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Monde

Dernier budget sous dépendance internationale

Grèce : Tsipras fait voter son budget de dernière saignée

La Grèce adopte son budget pour l’année 2018, censé être le dernier sous perfusion internationale. Cela signifie que le pays, à l’avenir, sera a priori à même de se financer seul auprès des marchés, c’est-à-dire des banques privées, qui empruntent pour leur part à la banque centrale européenne (à des taux extrêmement faibles depuis la crise de 2008). L’objectif de ces cures d’assainissement à répétition imposées par l’Europe, via des crédits publics, est de restaurer la solvabilité du pays, autrement dit de le rendre de nouveau apte à enrichir les banques d’affaires internationales, celles-là même qui avaient précipité sa chute entre 2010 et 2015 en pratiquant des taux qui ont atteint, au plus haut, 28%.

Retour sur une faillite causée par le capital financier européen

Les années 2010-2015 voient se propager dans la zone euro une grave crise des dettes souveraines consécutive à la crise bancaire et financière mondiale de 2007-2008. Le krach boursier de l’automne 2008, amorcé par la faillite déclarée de la grande banque d’affaires internationale américaine Lehman Brothers, a provoqué une véritable déflagration mondiale qui a dévasté de très nombreuses banques et établissements financiers partout dans le monde. En Europe, les gouvernements volent au secours des banques dites « systémiques », c’est-à-dire de ces grands établissements dont le bilan annuel en actifs égale, pour certains, à peu de choses près, le montant du PIB de la France, soit 2000 milliards d’euros environ. L’argument est que ces banques sont « too big to fail », trop grosses pour faire faillite, autrement dit que leur chute causerait de tels ravages sur l’économie que les puissances publiques n’ont pas d’autre choix que de réinjecter des liquidités pour relancer la machine. Situation qui n’est ni plus ni moins qu’une authentique prise d’otage puisque ces établissements contractent, du fait de leur seul poids, une assurance tous risques inaliénable auprès des Etats. Ces rachats d’une part, et l’injection massive de liquidités dans l’économie provoquent, durant les années qui suivent, une crise de la dette des Etats, à commencer par celle de la Grèce, suivie de celle de l’Irlande, du Portugal et dans une moindre mesure, de l’Espagne et de l’Italie.

Le programme de refinancement de la Grèce par l’Europe, arme de l’impérialisme financier moderne

La Grèce, fragile maillon de la zone euro, se retrouve ainsi étranglée par une dette publique contractée (comme tous les Etats européens) auprès de créanciers privés. Avec la crise, la récession s’installe durablement en Grèce, le déficit public est important et les taux s’envolent. Les marchés s’affolent et, encore une fois, la banque centrale et les Etats européens rachètent la dette grecque aux acteurs privés, largement responsables pourtant de sa faillite, puisque la spirale de la hausse des taux ruine l’économie et accentue la récession. La logique de privatisation des profits et de socialisation des pertes est à son paroxysme. En échange de ce rachat, l’Europe impose à la Grèce une cure d’austérité absolument drastique qui cause des ravages dans la population. En réalité, les réformes imposées par la Troïka obéissent à une logique court-termiste. Elles visent à dégager un excédent budgétaire en ponctionnant directement les populations (baisses des salaires des fonctionnaires, des pensions de retraite, casse de la santé, de l’éducation etc.), et à vendre littéralement tout le pays au capital privé afin de le rendre solvable de nouveau.

La faillite politique du néo-réformisme anti-austéritaire

L’histoire de cette faillite est aussi celle d’une faillite politique : celle du néo-réformisme incarné par Syriza et Tsipras, dont se sont réclamés Podemos en Espagne et le Front de gauche en France. Le réformisme anti-austéritaire s’est avéré incapable de répondre à la crise et de résister à l’impérialisme financier européen représenté par les organismes continentaux et internationaux. Pire, il est devenu, en l’espace d’une année, l’appareil orchestrant la médiation entre les bourgeoisies occidentales liguées et les travailleurs en lutte dans le pays. La crise grecque est en effet traversée par un puissant mouvement de résistance des travailleurs qui organisent de nombreuses grèves générales pour contester les cures d’austérités. En bout de course, c’est le réformisme de gauche qui, incapable d’opposer la moindre résistance réelle, est devenu l’organe de domination politique du patronat et des institutions européennes. L’histoire récente de la Grèce est l’histoire d’un enseignement : celui que les travailleurs ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes pour renverser le joug capitaliste en temps de crise.

Crédit photo : AFP/Angelos Tzortzinis




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