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Pour gagner, il faudra dépasser les divisions imposées par le patronat !

GM&S. Les travailleurs de la sous-traitance automobile en lutte contre la fermeture de l’usine

Les salariés et les représentants syndicaux de GM&S ont manifesté ce vendredi devant le tribunal de commerce de Poitiers. Spécialisée dans l’emboutissage et l’assemblage des pièces pour l’industrie automobile, le site à été placé en redressement judiciaire depuis le 2 décembre dernier. L’usine du groupe GM&S est sur le point de fermer ses portes et ce sont 283 salariés qui risquent de se retrouver sans emploi. Encore un nouveau combat pour les salariés qui se sont battus plusieurs fois par le passé pour la sauvegarde de leur outil de travail face à des repreneurs successifs. Depuis 2015, année où l’entreprise a été reprise par un homme d’affaire Italien, les employés vivent des périodes de chômage technique, mais ces derniers temps la situation s’est durcie, et ces dernières semaines des nombreux salariés n’ont pas travaillé. Aujourd’hui c’est tout le site qui risque de s’évaporer si les salariés ne prennent pas leur destin en main. Olivier Isidor

Les travailleurs de GM&S, endurcis par les anciennes batailles, ne vont pas donner leur bras à tordre, d’ailleurs leur lutte ne fait que commencer. C’est en tout cas le mot d’ordre des syndicats CGT et FO. Leurs actions ne se sont pas fait attendre : blocage des trains (pendant leur pause) à la gare de La Souterraine, et blocage de l’autoroute A20 en début de semaine. Mercredi, c’est en dehors du Creuset que la lutte s’est déplacée, en faisant une action coup de poing : plus d’une centaine de travailleurs ont manifesté pour bloquer les sites de pièces détachés de Renault dans l’Yonne et de PSA dans l’Allier, GM&S assurant la sous-traitance pour ces derniers. Ce matin c’est devant le tribunal du commerce de Poitiers, suivis par des dizaines de CRS, que les salariés se sont mobilisés. Le tribunal de Poitiers s’est laissé le temps de réflexion jusqu’à mercredi prochain.

Pendant que certaines usines débordent de travail, d’autres n’en ont pas assez. Accusées d’être improductives, ces usines sont vouées à la fermeture. A l’inverse de cette situation dont tous les travailleurs et travailleuses pâtissent, la planification de l’économie est une mesure qui permettrait de mieux gérer ces écarts entre différents pôles industriels, ainsi que l’interdiction des licenciements et la répartition des heures de travail entre tous et toutes pour palier le chômage qui délaisse à une partie de la société, les condamnent à la précarité et à la pauvreté.

La sous-traitance une arme de désorganisation massive

Depuis les années 80, la sous-traitance s’est répandue dans l’industrie mondiale comme une voile qui surfe la vague du néolibéralisme et les politiques thatchériennes. Il ne s’agit pas tellement d’un outil ou d’une façon de réduire les coûts de production, (certaines pièces sous traités coûtent plus cher que celles produits en interne) mais surtout d’une façon de désorganiser la masse des travailleurs et leur résistance, en la fragmentant face aux offensives de la patronal. En effet, la grande majorité des entreprises de sous-traitance ont une quantité d’effectifs limités en comparaison aux grands pôles industriels d’auparavant. L’usine de Renault Flins en est un exemple flagrant : si au milieu des années 70 elle comptait 20000 ouvriers, dès les années 90 leurs effectif étaient réduits à 7000 pour passer à 2500 en 2013. Les salaires des effectifs travaillant pour les entreprises de sous-traitance diminuent comme résultat de l’affaiblissement de la capacité de résistance et d’organisation syndicale, car beaucoup de ces entreprises de sous-traitance n’ont aucune organisation syndicale en leur sein. Le grand capital industriel soumet les entreprises de sous-traitance à une concurrence impitoyable, qui s’est traduit par une exploitation féroce de la main d’oeuvre qui serait impensable dans une entreprise de grande taille avec ses représentants syndicaux et la capacité de riposte et organisation ouvrière (grève, débrayages, blocages de la production etc).

Les conditions de travail en sous-traitance sont substantiellement moins bonnes que dans les autres pôles industriels, le travail est plus contrôlé et normé, le nombre d’accidents du travail est plus élevé, l’ambiance au travail est jugée moins bonne et enfin la santé des employés est moins suivie que dans les usines d’assemblage terminal.

La solidarité ouvrière comme moyen de riposte contre les suppressions d’emplois

Mercredi 25 janvier, les travailleurs de GM&S se sont déplacés aux sites de pièces détachés de Renault à Villeroy dans l’Yonne et celui de PSA dans l’Allier, pour bloquer l’accès au site. Les élus syndicaux centraux de Renault et PSA ont aussi apporté leur soutien, mais pour que la fermeture du site du creuset n’ait pas lieu, il faudra plus qu’une simple tape dans le dos et un soutien moral au combat des travailleurs de GM&S. Une grève de solidarité avec cette entreprise de sous-traitance, dès à présent dans les usines de Renault ou PSA, pourrait jouer un rôle central et faire basculer la balance du coté des travailleurs du Creuset en faisant reculer la direction. Dans le combat des travailleurs de MC Synchro il y a quelques semaines, on a pu voir comment la non intervention des syndicats de l’usine PSA Poissy (notamment la CGT) a pu permettre à la direction d’être à l’offensive et de ne pas fléchir face aux revendications des travailleurs en lutte.

Pour qu’aucun des 283 travailleurs de GM&S ne se retrouve sur le carreau, seul l’engagement de l’ensemble des travailleurs, syndiqués et non syndiques, des usines automobiles, pourra marquer un point d’arrêt à cette vague des licenciements, pour enfin passer à l’offensive.




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