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Gilets jaunes : un rejet fort de Macron et son monde

Face au mouvement des gilets jaunes, certains députés LREM avouent être totalement désemparés. Au mouvement ouvrier maintenant de prendre la main face à une macronie aux abois !

Il y a un an et demi, Macron se vantait de présenter 52% de candidats issus de la « société civile » aux élections législatives. Des élus supposés « proches de la population », susceptibles de comprendre leurs préoccupations et apporter des réponses adaptées. Dans sa volonté de court-circuiter les corps intermédiaires, le macronisme a tenté d’entrer directement en contact avec la « société civile ». Au risque de ne plus pouvoir amortir les chocs avec celle-ci

Car ce qu’expriment les gilets jaunes, c’est un rejet fort du macronisme et de son monde, et au-delà un sentiment anti-système très radical se répand face à la démocratie bourgeoise. Face à cela, les députés macronistes sont littéralement désemparés. A l’image de Valéria Faure-Muntian, députée LREM de la 3e circonscription de la Loire, ancienne chargée de clientèle en assurances, qui confiait le 22 novembre à Franceinfo : "Je ne sais pas quoi leur répondre d’autre que les arguments que l’on avance et qui ne prennent pas... Je suis totalement désemparée".

Or, force est de constater que les arguments ne prennent pas et que les propositions avancées sont loin de satisfaire les centaines de milliers de gilets jaunes qui prévoient de poursuivre les blocages et actions ce week-end. La proposition de prime à la conversion pour acheter une voiture neuve ou d’occasion moins polluante est prise comme un affront, par celles et ceux qui n’arrivent déjà pas à boucler les fins de mois ! Et le chèque carburant de 20€ par mois, comme « aide au transport » pour financer les trajets quotidiens entre domicile et lieu de travail apparait comme loin d’être suffisant, tant les salaires sont bas et le pouvoir d’achat faible.

La fracture est on ne peut plus claire entre les députes LREM et la population qu’ils sont supposés représenter. Si l’illusion de proximité a pu être utilisée comme argument de communication pour celles et ceux issus de la société civile au début de leur investiture, leur manque d’expérience, leur arrogance et leur décalage avec les préoccupations de la population sont plus flagrants que jamais. 

Aujourd’hui, le risque pour le gouvernement est de voir se répandre un rejet viscéral du macronisme et de son monde. Certains députés sont directement pris pour cible . Ainsi, la permanence d’Anne-Laure Cattelot, dans le Nord, a été taguée, puis recouverte d’affiches « En marche racketteur ». Du coté de Guingamp (Côtes-d’Armor), le député Yannick Kerlogot, qui a tenté d’aller au contact des gilets jaunes, a été accueilli comme il se doit : « J’ai entendu beaucoup de haine envers les élus. Ils me disaient de dégager. »
Pour certains députés encore, c’est leur domicile qui est directement visé. Le domicile de la député Carole Bureau-Bonnard a été ainsi recouvert... de gilets jaunes !

De manière générale, le macronisme est débordé par un mouvement qui exprime un rejet anti-système très dur. « Ce qui me surprend, dit un député macroniste, c’est notre fragilité à tous les étages. On n’a pas de puissance de feu, assez peu de profils en capacité de faire face ».

Le risque est de voir s’opérer, pour le macronisme, un décrochage des classes moyennes vers un terrain extra-parlementaire ; et de voir les gilets jaunes ne plus jouer les règles de la démocratie bourgeoise en refusant le vote. Comme l’explique au Monde Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques (ORAP) : « Peut-être que beaucoup de ces manifestants ne croient d’ailleurs déjà plus en rien, même pas dans le RN ou même plus dans le vote tout court. Ce mouvement semble avoir échappé à l’ensemble des représentants politiques, Marine Le Pen incluse. Le problème est surtout de savoir si ces gens vont continuer à voter ou si leur mode d’expression ne va pas se révéler périodiquement dans ces mouvements sporadiques échappant très largement aux appareils politiques et syndicaux. Ne va-t-on pas voir se développer désormais toute une série d’éruptions de mécontentement ? La majorité de ces protestataires ne filera pas au RN mais ne votera tout simplement plus et multipliera les signaux de décrochage… Ce sont des gens qu’il faut vite raccrocher aux wagons, sinon ils ne voteront plus. »

Plutot que les raccrocher au wagon du vote, c’est au mouvement ouvrier de prendre la main désormais et répondre à la colère et au désespoir des classes moyennes exprimées par les gilets jaunes. Des mouvement de convergence, sur la base des méthodes du mouvement ouvrier, la grève, ont montré le potentiel explosif de cette alliance, et en se passant des directions syndicales laches et compromises, à la base.

Ainsi, ce matin, à la raffinerie de la Mède, près de Marseille, la jonction entre gilets jaunes et gilets rouges s’est bien opérée. Non seulement, la raffinerie de la Mède est toujours en grève, depuis mercredi midi, il n’y a plus aucune sortie de produit, mais ce sont aussi près de 150 travailleurs de l’UD CGT 13 qui ont rejoint les gilets jaunes, avec leur gilets rouges, au rond point de la Mède au piquet de grève devant Total la Mède.

Crédit photo : AFP Ludovic Marin




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