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Désastre social

GM&S. Le tribunal prononce une liquidation partielle et met 160 ouvriers au chômage

Epilogue ? Vendredi 30 juin, le tribunal de Poitiers a décidé une liquidation judiciaire partielle avec maintien de l’activité pour trois semaines de l’usine GM&S, à la Souterraine (Creuse). Une décision qui revient à mettre 160 salariés et leurs familles dans la misère.

GMD propose une reprise partielle en ruinant le potentiel de la Souterraine

Ce vendredi 30 mai, le tribunal de commerce de Poitiers a mis fin au redressement judiciaire de GM&S en plaçant l’entreprise en liquidation judiciaire partielle. En effet, le leader de l’emboutissage en France, le stéphanois GMS, a fait une offre ferme de reprise de 120 salariés, sur les 277 que comptent l’usine, là où les salariés réclamaient la reprise de 240 salariés. L’entreprise, spécialisée dans l’emboutissage de pièces détachées pour les grands constructeurs que sont Renault et PSA, sera donc réduite à ce que tous les représentants des salariés décrivent comme « un site de frappe ». Derrière cette expression, l’idée simple que l’usine est condamnée, à très moyen terme, à la mort. En effet, aujourd’hui, le site de la Souterraine reste une des rares usines du secteur à posséder des services diversifiés qui en fait une entreprise intégrée : maintenance de l’outillage sur place, conception des outils et une certaine diversification de la production étaient les atouts d’un site que les constructeurs ont décidé de couler en la réduisant à un simple exécutant totalement dépendant de GMS. L’avenir de la Souterraine qui se profile donc est de n’être plus qu’un site de production banal, sans atout et destiné à mourir. Les salariés le savent bien : les premiers salariés licenciés seront ceux des bureaux, notamment ceux qui sont capables aujourd’hui de répondre à des appels d’offre en concevant les pièces commandées par les industriels. Les commandes, c’était d’ailleurs la clef du conflit : pour conserver les 240 emplois, il fallait que l’entreprise ait un chiffre d’affaire annuel de 40 millions d’euros, là où PSA et Renault ne veulent aujourd’hui assurer que 22 millions annuels, pour des pièces qui lui sont (pour l’instant) indispensables. C’est donc en premier lieu Carlos Tavares (PDG de PSA) et Carlos Ghosn (Renault-Nissan) qui sont responsables de cette liquidation dont les conséquences sociales sont terribles : 157 salariés sur le carreau, dont beaucoup approchent la cinquantaine et auront peu de chance de retrouver un salaire dans le département sinistré qu’est la Creuse.

Trois semaines pour inverser la vapeur

La nouvelle est un coup de massue pour les salariés, qui avaient mandatés leurs représentants pour négocier avec GMD et reprendre plus d’ouvriers. Mais le groupe n’a rien voulu entendre, s’alignant sur la politique des constructeurs. Dans l’Assemblée Générale qui discutait de la décision du tribunal, beaucoup d’ouvriers avaient les larmes aux yeux, en entendant ce qui n’est rien d’autre qu’une condamnation à mort d’une usine dans laquelle certains ont travaillé pendant plus de trente ans, que beaucoup connaissent comme leur propre maison et dont l’ensemble des salariés est aussi soudé qu’une famille. Cependant, le tribunal a annoncé une poursuite d’activité de trois mois, qui seront trois mois cruciaux pour inverser la vapeur et faire augmenter à tout prix le nombre de repris et pour obtenir, pour les plus malchanceux, une prime supra-légale de licenciement qui leur permettrait de vivre en attendant de retrouver un emploi. Trois mois que les salariés comptent utiliser au maximum pour acculer les constructeurs et les pousser à augmenter leurs commandes. Les ouvriers ont d’ailleurs commencé dès vendredi, en allant symboliquement chercher, à Pôle Emploi, tous les formulaires d’inscription qui leur seront nécessaire. Une action symbolique qui remet les choses à leur place : liquider cette entreprise, qui est le deuxième employeur privé du département, c’est augmenter un taux de chômage déjà très élevé, dans un bassin d’emploi sinistré. Les salariés réfléchissent d’ores et déjà à une action la semaine prochaine, comme l’explique Yann Augras : « on ne lâchera rien parce qu’on connaît notre usine et qu’on sait qu’à 120, elle n’a aucun avenir. Je pense sincèrement que l’offre de GMD peut aller au-delà, on y mettra les moyens. On va taper sur l’Etat, on va taper sur les constructeurs et on va rien lâcher, parce qu’on pense aussi aux gens qui partiront. »




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