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Politique

Journée du 22 mars

Gare de l’Est : 20 000 cheminots et manifestants se préparent à faire dérailler Macron

13h à Gare de l'Est. Les assemblées générales des gares parisiennes, d'une dimension « hors norme », ont rejoint la manifestation parisienne, à Gare de l'Est. On y retrouve des drapeaux des fédérations CGT de toute la France en nombre - la CGT qui n'était pas présente sur les piquets - aux côtés des nombreux drapeaux SUD-RAIL, FO et Unsa. Le micro annonce 20 000 manifestants qui rejoindront à Bastille, la manifestation de la fonction publique.

A l’Assemblée Générale qui s’est tenue à Gare du Nord, les cheminots – SUD-Rail et FO, surtout – se comptaient par plusieurs centaines. Mais ils n’étaient pas tout seuls : Cindy, de la CGT RATP, à leur côté, a fait une prise de parole, tout comme Amy, salariée d’ONET, sous-traitant dans le nettoyage de la SNCF. A la RATP, la grève a été appelée par l’Unsa, la CGT et FO. « Sur les bus RATP, on compte 30% de grévistes. Nous aussi on est en colère car ce qui se joue à la SNCF, concernant la privatisation et le statut, on le retrouve à la RATP. Par exemple, le T9 et T10 (tram) sont d’ors et déjà gérés par une filiale privée, la RATP-DEV, qui impose aux salariés des contrats de droit privé. Là aussi on a créé une filiale concurrente à la RATP pour mieux casser le statut et les conditions de travail. » raconte Cindy, conductrice de bus.

Monique, déléguée SUD-Rail, présente sur Gare du Nord, se dit elle-même impressionnée par le taux de mobilisation. « D’habitude, quand on est 80 en AG à Gare du Nord, on considère que c’est réussi, quand on est 100 que ça décolle. Aujourd’hui, c’était tout à fait exceptionnel. Même au moment de la loi travail de 2016, on arrivait pas à ces chiffres là ». Dans l’Assemblée Générale, les cheminots ont voté « le principe de la reconductible sur 24 heures, la désignation d’un bureau de grève, et le retrait non négociable de la réforme ». Pour SUD-Rail, il s’agit de mener dès le 3 avril une grève reconductible, décidée dans les Ags locales. La stratégie de la grève appelée 2 jours sur 5, par l’intersyndicale risque, pour Monique, de « tuer le mouvement ». Elle ajoute : « la SNCF dispose du planning de la grève et peut organiser la production pour rendre invisible la grève. D’abord, en assurant le report de la charge de travail des jours de grève sur les jours travaillés. Les gens vont rentrer et travailler le double. De plus, la SNCF peut organiser des pôles de remplacement des grévistes. En bref, cette stratégie facilite l’organisation pour la direction de la SNCF pour contrer la grève ». Au contraire, « une grève reconductible, même si elle n’est pas appuyée par la direction de la CGT-cheminot, pourrait être force d’entraînement des cheminots, y compris attirer la base des militants du syndicat ».

Richard, agent commercial en Vendée, et Virginie, agent de mouvement à Nantes, tous deux militants CGT, sont montés à Paris pour la manifestation. Comme beaucoup d’autres cheminots CGT, ils se sont mis en grève, appelée régionalement par la CGT-Cheminot – mais pas nationalement- , aujourd’hui pour rejoindre les cortèges. « Notre premier train a été annulé par la SNCF » explique Richard, « la SNCF a essayé de bloquer la montée des militants ». Sur la région Vendée, les taux de grévistes atteignent 82% et entre 75 et 80% dans le Pays de la Loire, confie-t-il. Pour Richard, la stratégie de la grève de l’intersyndicale est bonne et permettrait de convaincre l’opinion publique, et d’obtenir le soutien des usagers. « C’est une manière de tenir dans la durée, en permettant aux cheminots d’avoir malgré tout une entrée financière. Ca devrait désorganiser la production ». Richard et Virginie insistent, ils ne sont pas des privilégiés : « Après 19 ans de boutique, je touche 1630 euros. Mon seul avantage, ce sont les trains gratuits, mais au total, ça ne correspond qu’à 400 euros de dépenses par an pour la SNCF, soit beaucoup moins que n’importe quelle prime d’intéressement dans le privé ». Concernant l’unité syndicale, il est plus sceptique : « pour moi, dans 3 semaines, l’Unsa et la CFDT vont sortir ».

Le pôle syndical « Ingénierie et Projet » - les cadres - sont regroupés derrière une banderole affichant l’unité syndicale et la défense du service public. Pauline, déléguée FO, qui travaille sur le pôle de La Plaine-Saint-Denis confirme que les cadres sont également très remontés : « C’est la question du service public qui est en jeu, et la question du statut est un mauvais prétexte ». Pauline touche un salaire de 1950 euros, après 8 ans d’ancienneté. « Et je n’ai pas de prime charbon », précise t-elle. « Énormément de collègues, qu’ils soient au statut ou contractuels se sont mis en grève aujourd’hui, dont beaucoup d’anciens, qui ne l’avaient jamais fait, y compris en 1995 »

[Crédit photo : RévolutionPermanente]




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