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Politique

Edouard Philippe sur TF1

Gilets Jaunes. De la répression dans les stades à la répression des manif’ : La fuite en avant liberticide

Sur TF1, Édouard Philippe, sur la défensive, a annoncé qu'une nouvelle loi d'encadrement des manifestations serait bientôt à l'étude, prenant pour référence les lois « anti-hooligan » mis en place tout au long des années 2000.

Banderolle des supporters stéphanois : « Messieurs les gilets jaunes bienvenue dans notre monde de sous citoyens » / Crédits photo : Groupe facebook La France en colère

Invité sur le plateau de TF1 pour le JT de 20h ce 7 janvier, Édouard Philippe est apparu sur la défensive. Si aucune mesure détaillée n’a été annoncé, c’est sans surprise que le premier ministre a réaffirmé sa volonté de réprimer la mobilisation, notamment par le biais d’une nouvelle loi d’encadrement des manifestations, inspirée des lois « anti-hooligan » mis en œuvre depuis le début des années 2000. D’où la nécessité de revenir sur l’histoire de la législation liberticide dans les stades.

Le stade comme laboratoire de la répression

28 août 1993, le Paris Saint Germain reçoit le Stade Malherbe de Caen dans le cadre de la 6ème journée du championnat de 1ere division. Une violente bagarre éclate entre CRS et supporters parisiens, entraînant la mort d’un CRS. S’il ne s’agit pas de la première affaire de violence dans les stades, l’événement débouchera sur la première loi anti-hooligan en France. Portée par Michèle Alliot Marie et promulguée en décembre 1993, la loi prévoit l’interdiction de l’entrée dans les stades à toute personne en état d’ivresse, des incitations à la haine et à la violence, et de l’utilisation de fumigènes et autres projectiles.

Pourtant, c’est à partir du début des années 2000, à la suite des incidents à Marseille lors de la Coupe du Monde 1998 en marge du match Angleterre/Algérie, que les lois anti-hooligan vont se multiplier selon un seul et même credo : La répression. Le terme de Hooligan, qui correspond a un mode de supportérisme et une culture précise, est pourtant généralisé, notamment aux supporters dit « Ultras ». Un amalgame pratique, qui va permettre de transformer les stades de football en véritable laboratoires de la répression, sous un leitmotiv qui rappelle les discours contre les manifestants : Il s’agit de protéger les « vrais supporters » contre les « hooligans ». Remplacez « vrais supporters » par « Gilets Jaunes », et « hooligans » par « casseurs », et vous retombez sur les déclarations d’Édouard Philippe ce 7 janvier.

Outre les coups de matraques et tirs de flashballs, utilisés depuis des années dans les stades, tout y est passé pour réprimer les supporters de football. De l’encadrement à l’interdiction pure et simple de déplacement, les interdiction de stade (IDS) pouvant aller jusqu’à 5ans, à la création d’un fichier en septembre 2007 comportant entre autres l’identité, l’adresse, le club de supporters et la photographie des personnes sous le coup d’une IDS. Bien souvent, ces IDS sont accompagnées d’une obligation de pointage au commissariat à chaque match de l’équipe supportée. Ce sont, entre autre, de ces mesures que compte s’inspirer le gouvernement.

Le très liberticide recourt à l’Interdiction Administrative de Stade (IAS), ou quand l’État condamne préventivement et sans procès

Pourtant, les autorités gouvernementale et parlementaire ont sans doute trouvé trop étriqué le cadre judiciaire classique. En avril 2016, le parlement a ainsi votée une loi permettant aux clubs, c’est à dire à des sociétés privés, de ficer des supporters et les interdire de stade. Proposé par le député Les Républicains Guillaume Larrivé, le texte est très cyniquement présenté comme un pas en avant permettant un meilleur dialogue avec les supporters.

Cette logique « extra-judiciaire » ne se limite pourtant pas aux entreprises privées. Ainsi, depuis janvier 2006, les préfets ont tout simplement la possibilité, par simple arrêté et le biais d’IAS, d’interdire de stade tout supporter. Mieux, ou pire selon le point de vue, en juin 2012, le Conseil d’État annule l’ordonnance du 14 septembre 2012 d’un juge en référé de Montpellier ayant invalidé une IAS pour entrave à la liberté d’aller et venir librement. Une décision qui fait office de jurisprudence, et qui donne de fait les plein pouvoirs au Préfet, représentant de l’État, sans réelle possibilité de contestation au niveau de la justice administrative. Et étant donné que les arrêtés préfectoraux peuvent être à application immédiate, il s’agit ni plus ni moins que de l’instauration de la possibilité de condamner avant de juger.

Défendre la liberté de manifester

Ce sont donc de l’ensemble de ces lois liberticides, appliquées depuis plus d’une décennie, que Édouard Philippe compte s’inspirer pour repenser le droit de manifester. Face à un mouvement d’ampleur et radical, ayant ravivé le spectre de la Révolution, l’idée est toute simple. Appliquer au terrain social les expériences répressives faites dans les « laboratoires » que sont les stades de football.

Pour le mouvement des Gilets Jaunes, il s’agit donc d’un combat qui s’actualise, vu que les épisodes répressifs n’ont pas manqué lors de chacun des 8 actes de la mobilisation : celui de défendre le droit de manifester librement, face à un gouvernement qui ne trouve aucune autre réponse que la répression face à la crise actuelle.




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