Politique

Le Medef fait sa loi

Gattaz refuse d’appliquer le compte de pénibilité : alors, extrémiste ou terroriste ?

Publié le 30 juin 2016

Concession mineure de la CFDT pour faire passer la réforme des retraites de Hollande, le compte de pénibilité est censé protéger les salariés les plus exposés aux risques liés à leur travail. Mais aujourd’hui, celui-ci est remis en cause par le patronat. En effet, Pierre Gattaz vient d’annoncer ouvertement qu’il ne l’appliquerait pas. Pour les zones de non-droit, ne cherchez plus, direction boulevard du patronat.

George Waters

Alors que le compte pénibilité était une mesure issue des négociations traitres de la CFDT en 2014 sur la réforme des retraites, que ce compte pénibilité était plus qu’une faible « contrepartie » contre une réforme inacceptable pour les travailleurs, le Medef a décidé purement et simplement de ne pas appliquer la loi, qui devait rentrer en application ce vendredi 1er juillet. Cette loi était déjà scélérate : il s’agissait d’accepter l’allongement des cotisations retraites pour tous en donnant un « avantage » aux salariés les plus exposés à divers risques, en fonction de dix critères de pénibilité. Cette loi était déjà honteuse car elle excluait de ses principes les salariés de la fonction publique.

Cette loi prévoit qu’en fonction des critères de pénibilité, l’employé gagne des points sur un compte pénibilité, lesquels peuvent ensuite être utilisés par l’employé de trois manières : partir plus tôt à la retraite, choisir une formation permettant d’accéder à un emploi moins pénible ou demander un temps partiel.

L’an dernier, quatre mesures prenant en compte la pénibilité avaient déjà été mises en place : le travail de nuit, le travail répétitif, le travail en milieu hyperbare (sous-marin), le travail en horaires alternants (comme les 3x8), les six autres ayant été reportées à cette année, à cause d’un chantage du Medef. C’est pourquoi ces autres critères devaient rentrer en compte demain : les postures pénibles, le port de charges lourdes, l’exposition aux agents chimiques, les températures extrêmes, le bruit et les vibrations mécaniques. Ces critères, mesurés par des seuils déjà très bas, doivent être calculés par les employeurs qui transmettent ensuite les informations. Ainsi, l’an dernier, pour les quatre premiers critères, 26 000 entreprises, notamment dans le BTP, ont appliqué les mesures, lesquelles ont concerné 500 000 employés. Au final, c’est près de 3 millions de travailleurs qui sont potentiellement concernés.

La prise en compte de la pénibilité semble être évidente pour n’importe quel travailleur. Les dangers du travail tuent encore des centaines de personnes chaque année. Les conditions pénibles de travail affectent de surcroit l’espérance de vie et les risques liés à certaines maladies : les ouvriers ont une espérance de vie inférieure de six ans à celle des cadres. En ce qui concerne l’espérance de vie sans problème physique et sensoriel, l’écart est de dix ans.

Mais ces mesures protectrices, selon le Medef, sont « inapplicables » ; Gattaz parle « d’usine à gaz » en expliquant, soutenu par Asselin, numéro 1 de la CGPME, que les entreprises n’y sont pas prêtes. En clair, si le patronat n’est pas prêt à appliquer la loi, il ne l’applique pas.

Encore une fois, le Medef prouve que c’est bien lui qui entend faire la loi et que l’heure n’est plus, du moins du côté du patronat, au dialogue social. De quoi faire réfléchir quand on voit l’attitude non seulement du syndicat collaborateur qu’est la CFDT, mais aussi de l’inflexion de Force Ouvrière et de la CGT qui ne rechignent plus à aller à la table des négociations avec le gouvernement.

Le gouvernement a bien tenté de réagir, feignant une opposition avec son principal partenaire pour la loi travail. Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, a ainsi déclaré que « le Medef ne peut pas choisir les lois qu’ils appliquent. La démocratie ne s’arrête pas aux portes du patronat ». En réalité, on décèle bien là une faiblesse du gouvernement qui a tellement collaboré avec le patronat que ce dernier s’est cru tout permis. De quoi montrer que la loi n’est rien face aux rapports de force. A nous de l’imposer, à notre avantage, dans la rue pour faire reculer le Medef et le gouvernement sur toutes ces mesures scélérates, et en premier lieu sur la loi travail.