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Politique

Philippe sur un siège éjectable ?

Grève SNCF. La Macronie sur les starting-blocks. Edouard Philippe annule son voyage au Mali

Lors du conseil de ministres, le président des riches a demandé à son gouvernement « d’expliquer la réforme sans stigmatiser personne ». Une rupture dans sa communication qui oblige Jupiter à mettre en première ligne son gouvernement, et en premier lieu un Edouard Philippe, qui pourrait servir de fusible le cas échéant…

Crédit photo : Charles Platiau/Pool/AFP

Nul n’a oublié le mouvement de grèves de 1995, et encore moins au sein de la grande famille des cheminots. La provocation d’Alain Juppé, premier ministre de Jacques Chirac élu sur le thème de la « fracture sociale », qui avait annoncé que si deux millions de travailleurs battaient le pavé, son gouvernement abdiquerait, est restée dans toutes les têtes. Parce qu’effectivement, le défi fut relevé. Le 11 décembre l’actuel maire de Bordeaux annonçait ne plus toucher à l’âge de départ en retraite des régimes spéciaux de retraite (SNCF et RATP). Et pour cause, le 12, le seuil des deux millions de manifestants était battu.

L’offensive menée par Macron sur le statut des cheminots, la mise en concurrence de la SNCF et plus encore, sa privatisation était tranchante. Quitte à court-circuiter le dialogue social en imposant un passage en force par ordonnances, et ainsi entraîner la CFDT et l’UNSA aux côtés de l’intersyndicale. Pourtant, au vu du nombre record de grévistes, et de cette détermination sans faille des cheminots, le gouvernement commence à montrer des signes de faiblesse...

Edouard Philippe annule son déplacement au Mali

Hier soir, Anne Bourse journaliste de France 3 revenait sur les inquiétudes du gouvernement. "Édouard Philippe annule son déplacement prévu ce week-end au Mali ; il préfère suivre ce deuxième épisode de la grève. C’est lui qui, depuis le début du mouvement, sert de pare-feu au président de la République. Si Emmanuel Macron reste silencieux, le Premier ministre, lui, continue à répéter que, quoi qu’il arrive, cette réforme se fera. Sauf qu’aujourd’hui, on a senti une inflexion sur la forme : lors du Conseil des ministres, le président de la République a demandé au gouvernement d’expliquer la réforme sans stigmatiser personne. Faire de la pédagogie pour éviter deux risques : que le mouvement dimanche et lundi soit à nouveau un succès et que les Français soutiennent de plus en plus les cheminots".
Si on peut avoir des doutes quant au rôle de pare-feu d’Edouard Philippe depuis le début du mouvement (tant celui-ci est invisible auprès des français), le fait qu’il annule son déplacement au Mali est un tournant. Emmanuel Macron et son équipe ont peur. Et c’est pour éviter de lui-même se brûler les plumes, qu’il envoie son premier ministre pour éteindre le brasier. Quitte à l’envoyer dans la gueule du loup pour garder le plus de légitimité possible auprès des français…

Une bataille de l’opinion en train de tourner en faveur des cheminots

Décidément les parallèles avec 1995 peuvent se faire de plus en plus aisément. Non seulement sur la mobilisation exceptionnelle des cheminots, avec parfois des scores qui avoisinent les 90% de grévistes. Mais aussi sur le rôle du premier ministre, on se souvient tous de Juppé fusible de Chirac. Enfin et peut être surtout, sur le renversement de l’opinion publique.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, plus de 260 000€ ont déjà été collectés sur la caisse de grève en ligne à l’initiative d’intellectuels, grâce aux quelques 8000 donateurs anonymes. Un élan de solidarité qui témoigne de la volonté des français de s’opposer aux réformes néolibérales du gouvernement, et de défendre un service public de qualité.

C’est une véritable bataille d’opinion qui se joue, le gouvernement y étant allé très (trop ?) fort, d’emblée, envers ces « privilégiés » de cheminots. Il en paie désormais les pots cassés. Désarmé pour argumenter sur sa réforme, ce dernier est en train de voir l’opinion publique se retourner contre lui. Un sondage en ligne du media bourgeois Le Point laisse entendre que 55% des français sont favorables à la grève des cheminots (près de 52 000 votants favorables à cette option). Le 3 avril, premier jour de grève, #JeSoutiensLaGreveDesCheminots était le premier hashtag sur Twitter. Une somme d’indicateurs qui démontrent, qu’en seulement 48h, la grève des cheminots est en train de mettre en émoi la Macronie et son monde.




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