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Politique

Répression judiciaire

Généralisation des interpellations préventives : une nouvelle étape dans la répression

La répression judiciaire est en marche. Ce week-end, entre les interpellations préventives et les garde à vue, le gouvernement a montré tout l’étendue de son arsenal judiciaire.

La garde des sceaux, Nicole Belloubet, a beau jeu de dire qu’« il n’y a pas eu « d’interpellations préventives » avant la mobilisation des gilets jaunes » dimanche midi au micro de France Inter. Ce n’est pourtant pas le même son de cloche que deux jours auparavant sur BFM, quand elle évoquait cette même procédure pour empêcher les débordements et les émeutes le samedi à Paris pour la quatrième manifestation des gilets jaunes. Selon ses propres paroles, elle affirmait : « Nous avons pris un certain nombre de dispositions préventives. Nous cherchons absolument à éviter les violences et les heurts et sur la base du code de procédure pénale il y a des interpellations qui ont été lancées par les procureurs ».

Ces arrestations préventives de masse ne concernaient pas seulement des militants politiques. On a vu au cours de ce week-end qu’elles ont touché l’ensemble des gilets jaunes venus pour manifester leur colère contre Macron. L’avocat Maître Arié Alimi souligne ainsi que ce samedi, « on a interpellé des gens qui voulaient simplement aller manifester » sans plus de justification. Il note également que les interpellations réalisées dans les manifestations contre des personnes « qui n’ont rien fait, simplement parce que l’on considère qu’ils ont des intentions dangereuses » implique un changement de régime de la part du gouvernement.

Avec ces procédures, le gouvernement s’est en effet lancé dans une escalade judiciaire qui n’a rien à envier en terme de répression à la pluie de grenades lacrymogènes qui s’était abattue sur les manifestants de la place de l’Étoile samedi 1er décembre. La technique est la même : la saturation pour étouffer le mouvement. Maître Bitton souligne qu’avec les nombre impressionnant de 1723 interpellations sur l’ensemble du territoire on assiste à « une dérive autoritaire du gouvernement ».

Sur ces 1723 interpellations, 1082 ont eu lieu a Paris et elles ont donné lieu à 900 garde à vue. Plus de la moitié des personnes concernées ont été relâchées mais beaucoup passent en comparution immédiate : leur nombre a plus que doublé ce lundi par rapport aux chiffres habituels. Rapporté au nombre total de manifestants, le nombre de procédures effectuées correspond à environ 1 manifestant interpellé sur 70. Une dictature n’aurait pas fait mieux.

En terme de répression, cette stratégie criminalisante du gouvernement montre un saut dans les moyens qu’il donne à sa justice de classe pour tenter de juguler le mouvement des gilets jaunes. Toutes ces interpellations et toutes les procédures auxquelles elles donnent lieu sont estimées à environ 200 000 euros, juste pour la journée de samedi. Alors même que le budget de la justice est toujours insuffisant, le gouvernement sait quand il doit investir dans une institution qu’il met au service de son ordre à lui. Les problèmes de place survenus dans les commissariats parisiens face au grand nombre d’arrestations témoignent de cette hyper inflation judiciaire et répressive.

On notera pour finir que si le gouvernement a changé son fusil d’épaule en terme de stratégie dans sa gestion du mouvement des gilets jaunes, il est loin d’avoir réduit la répression qu’il fait subir au mouvement. Les nouvelles formes de répression judiciaire s’accompagnent ainsi du maintien de formes traditionnelles de répression violente, avec encore de nombreux blessés et mutilés lors de la manifestation de samedi.

Avec l’entrée de la justice, des interpellations préventives et des arrestations en manifestation dans son arsenal, le gouvernement entend rétablir son autorité contre ceux qui ont décidé de braver la loi du président des riches.

Crédit photo : © Maxppp - Alexandre MARCHI




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