Monde

Daech et ses complices frappent encore

Gaziantep. Massacre lors d’un mariage kurde

Publié le 22 août 2016

50 morts et plus de 70 blessés, c’est le bilan provisoire qui ressort de l’attentat commis à Gaziantep, dans le Sud-est de la Turquie, à la frontière du Rojava syrien, en pleine fête de mariage kurde. Il ne fait guère de doute que c’est Daech qui a perpétré l’attentat, mais derrière l’Etat islamique, l’Etat turc n’est jamais loin.

Ciro Tappeste

Le kamikaze s’est fait exploser lors de la fête de mariage de deux militants du Parti de la Démocratie des Peuples, le HDP, le parti d’opposition pro-kurde de centre-gauche qui est sous le feu croisé des djihadistes et du gouvernement turc d’Erdogän. La modalité opératoire n’est pas sans rappeler l’attentat de Suruç, l’été dernier, mais, cette fois, le bilan est hélas considérablement plus élevé. L’attaque aurait été menée par un jeune d’une douzaine d’années, conduit jusque sur les lieux par deux hommes, l’explosion ayant, par la suite, causé la mort d’au moins cinquante invités, dont 29 enfants. Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier en Turquie depuis celui de l’aéroport Atatürk d’Istanbul en juin.

Côté gouvernement turc, l’occasion n’est que trop belle pour relancer l’offensive de l’armée en direction du Sud-est de la Turquie, à la fois contre les zones kurdes proches du PKK en Turquie même, mais également contre les positions tenues par les rebelles au Rojava, le tout sous couvert de « lutte contre le terrorisme ». Quelques semaines après le coup d’Etat manqué du mois de juin, Erdogan veut en profiter pour serrer un peu plus la vise et renforcer son pouvoir.

Côté capitales étrangères, les condamnations ne se sont pas fait attendre, non sans arrières pensées. C’est ainsi que Vladimir Poutine a appelé à un renforcement de la lutte contre le terrorisme, lui dont les avions bombardent quotidiennement en Syrie les positions des rebelles anti-Assad plus que celles de Daech mais également, ces derniers jours, les positions kurdes tenues par la PYD. Hollande, également, a rappelé que la France était partie prenante de la coalition contre le « fléau du terrorisme ».

Pour les proches des victimes, dont les funérailles ont déjà commencé dans le Kurdistan turc, les responsabilités ne font aucun doute. C’est peut-être un kamikaze envoyé par Daech qui a fait sauter sa bombe, mais Ankara, tout autant que ses alliés, sont responsables. La situation de guerre civile qui continue à caractériser la Turquie, qui inquiète au plus haut point les partenaires occidentaux d’Ankara et dont l’horrible massacre de samedi soir est l’énième épisode, est à l’image des contradictions explosives qui parcourent toute la région, sur laquelle entend surfer Erdogan mais qui pourrait bien se retourner, tôt ou tard, contre lui.