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Jeunesse

Le Bac au service du CAC40

Grand oral du Bac : les bacheliers seront-ils notés par des chefs d’entreprise ?

C’est une des grandes propositions de la réforme du Bac présenté par Jean Michel Blanquer cette semaine : instaurer un grand oral à la place des examens écrits. Cependant, de nombreux doutes planent encore sur le jury, qui pourrait être composé de personnes « issues de la société civile ».

Il pourrait peser jusqu’à 15 % de la note finale des bacheliers : Jean Michel Blanquer a présenté son « Bac 2021 », une réforme qui entend refonder totalement l’institution napoléonienne, pilier du système éducatif français. Parmi les nombreux points de la réforme, la volonté d’instaurer un « oral de maturité », une épreuve de 20 à 30 minutes consistant à exposer « un projet préparé dès la première », un peu dans l’idée d’un TPE (travaux personnels encadrés) qui aurait une préparation plus importante. L’oral devrait développer une des deux matières majeures choisies par le lycéen pour son Bac, et consisterait en une présentation de 20mn suivie de 10mn de questions.

Ce qui frappe d’abord, c’est que ce mode d’évaluation va continuer à privilégier les classes aisées au détriment des classes populaires : l’oral favorisera celles et ceux qui ont la chance d’avoir des parents qui pourront les aider à préparer cette épreuve, qui pourront s’offrir les conseils de coachs individuels, d’autant plus que pour l’instant on ne sait pas encore comme les lycées vont préparer les élèves à cette épreuve. Tout cela en plus du fait que l’éloquence est de toute façon conditionnée par le « capital culturel » avec lequel part le lycéen, et que la présentation physique et vestimentaire a une forte influence sur le jury - sans parler des préjugés de tous types qui pourraient exister (racistes, islamophobes, mépris de classe, etc).

Mais cet oral, comme ceux des BTS, devrait se faire devant trois examinateurs : un professeur du lycée, renforçant encore un peu plus la « valeur locale » du baccalauréat, un professeur extérieur du lycée, ainsi qu’un « intervenant extérieur », comme le préconisait le rapport Mathiot, dont les principales idées ont été utilisées pour forger le projet de loi. Les doutes planent autour de cet « examinateur extérieur », qui pourrait être un chef d’entreprise, un président d’association, ou d’autres « personnalités de la société civile ». Quand on voit quelles étaient ces « personnalités de la société civile », particulièrement promues dans la majorité présidentielle, cela veut tout simplement dire que ce sont bien des chefs d’entreprise qui devraient examiner les bacheliers.

Au sein de la start-up nation, les chefs d’entreprises donnent des diplômes ! Voilà le projet du gouvernement qui veut soumettre un peu plus les enseignements aux diktats du patronat. Car pour répondre aux critères des patrons, il faudra que les professeurs s’adaptent à leurs critères de notation ; et répondre aux critères d’un professeur de français à l’oral de français de première, ce n’est pas la même chose que répondre aux critères d’un patron habitué aux entretiens d’embauche. À la suite de quoi, les lycéens auront peut-être la chance (et le dossier, et l’argent) pour se voir attribuer une place dans une filière où le nombre de places sera conditionné en fonction des besoins du patronat, selon l’amendement du Plan Etudiants par le Sénat.




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