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Notre classe

Solidaires contre la répression patronale

Grève à Nidaplast : « Tant qu’ils ne réintègrent pas le camarade, on ne reprend pas le travail ! »

Depuis ce lundi après-midi, les ouvriers de l’usine Nidaplast de Thiant (Nord) mènent une grève déterminée contre le licenciement brutal d’un collègue. Alors que la production de cette entreprise de plasturgie est paralysée depuis 4 jours, la direction est montée d’un cran dans ses mesures répressives, en annonçant la mise à pied conservatoire de deux délégués CGT dont Franck Aufaure, que nous avons interviewé.

Avec 45 ouvriers sur un effectif total de 90 salariés, Nidaplast produit nuit et jour des équipements industriels en plastique tels que des pièces de bassins de rétention d’eau. Avec une trentaine d’ouvriers en grève, répartis sur les 3 équipes, « rien ne tourne, la boîte perd beaucoup d’argent », nous confie Franck Aufaure. Ils se battent pour la réintégration de leur collègue de 25 ans, ouvrier à Nidaplast depuis quatre ans et qui a appris son licenciement ce lundi, ainsi que contre les « pressions de plus en plus fortes sur les salariés ».

Propos recueillis par Flora Carpentier

Révolution Permanente : Peux-tu nous raconter comment votre collègue s’est fait licencier ?

Franck Aufaure : « En juillet, la direction a voulu le mettre sur une machine, et à ce poste ça s’est très mal passé, il y avait trop de pression pour produire, et il était au bord du burn-out. Il est allé voir son responsable pour lui expliquer la situation mais il lui a répondu ‘si tu n’es pas content, tu t’en vas’. Il est alors allé voir son médecin qui lui a mis un arrêt maladie, parce qu’il était en pleine dépression. Suite à ça, il a été convoqué pour son arrêt maladie. On lui a reproché une soi-disant altercation avec son responsable, ce qui est complètement faux. Ensuite, il a été convoqué à un entretien préalable à licenciement, qui a eu lieu le 23 septembre. Et ce lundi midi [23 octobre], il a reçu sa lettre comme quoi il était licencié sur le champ, qu’il devait rendre ses clés, son badge et partir ».

RP : Pourquoi la direction de Nidaplast s’en prend à lui d’après toi ?

FA : « Ils veulent réduire les effectifs donc il faut bien trouver des personnes. On subit depuis un certain temps une énorme pression dans l’usine. A la moindre petite faute, on nous met un avertissement. On nous convoque pour le moindre arrêt maladie, pour nous demander pourquoi on s’est arrêté. Si on a un arrêt c’est parce qu’on est malade ! Ce sont toutes ces petites pressions qui font qu’au bout d’un moment les gens tombent en dépression, ils n’en peuvent plus. Les conditions de travail se dégradent énormément, les cadences sont très difficiles à tenir. Comme il y a pas mal de gens en arrêt de travail pour des problèmes de dos ou des dépressions, la boîte tourne avec beaucoup d’intérimaires en remplacement.

Et puis c’est aussi une répression antisyndicale étant donné que le camarade est militant CGT et qu’il était en grève le 19 octobre contre la loi travail. Comme par hasard le licenciement est tombé juste après. »

RP : Vous vous êtes donc mis en grève immédiatement après avoir appris le licenciement ?

FA : Oui. Il y a tout un ensemble de choses qui font que ça a pété. On veut la réintégration de notre collègue, et qu’ils arrêtent leurs pressions sur les salariés. On a reçu beaucoup de solidarité sur le piquet, de militants CGT de différentes boîtes, de l’UL CGT de Valenciennes, de l’Union Départementale CGT. L’UL a mis en place une caisse de solidarité pour nous aider à tenir financièrement.

RP : Comment a réagi la direction ?

FA : « Elle est sous pression ! On a eu le droit à des menaces, elle est venue sur le piquet de grève faire des photos, des vidéos. Et puis notre directeur général est venu sur le piquet et nous a dit que moi et un autre camarade, on était en mise à pied conservatoire. C’est une atteinte au droit de grève ! On va le signaler à l’inspection du travail. Même en faisant grève on se fait harceler, c’est de pire en pire. »

RP : Malgré les pressions, vous tenez bon dans votre lutte ?

FA : « Oui, on est en grève depuis lundi mais si la direction ne lâche rien, c’est probable qu’on continue jusqu’à la fin de la semaine et même la semaine prochaine. De toute façon tant qu’ils ne reviennent pas sur leur décision, on ne reprendra pas le travail. On est fermes là-dessus ! Il est hors de question qu’on lâche un camarade ! Parce que sinon le prochain c’est qui ? A qui le tour après ? »

Ce jeudi, une journée de mobilisation contre la répression à Valenciennes

Ce matin, des travailleurs de nombreuses boîtes se sont rassemblés devant la gendarmerie de Valenciennes en soutien à Eric Pecqueur de Toyota, convoqué pour un tract syndical jugé « diffamatoire » par Toyota.

Comme le rappelait Eric Pecqueur ce matin « notre force c’est d’être ensemble et d’être soudés », appelant à rejoindre le piquet de grève des ouvriers de Nidaplast.




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