Monde

Exploitation à échelle internationale

Ghosn rattrapé par la répression de Nissan aux États-Unis

Publié le 8 juillet 2016

La manifestation d’ouvriers venus de l’usine Nissan de Canton dans le Mississippi (USA) devant le siège de Renault fin juin à Boulogne pour dénoncer les conditions de travail et la répression syndicale constitue une première. Il faut bien que des comptes soient demandés à Ghosn pour son activité mondialisée multimarques.

Jean-Claude Vessillier – paru dans L’Anticapitaliste n°344 – 07/07/2014

L’usine Nissan de Canton est représentative des pratiques des firmes automobiles japonaises et européennes aux USA. Pour s’affranchir des quelques garanties qui existent encore pour les salariés de la base historique de l’industrie automobile à Detroit, ces firmes choisissent les États du Sud des États-Unis pour trouver une main-d’œuvre sans tradition d’action collective et aux salaires inférieurs.

Ghosn ne veut pas de syndicats dans l’usine de Canton

La principale usine de Nissan aux États-Unis est celle de Canton dans le Mississippi. Les 5 000 salariés de l’usine de Canton sont en majorité des afro-américains en butte aux discriminations raciales particulièrement vivaces dans le Sud des États-Unis. Le Mississippi fait partie des 25 états américains ayant voté une « Right-to-work law » qui permet de limiter la syndicalisation en conditionnant le droit de se syndiquer à une demande effectuée par au moins 30 % des salariés. Pour empêcher ces signatures nécessaires, Nissan diffuse dans toute l’usine des vidéos sur la nocivité des syndicats et utilise le chantage à l’emploi.

La bataille dure depuis des années, et l’UAW, le seul syndicat reconnu au plan de l’industrie automobile nord-américaine la soutient. L’Association nationale pour l’avancement des gens de couleur a aussi publié un rapport accablant sur les pratiques de Nissan dans l’usine.

Une campagne internationale qui s’amplifie


La campagne de solidarité internationale ciblant Nissan et son PDG ne cesse de s’amplifier. Parmi les manifestations récentes, les syndicats brésiliens UGT, Força Sindical, et CUT demandent que Nissan ne soit plus sponsor des prochains Jeux olympiques de Rio, jugeant incompatible ce parrainage avec la répression dont la firme automobile est responsable.

Alors que la direction de l’UAW n’est pas réputée pour son intransigeance, Ghosn, habité par sa volonté de devenir un « maître du monde automobile », a réussi l’exploit de susciter l’opposition de tout le mouvement syndical international. Les ouvriers américains ne lâcheront pas l’affaire. Aux syndicats des usines Renault et Nissan dans le monde de les relayer : c’est une bataille qui peut et doit être gagnée, à condition de s’y mettre vraiment.

Une brèche a été ouverte !

La manifestation des ouvriers de l’usine Nissan de Canton devant le siège de Renault ne s’est pas accompagnée ici de la mobilisation nécessaire, alors que tous les syndicats français représentés au comité de groupe réuni le même jour étaient pourtant censés la soutenir. L’écho de cette protestation fut toutefois important grâce à la capacité des ouvriers américains à faire largement connaître leur mouvement. Même des députés PS ont publiquement mis en cause les pratiques de Renault - Nissan. En revanche, le silence radio de la part du gouvernement, actionnaire de l’entreprise, cautionne les pratiques de Ghosn qui répète en boucle que le droit du Mississippi est respecté dans l’usine de Canton.

Une brèche a été ouverte contre les dispositifs mis en œuvre par les firmes mondialisées pour diluer leurs responsabilités et exacerber la concurrence entre usines et salariés. Il faut maintenant l’élargir pour gagner vraiment !