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Grèce. Une manifestation de retraités repoussée à coups de gaz lacrymogènes

Publié le 6 octobre 2016

En janvier 2015, Alexis Tsipras avait été porté au pouvoir en tant que premier ministre grec, avec l’espoir d’en finir avec les restrictions budgétaires imposées par la Troïka. Aujourd’hui, non seulement les violences austéritaires continuent, mais elles s’accompagnent également de violences policières en guise de réponse contre la colère légitime qui s’élève dans toutes les tranches d’âge, y compris chez les séniors. Ces derniers, touchés de plein fouet par la réduction des pensions de retraites, ont alors décidé de protester lundi 3 octobre contre cette nouvelle mesure inscrite dans le budget 2017 qui paraîtra officiellement mi-octobre. Mais durant cette manifestation, les retraités ont finalement été gazés par l’important dispositif policier déployé à l’occasion, sans sommation ni état d’âme. À croire que de l’espoir Syriza, il ne reste finalement plus qu’un vaste écran de fumée... plutôt poivré.

Paul Carson-Saher

Ce lundi, près de 1 500 retraités se sont donc mobilisés dans les rues athéniennes pour s’opposer avec détermination contre la compression de leurs propres pensions, déjà partiellement amputées par d’anciennes coupes budgétaires. Le cortège, qui avait sillonné la ville depuis plusieurs heures, s’était finalement dirigé vers le palais gouvernemental pour faire entendre sa contestation. Un important dispositif policier s’est alors rapidement interposé pour stopper net le cortège, à l’aide de plusieurs formations de casques en rang serré et de nombreux camions blindés.

Dans l’une des vidéos relayées sur internet, nous pouvons notamment y voir un groupe de retraités essayant de faire bouger l’un de ces véhicules, avant de devoir reculer face au nuage de gaz lacrymogènes lancé par les policiers :


Grèce : une manifestation de retraités dérape par Lopinionfr

Encore une fois, c’est visiblement dans la douleur et la répression que le gouvernement tente d’opérer son lent et pénible processus de désendettement du pays, quitte à réprimer cette fois durement la population qui ose s’y opposer dans la rue, y compris parmi les couches les plus fragilisées.

Face à cela, de nombreux témoins de la misère au quotidien, qui ne sont venus que pour interpeller finalement le gouvernement sur cette situation préoccupante, scandaient des formules comme « Nous ne pouvons pas vivre avec 400€ », soulignant par là l’extrême précarité qui les touche depuis le début la crise, sans grand espoir d’une résolution immédiate ; une situation qui, rappelons-le, découle évidemment de la gestion calamiteuse des finances du pays par les gouvernements précédents, situation d’autant plus aggravée par les récentes directives européennes, dont les représentants n’avaient jusqu’à présent que les mots « politiques austéritaires » à la bouche.

La semaine dernière, le Réseau unitaire des retraités, une association grecque, avait pourtant déjà estimé que six retraités grecs sur dix vivaient avec des pensions inférieures à 700€ par mois. En somme, que plus de la moitié d’entre eux vivaient sous le seuil de pauvreté, de quoi faire normalement réagir un minimum ce gouvernement, apparemment aveuglé par les commissions européennes et leur monomanie des restrictions budgétaires...

Concernant la journée du lundi, d’autres confrontations ont également eu lieu à proximité du Mémorial national de la résistance, précisément à l’endroit où Alexis Tsipras tenait son discours. Non loin, d’autres personnes étaient encore gazées, même si dans le contexte actuel, ce type d’intervention coercitive laisse perplexe.


Alexis Tsipras n’avait-il pas pourtant toujours dénoncé ces pratiques lors des manifestations de travailleurs et de retraités ? Visiblement, au regard de la situation devenue ingérable ce lundi après-midi, le gouvernement, n’avouant pas avoir perdu le contrôle de ses forces de police, a plutôt préféré présenter de timides excuses pour tous ces retraités gazés.

Aucun blessé n’est cependant à déplorer, précise t-on du côté du gouvernement. Peut-être. Mais la violence de la précarité, elle, touchera toujours l’ensemble de ces retraités une fois rentrés chez eux, contraints de vivre chaque jour avec le minimum vital, sous le poids d’une lourde dette à payer qui ne leur appartient pas et qui n’a pourtant pas fini de les écraser. Quant aux promesses initiales de Syriza, diluées dans les nombreux traités européens et les fausses perspectives avancées par les réformistes, force est de constater que, indépendamment de cette manifestation, celles-ci sont à ce jour bel et bien parties en fumée.

Crédit photo : Derek Gatopoulos - agence Associated Press