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Politique

Une baisse des charges patronales ?

Gilets jaunes. La France championne des impôts : à qui profite le fisc ?

Alors que le mouvement des gilets jaunes va crescendo et revendique, entre autres, la baisse des charges patronales, tous les journaux titrent aujourd’hui que la France est championne d’Europe de l’imposition et des cotisations. Loin de l’utopie de l’État Providence, cette fiscalité masque surtout les cadeaux faits aux plus riches.

Crédit photo : FRANCOIS GUILLOT / AFP

« Impôts, taxes, cotisations : la France est championne d’Europe », « La pression fiscale française est la plus lourde d’Europe » : les médias se seraient-ils mis du côté des gilets jaunes ? Ils vont en tout cas bon train pour dire que cela ne devrait que « renforcer la colère des gilets jaunes qui s’insurgent contre le poids des taxes en France », selon Capital. Sauf que, et ce n’est pas là une petite chose, entre travailleurs, grands et petits patrons, nous sommes loin d’être égaux face aux impôts et aux cotisations.

Le Figaro a en effet révélé que les recettes fiscales, impôts et cotisations compris, représentaient 48,8 % du PIB français en 2017, contre une moyenne européenne de 40,2 %. Mais où vont ces recettes fiscales qui seraient si mirobolantes ? De tous les côtés, santé, éducation, transport, on entend le même discours : celui d’une crise qui justifierait la casse des services publics – la coupe des budgets des hôpitaux, la restructuration de la sécurité sociale, la casse des services ferroviaires, la hausse des frais d’inscription dans les universités, la baisse des aides sociales… Autrement dit, tout ce à quoi devrait servir les impôts. Et pourtant, l’argent est bien là quand il s’agit d’exonérer, toujours plus, de cotisations et d’imposition le grand patronat et les grandes fortunes : CICE, ISF, etc.

Selon le livre intitulé Pour une révolution fiscale, le taux d’imposition des classes moyennes se situe autour de 48-50% pendant que celui des 0,1% les plus riches se stabilise autour de 35%, alors même que leurs revenus se comptent en milliards. Une fiscalité au service du grand capital, dont nous avions fourni un premier décryptage en septembre 2017, et sur laquelle nous revenions en novembre.

Contre la baisse des charges patronales

Un premier cahier revendicatif a commencé à tourner sur les réseaux sociaux, et c’est celui-ci que les médias et le gouvernement mettent eux aussi en avant. Plutôt arrangeant pour Macron puisque ce programme n’est pas issu de cadre collectif des gilets jaunes où il aurait pu être discuté démocratiquement mais d’un sondage en ligne regroupant ainsi tous types de revendications. À côté de la revalorisation du SMIC par exemple, mesure hautement progressiste, on peut aussi trouver une baisse des charges patronales, ainsi qu’une diminution de l’assistanat.

Le MEDEF, appuyé par les gouvernements successifs, revendique depuis bien longtemps la baisse des charges patronales pour augmenter le taux de profit des entreprises. La réalité, c’est que le patronat profite déjà d’exonération de cotisations sociales, via le CICE sous Hollande et la loi sur le budget qui pérennise cette exonération. C’est donc aux plus précaires, travailleurs et retraités de compenser. C’est par exemple par la hausse de la CSG, touchant indifféremment les petites ou grosses retraites que les caisses de la sécurité sociale sont renflouées. La suppression de l’ISF, se transformant en Impôts sur la Fortune Immobilière – facilement contournable –, coûte 4,5 milliards à l’État. Une véritable aubaine pour les plus riches : les 1 % les plus aisés ont ainsi vu leur revenu disponible net d’impôt augmenter de 6 % ! C’est bien du côté du patronat qu’il faut regarder quand on parle d’assistanat.

Mais derrière le « patronat » il y a plusieurs réalités sociales qui s’affrontent. Celles des grands capitalistes, industriels et/ou financiers, qui profitent largement des politiques menées par Macron, à leur service. Mais les choses sont plus complexes pour le petit patronat, petits artisans ou commerçants, qui s’il a effectivement intérêt à la baisse des charges, se retrouve constamment écrasé, précarisé, déclassé par la crise économique et par les grands monopoles.

La seule manière de mettre en place un régime de solidarité, et des services publics de qualité, c’est bien de commencer par taxer les grandes fortunes ! C’est reprendre l’argent là où il y en a (pléthore) par la mise en place d’une fiscalité réellement progressive sur les grandes fortunes, soit tout l’argent accumulé sur le dos des travailleurs par le grand patronat ! Mais cela passe aussi par la suppression de tous les impôts indirects et des taxes, telles que la TVA, profondément injustes puisqu’ils s’appliquent indifféremment aux millionnaires et aux smicards, chômeurs et retraités. Un ensemble de mesures qui permettrait de recréer des services publics de qualité et d’augmenter les salaires et minimas sociaux en les indexant sur l’inflation.




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