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Politique

Macron pense faire de l’humour avec Uderzo

Gaulois réfractaires ? Mais qui veut se prendre un menhir ?

En conférence au Danemark, Macron a voulu distinguer entre les « Danois luthériens » ouverts au changement et les « Gaulois réfractaires » qui freinent les réformes. Le choix de la référence est étrange : d'abord il appartient à une mythologie d'extrême droite – et Le Pen et Philippot se sont empressés de la récupérer. Un appel du pied ?

Crédit illust. Ed. Albert-René

Filant la métaphore, Besancenot a réagi en comparant Macron au barde inaudible de la BD et en nous invitant à l’attacher à un arbre pour le faire taire. Un simple persiflage de plus du chef de l’Etat, une nouvelle sortie du mépris social qu’il nous témoigne depuis plus d’un an ? Pourquoi le capitalisme néo-libéral et paternaliste qu’il incarne n’irait-il pas chercher ses références dans les souvenirs de nos lectures enfantines ?

Après Jupiter, Macron en chef des légionnaires romains

Mais on peut soupçonner que Macron ne se rêve pas en chef gaulois, et ne s’est pas encore imaginé en barde ligoté à l’arbre : il fait plutôt figure d’impérialiste romain, ce « civilisé », militaire et raffiné. Puisqu’on le sait lecteur de Machiavel – sans doute plus que de BD – et que le Florentin a écrit sur l’histoire romaine, on se doute que Macron se voit bien en César ou plutôt en Octave Auguste : celui qui affirmait que c’était la République et « en même temps » l’Empire ?

La mission civilisatrice du centurion

On cite souvent Gramsci ces derniers temps, qui explique que dans les périodes de transition, quand le capitalisme cherche des solutions à ses crises et doit reconfigurer ses modes d’accumulation, des monstres ou des formes politiques hybrides (qui revendiquent tout et son contraire « en même temps ») peuvent surgir. Pour ce qui nous concerne, Macron, c’est cette chimère étrange qui nous gouverne et qui vient d’avouer qu’il se rêve en légionnaire romain, en « princeps » forcé de bousculer nos habitudes engourdies pour nous mettre au même niveau que les autres peuples barbares qui ont déjà eu leur cure de capitalisme version 2.0.
Face à tant d’élégance romaine, nous voilà donc peuplade hirsute et fruste, qui résistons bêtement à des changements nécessaires – mais nécessaires à qui ? Les changements qui nous sont imposés sont toujours au bénéfice des riches, des possédants et des patrons qui veulent gagner un peu plus sur le dos des salariés.

L’appel du pied à l’extrême droite, gros comme Obélix

Mais il y autre chose qui rend la référence aussi étrange, justement parce que l’extrême droite est toute disposée à s’y engouffrer : ne serait-ce pas une manière de cadeau que lui ferait Macron pour s’assurer que son « adversaire » – celui dont sa légitimité prétend dépendre – sera suffisamment consolidé ? Il l’a d’ailleurs assumé, toujours à Copenhague, en prétendant être « l’adversaire » de Matteo Salvini et de Viktor Orban, lui le « progressiste » opposé aux « nationalistes ». La bourgeoisie serait ainsi en train de construire les coordonnées politiques qu’elle juge acceptables, également au moyen de boutades et de clins d’œil soi-disant drolatiques. Gageons que Macron sait ce qu’il fait, lorsqu’il offre en pâture une référence aussi connotée.




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