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Politique

« Des pratiques d’un autre temps »

G20 : la SNCF demande aux cheminots de partir à la chasse aux "militants" et "zadistes"

Du 7 au 8 juillet Hambourg accueillera le sommet du G20. A cette occasion, des milliers de militants politiques, écologistes, anticapitalistes sont attendus. A Hambourg, l’Etat a prévu de les accueillir en déployant près de 20 000 policiers. Mais faudrait-il déjà que les manifestants puissent atteindre la ville. En effet, un document de la SNCF, qui a fuité ce mardi, demande aux agents de « signaler les personnes dont le comportement pourrait laisser supposer un comportement militant porté à l’extrême ».

Le tandem France Allemagne s’est organisé pour s’assurer que le G20 ne soit pas « perturbé » par les milliers de personnes déterminées à venir manifester le jour J.

Du côté des allemands, 20 000 policiers sont prévus pour assurer la « sécurité » de l’événement et une zone de 38 kilomètres carrées a été interdite aux manifestations. Mais l’entreprise de militarisation d’Hambourg pour le G20 est une opération collective et solidaire menée de concert avec les pays de l’Union européenne. En plus des policiers réquisitionnés des pays voisins, un document de la SNCF révèle que l’Etat français prévoit également de faire en sorte que ses ressortissants - qui comptent bien aller manifester les 7 et 8 juillet ne puissent pas quitter le territoire…

La direction de la SNCF, collaboratrice de l’Etat policier

L’info a été révélée par SUD Rail ce mardi. Un document placardé dans certains bureaux d’agents de la SNCF dans l’Est de la France indique que la SNCF demande à ses agents de « signaler » les « militants » et « zadistes » qui tenteraient de passer la frontière. Une note qui émanerait du pôle TGV Lorraine, à la frontière avec l’Allemagne.

Le texte est clair. Il demande, à l’occasion du sommet international, qui se tient vendredi et samedi à Hambourg, aux personnels des trains et des escales de signaler jusqu’au 13 juillet les « personnes dont le comportement pourrait laisser supposer un comportement militant porté à l’extrême (personnes appartenant au mouvement zadiste venant de Notre-Dame-des-Landes mais également des Alpes) ». Les signalements, précise la note, doivent être transmis en temps réel au poste de commandement des agents de sécurité de la SNCF (Suge). La note fait référence à une procédure « déjà déclenchée lors de l’Euro 2016 » afin notamment « d’anticiper les mouvements de foules difficiles ».

Un document qui a fait bondir certains cheminots qui se sont empressés de diffuser l’information. De suite, le syndicat Sud Rail a décidé de publier un communiqué intitulé « La SNCF, collaboratrice de l’Etat policier » dans lequel il demande aux cheminots « ne pas appliquer » cette « directive liberticide ». Pour le syndicat, elle dénote des « pratiques d’un autre temps, et sous couvert de lutte antiterroriste, l’Etat veut maintenant contrôler, ficher et bloquer tout militant associatif ou politique qui voudrait se rendre au G20 pour manifester ».

Depuis la fuite de l’information, le porte parole de la SNCF a présenté ses « excuses » et qualifié cette note « d’initiative locale, malheureuse et regrettable ». Pourtant il semblerait bien que ce document émane « d’une demande de l’Etat » comme il est écrit sur le document. Une demande explicite de répression à l’encontre d’un groupe ciblé qui, comme le raconte Bernard Poncet, membre du bureau fédérale du Sud Rail, ne serait pas une première. Une pratique récurrente à la SNCF qui d’habitude se fait plutôt à l’oral pour éviter les scandales.

En effet, les demandes de « flicage » ciblées sur certaines catégories de la population sont notoires à la SNCF. En région PACA ou en région parisienne, les directions locales envoient des consignes aux cheminots sur les migrants.

Plus généralement, au prétexte des menaces terroristes et de l’état d’urgence, une militarisation accélérée des gares et des trains a été mise en place depuis 2015. Ainsi, depuis octobre 2015, les 3000 agents de sûreté SNCF peuvent exercer armés et en civil à bord des trains. Ce sont également les contrôles d’identité et de sécurité qui ont été renforcés permettant d’intensifier la répression des personnes des quartiers populaires.

Face à la demande de « collaboration » des agents de la SNCF - dont les intérêts ne seront certainement pas défendus lors de cet énième G20 – à la répression des militants et manifestants ce weekend, l’exemple de ces travailleurs de la SCNF qui refusent d’appliquer les directives est à suivre !




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