Politique

Le coup de bluff de Pierre Gattaz

Gattaz et la loi travail : Faux coup de gueule et vrai coup de bluff !

Publié le 19 avril 2016

Yano Lesage

Il aurait pu faire ses preuves dans la comédie. Mais Pierre Gattaz, patron des patrons préfère faire sa scène au Medef et auprès du gouvernement, en menaçant de claquer la porte du dialogue social et de la négociation sur l’assurance chômage si le gouvernement décidait de maintenir sa dernière version de la loi El-Khomri. Coup de théâtre pitoyable, alors que tout le monde, du gouvernement aux manifestants contre la loi travail, en passant par l’ex-patronne des patrons Laurence Parisot, reconnaît que cette loi n’a jamais été aussi près des intérêts du patronat. Alors que nous vaut ce coup de bluff du patron du Medef ?

Tout rouge contre le gouvernement et sa dernière version amendée de la loi travail, Pierre Gattaz « a dit stop » mardi 19, devant un parterre de journaliste, au siège du Medef. Jugeant la dernière version du texte « insupportable, intenable pour les chefs d’entreprises  », ce dernier a décidé de mettre un coup de pression sur le gouvernement afin qu’il revoit sa copie. « Ce n’est pas un ultimatum. C’est juste, les gars, c’est comme ça ! » a-t-il déclaré à la presse après avoir annoncé qu’il laissait trois semaines au gouvernement pour modifier le texte, menaçant en cas de non-recevoir de décliner la table des négociations quant à l’accord sur l’assurance chômage. Pourtant très optimiste sur sa première version le patron des patrons s’insurge contre les amendements ajoutés au texte – qui restent largement à la marge puisqu’ils n’enlèvent rien à l’inversion des normes juridiques et à la relégation du code du travail au dernier rang de celles-ci – apportés par les députés. Il exige le retrait du compte personnel d’activité remanié, la suppression de la taxation des CDD – qui existe depuis janvier 2013, et le mandatement dans les petites entreprises.

A cet « ultimatum » qui ne dit pas son nom, imposé par Gattaz, personne n’y croit. D’abord parce qu’il n’a aucun intérêt à quitter une table des négociations et un dialogue social qui ne lui a jamais été aussi favorable pour passer toutes les réformes pro-patronales depuis 2012, de l’Accord National Interprofessionnel sur la compétitivité des entreprises à aujourd’hui la loi du travail qui en est la généralisation. Et puis, parce qu’en cas de boycott de la négociation sur l’assurance chômage, ce qu’il risque de se passer, c’est la sortie d’un texte, écrit par la main du gouvernement qui lui soit encore plus favorable. Alors à quoi bon, ce coup de pression ?

Les modifications apportées à la loi travail, après la négociation engagée avec la CFDT, puis par les ajouts de la commission parlementaire, sont extrêmement minimes. Elles ne changent rien au texte, en substance, qui porte bel et bien, la mise à mort du code du travail. Pas de quoi s’affoler pour le patron du Medef, alors même que la surenchère à laquelle joue Gattaz est critiquée y compris par Laurence Parisot.

Cherche-t-il à rassembler au sein du Medef et à trouver l’aval des petits patrons, pour laquelle cette loi va s’avérer finalement peu profitable à la différence des grands industriels ? C’est fort possible. Mais il faut également prendre en compte le contexte d’impopularité dont pâtit le gouvernement. Avec le maintien d’un niveau de mobilisation contre la loi travail, la montée des Nuits Debout dans les grandes villes françaises, la croissante contestation des violences policières et du climat de répression extrêmement sévère, il existe des possibilités que le gouvernement soit amené à reculer. Face à cela, en faisant mine de s’opposer à la loi travail en l’état, en exagérant largement les révisions qu’auraient subi le texte, le Medef joue purement et simplement le jeu du gouvernement. Un coup de bluff destiné à « rougir » les positions gouvernementales et à faire passer ses concessions sur la loi travail pour plus grandes qu’elles ne sont. Un jeu auquel ce dernier se prête aisément puisqu’il ne peut que profiter de cette dissension de façade pour se repositionner au centre de l’échiquier et masquer sa complète servitude vis à vis des intérêts du patronat français.