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Grève ONET : 9 grévistes assignés pour occupation des gares

Depuis le 2 novembre et le début de leur grève, les salariés de la société H.Reinier (Groupe ONET), en ont vu de toutes les couleurs. Procédures disciplinaires, menaces de licenciements, répression policière, refus de négocier. Voilà, depuis plus de 10 jours, que neuf des 85 salariés en grève étaient appelés à comparaître ce mardi devant le tribunal administratif de Montreuil pour l’occupation de la Gare de St-Denis, et mercredi 13 à 10 h au tribunal administratif de Cergy Pontoise pour l’occupation des Gares d’Ermont et Garges-Sarcelles.

Le Rassemblement devant le tribunal

Ils étaient environ 80 en ce début d’après-midi devant le tribunal administratif de Montreuil, pour montrer leur soutien aux grévistes de ONET assignés pour défendre leur « pain ». Après avoir manifesté aux cotés des grévistes victorieux de Vélib et ceux de Holiday inn, encore dans leur 55ᵉ jour de grève sans avoir eu encore une seule journée de négociation, les grévistes de H.Reinier ont rejoint en fanfare, à coup de « Onet Malhonnête, SNCF Complice », le rassemblement qui les attendait à 14h30 devant le tribunal.

Si beaucoup ne pouvaient pas venir à cause de l’horaire de milieu d’après-midi, beaucoup de porte-paroles se sont succédé au micro pour dire quelques mots. Anasse KAZIB délégué Sud Rail expliquant au nom du comité de soutien, l’importance de cette solidarité entre les différents secteurs en lutte, Fabien Dumas, Secretaire de la Fédération Sud Rail, rappelant à quel point la détermination et la solidarité des grévistes de ONET, force l’admiration. Alexis Corbière député de Montreuil et porte parole de la France Insoumise, a tenu à témoigner de toute la solidarité de LFI pour les 85 grévistes de ONET qui « se battent pour la dignité ». Mais bien d’autres ont pris la parole, Claude Levy pour la CGT HPE parlant de l’importance de garder cette convergence entre les salariés de Holiday Inn et ONET, Daniela Cobet pour le NPA parlant de grève exemplaire ayant pris des proportions importantes dans l’opinion publique.

Avant d’entrer dans le tribunal, M. Diawara et Mme Bagou, tous les deux parmi les neufs grévistes assignés, ont encore une fois remercié « infiniment » toutes les personnes venues encore une fois les soutenir et leur « donner de la force ». Ils ont rappelé leur dégoût des institutions qui les réprime aujourd’hui alors qu’ils ne demandent qu’à trouver un accord pour sortir du conflit. Mme Bagou, rappelant devant l’assistance que « ce devrait être la SNCF et ONET que l’on devrait convoquer et pas nous ».

Un dossier vide visant à casser la grève

Le juge du tribunal administratif a tout d’abord voulu faire un point sur l’importance politique de ce délibéré, rappelant à l’assistance qu’il ne jugerait que sur sa compétence et non sur les faits de droit social. Rappelant que si une expulsion était prononcée, elle n’arrêtait aucunement le droit de grève des salariés. Le juge terminant par dire qu’un communiqué de presse sortirait le lendemain avec le délibéré pour qu’il n’y ait « aucune ambiguïté ».

Le tableau est déjà dressé, mettant en exergue l’importance politique de cette séance qui, en fonction du résultat, donnera un autre visage à la suite du mouvement.

L’avocat de SNCF Mobilité a rappelé les faits, n’ayant aucun élément à part quelques photos de poubelles qui débordent. Il a passé quasiment toute sa plaidoirie à rappeler à quel point la situation était « intenable » pour les passagers et le personnel de la SNCF. Expliquant même que la SNCF envisage la fermeture des gares pour « risque de danger », donnant comme exemple un accident de personne il y a 20 jours, sur plus de 1 million de passages depuis le début du conflit. N’ayant aucun élément factuel à part les déclarations d’un manager anonyme, l’avocat a essayé d’amadouer le juge en rappelant l’histoire de la gare de St-Denis tel Stéphane Bern sur France 2.

Les deux avocats qui représentaient les neufs salariés grévistes, désignés par Sud Rail et la CFDT, ont littéralement démonté le dossier de SNCF Mobilité « monté de toute piece » comme l’a rappelé Maitre Xavier Courteil avocat du syndicat Sud Rail, expliquant qu’« à travers cette procédure la SNCF ne cherche qu’à casser le mouvement de grève et rien d’autre ». Les deux avocats ont rappelé les dizaines de vices de forme dans le dossier, « absence de procés verbaux », « aucun contrôle de police, pouvant justifier de l’identité des grévistes présents », « des témoignages de cadres de H.Reinier anonymes », « les gares n’appartiennent pas à SNCF Mobilité, mais aux 3 EPICS, SNCF Mobilité seul ne peut pas demander l’expulsion d’un lieu ne lui appartenant pas », « aucun trains supprimés des suites de la grève du nettoyage ».

Voila quelques-uns des faits important de la plaidoirie permettant de comprendre à quel point, comme cela l’a été depuis le début du conflit, la SNCF est et reste complice de ONET dans cette affaire, attaquant au hasard neufs grévistes, dont certains des principaux délégués du personnel, sans avoir une seule preuve de leur présence sur les lieux, à part le témoignage anonyme d’un cadre de H.Reinier qui ne connaît pas ses salariés étant donné que la société a repris le marché le 1er novembre et que le 2 novembre les 107 salariés étaient déjà en grève suite aux désaccords sur les conditions de reprise. La question que tous se posent est comment des dirigeants de H.Reinier peuvent formellement identifier des salariés, alors que de leurs aveux, ils ne souhaitent pas venir sur le piquet de grève pour ne pas « rencontrer les salariés pour la première fois dans les conditions d’une grève ».

Après deux heures de plaidoirie des deux parties, le juge a expliqué que compte tenu de la situation il donnerait sa décision dans la journée du lendemain, sans doute car il ne souhaite pas rendre le jugement sans discuter avec son confrère de Cergy-Pontoise, pour ne pas rendre deux décisions différentes sur un dossier identique.

« On lâchera rien… »

Les salariés sont sortis du tribunal rassurés, car ils avaient compris que la SNCF n’avait rien de concret à leur reprocher. Cette journée les a confortés dans l’idée, comme a dit M. Fofana assigné aujourd’hui, « que la SNCF est complice avec ONET ». Comme l’a rappelé un des grévistes, « même si on nous expulse on ne lâchera rien, on dormira dans nos voitures s’il faut, mais on reprendra pas le boulot si on obtient pas satisfaction ».

Certains des soutiens présents ont encouragé les grévistes à aller jusqu’au bout de cette grève, peu importe le délibéré et peu importe l’amende : « tout le monde mettra la main à la poche pour qu’aucun gréviste ne paye le moindre centime ». C’est dans une ambiance de feu, comme à l’arrivée, que les grévistes et les soutiens présents ont terminé par une tournée dans la Gare du Nord pour interpeller les cheminots et les usagers, en distribuant des tracts à coup de slogans « Frotter Frotter il faut payer ! » « ONET SNCF Complice ! ».

Crédits photo : Stéphane Lagoutte




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