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G5 du Sahel : Macron Françafrique

Les chefs d’Etat du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) se sont réunis dimanche 2 juillet à Bamako pour acter la création de leur force anti-terroriste conjointe. Macron était présent afin de coordonner le tout.

Crédit photo : REUTERS/ LUC GNAGO

Le Malien Ibrahim Boubacar Keïta, président en exercice du G5 Sahel, a accueilli samedi après-midi, Idriss Déby Itno (Tchad), Mohamed Ould Abdelaziz (Mauritanie), Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso) et Mahamadou Issoufou (Niger) ; Emmanuel Macron les a rejoint plus tard dans la nuit.

Il a été acté la création d’une force anti-terroriste conjointe. Le but étant de lutter ensemble contre les attaques djihadistes qui visent le Mali et gagnent les États voisins, en pouvant poursuivre la traque au-delà des frontières.

L’objectif, dans un premier temps, est de déployer un dispositif de 5 250 hommes représentant 7 bataillons de 750 hommes répartis sur 3 zones frontalières. Les soldats seront fournis par les cinq pays, qui ambitionnent de doubler cet effectif à terme. Cette force, déployée dans un premier temps aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger, s’ajoutera à l’opération française Barkhane et à la Mission de l’ONU au Mali (Minusma).

Macron a été très clair, cette force militaire n’a pas pour but de remplacer ces opérations mais viendrait en complémentarité. De plus, l’effectif de cette force africaine correspond à 1 000 hommes de plus que la force française Barkhane. Malgré son équipement de pointe (hélicoptères, drones et avions de transport) cette dernière peine à couvrir cette zone immense. Macron, en plus de laisser l’armée française mener des opérations militaires dans la région, laissera celle ci être un appui sur le plan opérationnel et sur le renseignement et fournira 70 véhicules tactiques.

Derrière cela, il y a également une question de gros sous. Pour l’instant les pays du G5 ont annoncé débloquer 10 millions d’euros chacun, la France 8 millions en 5 ans en plus de l’aide militaire. L’Union Européenne a promis 50 millions. Ca serait « l’amorce d’un engagement dans la durée » que compte favoriser Paris, selon Macron. L’Agence française de développement (AFD) débloquerait « 200 millions sur 5 ans » spécifiquement pour le Sahel.

L’AFD a pour but de mettre en œuvre la politique définie par le gouvernement français. Sa mission est soi-disant d’agir pour combattre la pauvreté et favoriser le développement durable. Alors que vient-elle faire ici ? Financer une guerre impérialiste dans le Sahel favoriserait-il la lutte contre la pauvreté ?

L’AFD a déjà trempé dans quelques affaires, mise en cause dans la déforestation en Afrique centrale, elle a aussi, selon la Commission nationale anti-corruption du Cameroun (Conac), une société écran qui est soupçonnée de fraudes. En décembre 2013, la CONAC a présenté son rapport d’activités 2012 à Yaoundé indiquant que plus de 113 milliards de francs CFA ont été détournés à la Société de développement du coton (Sodecoton) entre 2002 et 2011 par deux sociétés dont celle de l’AFD.

La question financière est d’autant plus sensible que le président tchadien, dont le pays est déjà engagé dans la Minusma et dans la force multinationale contre le groupe nigérian Boko Haram, a menacé de se retirer de ce projet pour des raisons budgétaires. Ces promesses de « don » tombent à point. Le G5 estime que le coût de l’opération s’élève à 423 millions d’euros. On en est loin, et c’est bien pourquoi Macron compte sur l’appui des Européens, en particulier, des Belges et Hollandais, déjà dans la Minusma, et surtout de l’Allemagne, déjà engagée dans la remise à niveau de l’armée malienne. Pour ce faire il explique que son engagement militaire au Sahel protège l’Europe toute entière. Le 21 juin, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution qui « salue » le déploiement de cette force mais sans lui délivrer de mandat et surtout sans lui allouer de fonds.

Macron demande des gages au G5. « Ce sera à vous et à vos armées de convaincre que le G5 peut être efficace, dans le respect des conventions humanitaires. Les résultats doivent être au rendez-vous pour convaincre nos partenaires ». Ainsi, il espère accélérer le déploiement de cette force afin qu’elle soit déployée d’ici la fin de l’année mais également pousser les USA à mettre la main à la pâte. Les Etats-Unis étaient très frileux au moment de l’adoption de la résolution onusienne et ils ne pourraient s’associer à l’opération de manière bilatérale que s’ils constatent l’efficacité de l’opération. Washington a d’ailleurs publié un communiqué dans ce sens à la veille du sommet.

Idriss Déby est au pouvoir depuis 1990 et son coup d’état soutenu par la France, depuis il n’a pas quitté le pouvoir et est l’un des principaux piliers de la politique africaine française. Mohamed Ould Abdel Aziz s’est auto proclamé président du haut conseil d’Etat de Mauritanie. Il a été l’un des leaders du coup d’état de 2005 puis le leader de celui de 2008 qui le mènera au pouvoir. Mahamadou Issoufou est « réélu » le 20 mars 2016 pour un second mandat à la présidence de la république avec 92,51% des voix. Lors de l’investiture d’IBK l’ancien dictateur Moussa Traoré a été ovationné.

Lorsque le président Macron dit « nous y mettrons les moyens qu’il faut, la détermination qu’il faut, et je sais que cela prendra du temps. Mais nous gagnerons cette bataille pour la liberté », on se demande de quelle liberté il parle. Le développement du terrorisme dans le Sahel est directement lié à la politique néo-coloniale française et à ses interventions impérialistes. En soutenant ou en installant les dictatures en Afrique la France s’octroie la liberté de piller ces pays avec Areva, Total, etc.

« Nous avons chaque jour à affronter des terroristes, des voyous, des assassins », a affirmé Emmanuel Macron, mais comment les populations de la région qualifient l’armée française qui tuent un enfant de 10 ans et l’enterre dans le sable pour cacher leur crime ? Comment qualifient-ils l’armée française quand elle viole des centaines de femmes et d’enfants comme en Centrafrique ?

Macron explique que les djihadistes « se sont nourris de nos faiblesses, de nos hypocrisies, des complexes du passé, de notre inefficacité collective », ils se sont nourris des crimes, des bombardements de l’armée française, ils se sont nourris de la terreur que font régner les dictateurs africains soutenus ou mis en place par la France, ils se sont nourris de la pauvreté imposée par la France qui contrôle la monnaie avec le Franc CFA, avec le fait de piller les ressources de ces pays et avec l’obligation à la mono culture qui rend dépendant. Les Djihadistes qui commettent tant de crimes affreux se sont nourris de l’impérialisme et ce n’est pas en finançant une armée de plus qui commettra des crimes de plus que la situation évoluera dans le bon sens.




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