Société

Grève à i-Télé  : La brutalité de Vincent Bolloré et de ses affidés

Publié le 25 novembre 2016

Le 16 novembre, les salariéEs d’i-Télé, en grève depuis 31 jours, votaient la reprise du travail. De leur aveu même, les revendications portées par leur mouvement sont loin d’avoir été satisfaites, à un point tel que le protocole d’accord négocié avec la direction n’a pas été soumis au vote de l’assemblée générale car jugé « humiliant »...

Julien Salingue

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Une issue à l’image du « management » à la Bolloré : arrogance, brutalité et politique de la terre brûlée.

Briser la grève et démoraliser les grévistes

Désinformation, communiqués méprisants, refus de recevoir les grévistes, déménagement de bureaux en pleine grève, en mettant au passage les affaires de certains salariéEs à la poubelle, désactivation des badges des pigistes pour les empêcher d’entrer dans les locaux et de participer aux assemblées générales… Rien n’aura été épargné aux grévistes, qui ont pourtant tenu bon pendant 31 jours, soit la plus longue grève dans l’audiovisuel français depuis mai 1968.

Il est désormais établi, pour ceux qui en doutaient encore, que la direction ne poursuivait qu’un seul objectif : briser la grève et démoraliser les grévistes, quitte à provoquer des dizaines de départs et à mettre en péril la santé physique et mentale des journalistes et technicienEs de la chaîne. Une brutalité aux conséquences humaines désastreuses dont ont pu témoigner celles et ceux qui, grévistes ou journalistes d’autres médias, ont suivi la mobilisation au jour le jour.

Le précédent de Canal+

La façon dont les grévistes ont été traités par l’actionnaire et la direction de la chaîne n’est pas sans rappeler la brutalité de la reprise en main par Vincent Bolloré, au cours de l’année 2015, de la chaîne Canal+. Cette brutalité, relatée par les mêmes Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts dans leur livre L’empire : comment Vincent Bolloré a mangé Canal+, avait également provoqué une vague de départs au sein de la chaîne cryptée.

Le « management » de la grève à i-Télé n’est donc pas un accident, mais bien une marque de fabrique de Vincent Bolloré et de ses affidés, capables d’organiser des réunions au cours desquelles des cadres de Canal+ « découvrent en direct non seulement qu’ils sont virés, mais en plus que leurs remplaçants sont déjà là, dans la salle », le grand patron osant même expliquer aux « virés » : « Je suis désolé pour ceux qui ne font pas partie de mon équipe, voilà, je n’ai rien contre vous, je ne vous connais pas ».

Information et journalistes en danger

Nous assistons à une mainmise sans cesse croissante de quelques grands groupes et grandes fortunes sur la quasi-totalité du paysage médiatique en France. Des phénomènes de concentration non seulement dangereux pour le pluralisme mais en outre particulièrement alarmants pour qui se préoccupe de la qualité des contenus et des conditions de travail des salariéEs des médias.

Les médias ne sont pas le « cœur d’activité » de ces « capitaines d’industrie » (Bolloré, Niel, Drahi, etc.), qui leur appliquent des logiques strictement comptables et des méthodes de management inspirées de leurs autres sphères d’activité, quitte à avoir recours à des « cost killers » sans aucune connaissance du travail journalistique, et qui vont jusqu’à considérer « leurs » médias comme une simple vitrine pour le groupe.

Les pouvoirs publics aux abonnés absents

Les grévistes d’i-Télé et les sociétés et syndicats de journalistes en ont appelé à plusieurs reprises à une intervention des pouvoirs publics. Le gouvernement a finalement, par l’intermédiaire des ministères de la Culture et du Travail, prétendu procéder à une médiation. Mais si l’on rapporte le « protocole d’accord » finalement établi aux revendications des grévistes, force est de constater qu’aucune pression digne de ce nom n’a été exercée sur l’actionnaire et ses représentants.

Est-ce une surprise ? Pas vraiment… Le gouvernement Valls n’a pas fait grand chose pour aller contre les tendances préoccupantes à l’œuvre dans les médias, qu’il s’agisse des phénomènes de concentrations et de financiarisation, de l’ingérence des actionnaires et des hiérarchies ou de la protection des journalistes. Même la « loi Bloche », présentée par le gouvernement comme une formidable avancée pour les journalistes, est en réalité au-dessous de tous les enjeux actuels et a essuyé les critiques des syndicats et sociétés de journalistes ou d’associations comme Acrimed.

Jusqu’à quand va-t-on laisser Vincent Bolloré et les autres média­vores jouer au Monopoly, au mépris de la qualité des contenus, de l’indépendance des rédactions et des conditions de travail des salariéEs ? Il est temps de prendre des mesures radicales pour que cesse ce jeu de massacre, avec notamment une authentique législation anticoncentration et antifinanciarisation, et la mise en place d’un statut juridique pour les rédactions afin qu’elles puissent résister aux pressions de leurs hiérarchies et de leurs actionnaires. Faute de quoi, Bolloré et ses semblables auront les mains libres pour poursuivre leur entreprise de destruction de l’information et du journalisme, avec la complicité, active ou passive, des pouvoirs publics.