. Sur les sites hors région parisienne, plusieurs débrayages à signaler comme à Tarbes ou au Creusot.

Le 26 septembre dernier la fusion entre le géant industriel français Alstom et l’allemand Siemens était approuvée par les conseils d’administration des deux firmes. Alors qu’Alstom, qui a conçu entre autres le TGV, les TER ou les tramways, est considéré comme « le fleuron de l’industrie française », on assiste à un tournant voulu par le gouvernement jupitérien pro-Bruxelles qui veut faire d’Alstom, « l’Airbus du ferroviaire ». Pour Laurent Desgeorge, délégué CFDT Alstom, « c’est une fusion-absorption, c’est Alstom qui absorbe Siemens mobility, par contre à la fin, on donne les clés de la boutique à Siemens, et c’est eux qui seront à la gouvernance totale. Donc c’est quelque part un petit peu la fin d’Alstom, on arrive à l’achèvement. Il y a 2 ans c’était la partie énergie, aujourd’hui c’est la partie transports qui va partir et il ne restera plus grand-chose d’Alstom. »

Une épée de Damoclès sur les 9 000 salariés d’Alstom France

« La crainte c’est sur les salariés, puisque c’est sur l’emploi qu’on a de grosses craintes en France, c’est ça qui peut nous poser de gros problèmes. On veut vraiment savoir ce qu’il y a dans l’accord Etat-Siemens-Alstom » poursuit le représentant. D’ailleurs, dès octobre, l’intersyndicale estimait que les « synergies annoncées avec ce projet de fusion-absorption font peser les plus grandes menaces sur les emplois dans la construction ferroviaire ». Elle exigeait du gouvernement « qu’il prenne les mesures qui s’imposent pour préserver tous les sites Alstom en France, toutes les activités et tous les emplois sur chaque site ».

Dans une perspective de surprofit capitaliste, le géant allemand pourrait être tenté par des économies d’échelle. Et donc, finir par licencier à tour de bras. « Au siège par exemple, les services des ressources humaines ou de la finance pourraient se séparer de certains postes », explique Claude Mandart, délégué CFE-CGC Alstom. De plus, « pour les activités de signalisation, Siemens dispose des mêmes services à Châtillon dans les Hauts-de-Seine », alors « pourquoi pas des emplois supprimés », redoute le syndicaliste.
Pour rappel, depuis 2014, l’État contrôlait provisoirement 20% d’Alstom, ces titres lui ayant été prêtés par le groupe Bouygues. Bien qu’ayant jusqu’au 17 octobre la possibilité d’acheter définitivement ces titres, il n’en a eu que faire préférant cette fusion. En visite, fin octobre, sur le site d’Alstom à Belfort, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, avait assuré aux salariés que « les engagements pris dans le cadre du rapprochement entre Alstom et Siemens garantissent la pérennité du site ». Pourtant les syndicats fustigent le manque de transparence de l’Etat dans le dossier.

Le rassemblement à Bercy ce jeudi 30 novembre atteste de la crainte de l’intersyndicale, et de son absence de dialogue avec l’Etat. Par ailleurs, le tract unitaire met l’Etat devant ses responsabilités : « en application du décret du 14 mai 2014 relatif aux investissements étrangers soumis à autorisation préalable, Siemens doit obtenir l’autorisation du gouvernement pour pouvoir acquérir Alstom. Donc, l’Etat a une grande responsabilité dans ce projet ». Le problème, bien entendu, n’est pas la nationalité du patron qui rachète, mais sa qualité de patron, et la logique qui va avec.

600 postes supprimés après la fusion entre Alstom et General Electric

Or, en se retirant d’Alstom, l’État a « renié les engagements qu’il avait pris au moment de la vente » des activités énergie à l’américain General Electric, « à savoir devenir actionnaire de référence pour garantir le maintien des emplois ». Une fusion avec la firme américaine qui s’était traduite par une saignée dans les effectifs. Alors que General Electric avait promis de maintenir l’emploi, 600 postes auraient été supprimés depuis deux ans selon la CFE CGC.

L’assurance a été donnée qu’aucun site ne fermera dans les quatre ans après la « fusion » dont le closing est fixé à fin 2018. Si l’on se réfère à Nicolas Barré, directeur du plus communiste des journaux, Les Echos, « l’assurance que rien ne bougera pendant quatre ans ressemble même à une manière d’endormir la proie et n’offre aucune certitude d’un ancrage durable en France. » Mais, avec le précédent General Electric, est-il encore raisonnable de croire aux promesses d’un Etat qui, par ailleurs, brise le Code du travail ? Et, quand bien même la promesse se vérifierait, « l’Airbus du ferroviaire » aurait alors, en 2022, toute latitude, et la plus grande considération de l’Etat pour jeter ses salariés tels des kleenex ?

Fusion ou non, un seul mot d’ordre : maintien de tous les postes, sites et activités bien au-delà de 2022 !

[Crédit : AFP]




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