Notre classe

Le compte à rebours est lancé

Grève à la RATP. Au dépôt de bus de Saint-Denis, le piquet tient depuis le 2 juin et n’est pas prêt de lâcher l’affaire

Publié le 8 juin 2016

Sarah Carah

Alors que les médias dominants font en sorte de minimiser, d’invisibiliser et de criminaliser les grèves, et qu’Hollande appelle à ce qu’elles se terminent, de nombreux secteurs sont encore dans la bagarre. C’est le cas à la RATP où, même si la grève est encore minoritaire, les travailleurs sont bien déterminés à tenir tête au gouvernement et à bousculer les festivités prévues pour l’Euro de football. Non loin du Stade de France, le dépôt de bus de Pleyel à Saint-Denis poursuit la lutte.

A deux pas du Carrefour Pleyel et à la frontière entre les villes de Saint-Denis et Saint-Ouen en banlieue parisienne, le dépôt de bus Pleyel compte 700 travailleurs, tous statuts compris. Le 2 juin, à l’appel des différentes organisations syndicales de la boîte, plus de 200 travailleurs du dépôt, machinistes-receveurs (nom technique pour les conducteurs) et mécaniciens avaient débrayé. Un bon signe pour une première journée ! L’Assemblée générale tenue le jour même, à l’initiative des camarades de la CGT, avait décidé de reconduire la grève, ce qui a été suivi par une partie des travailleurs. Deux mots d’ordre sont au cœur de la mobilisation : le retrait de la loi Travail, et 300 euros de plus pour les salaires de la RATP, piochés dans les 375 millions d’euros de bénéfices de l’entreprise.

Chaque matin, à partir de 4h30, un piquet de grève est donc organisé à l’entrée du dépôt. Musique, petit déjeuner et ambiance chaleureuse sont au rendez-vous avec un seul objectif : convaincre les derniers hésitants de se mettre en grève pour le 10 juin, jour du début de l’Euro, pour frapper un grand coup. Pour cela, on discute aussi stratégie : à la RATP comme chez les cheminots, il faut déposer son préavis de grève 48h à l’avance. Par ailleurs, faire grève le lendemain ou la veille d’un jour de congé entraîne une perte de salaire aussi sur le jour de congé. Les travailleurs s’arrêtent et discutent avec les grévistes pour organiser leur semaine, et pouvoir tenir la grève. Une banque alimentaire, centralisant des biens de première nécessité a été mise en place pour subvenir aux besoins des grévistes et de leur famille.

Le compte à rebours est lancé !

Lors des grèves à la RATP, le discours médiatique et gouvernemental sur les « preneurs d’otage » est devenu un classique depuis bien longtemps. Mais cette fois-ci, et témoignant bien de l’indécence totale des gouvernants et des médias, les grévistes à la RATP ont été ouvertement assimilés à des terroristes. Le motif ? Un tract appelant à la grève reconductible à partir du 2 juin, sur lequel figurait un dessin d’un bâton de dynamite légendé « Le compte à rebours est lancé ». Pour RTL, il ne fait aucun doute : « Cette bombe présente sur le tract fait écho, du moins malgré elle, au contexte de violence et à la menace terroriste ». Rien que ça !

Cette manipulation honteuse de l’émotion suscité suite aux attentats de novembre n’affaiblit pourtant pas la détermination des grévistes. Les pressions des cadres de la direction, qui ont été jusqu’à appeler des salariés ayant fait grève le 2 juin pour les dissuader de continuer, ne les fera pas taire non plus. Pour cela, et les salariés de Pleyel l’ont bien compris, il faut compter sur la solidarité, entre collègues, mais aussi avec les salariés d’autres entreprises. C’est pour cela que les grévistes du dépôt de bus sont en lien avec l’Assemblée Générale Interpro de Saint-Denis, et qu’ils invitent tous leur soutien à se joindre à leur piquet de grève tous les matins.