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Contre la stratégie du « 2/5 »

Grève cheminote : à Paris-Nord, les grévistes dénoncent les limites de la grève perlée

Ambiance tendue à l’assemblée générale de Paris Nord ce vendredi matin. Au cœur des discussions, le calendrier de la grève décidé par l’intersyndicale, qui est loin de faire l’unanimité. Face à cela, les cheminots cherchent des alternatives pour dépasser un calendrier qui ne peut, pour eux, mener à une victoire.

Crédits photos : Otto Zinsou

« Le 2/5 jusqu’à juin, c’est la défaite » : dès le début de son intervention, Anthony, syndiqué CGT sur le site du Bourget, donne le ton. S’il met les pieds dans le plat, c’est que le calendrier imposé aux cheminots par l’intersyndicale sans consultation des cheminots, commence à montrer ses limites de manière de plus en plus claire. Hors des grandes journées de mobilisation comme celle du 14 mai, « journée sans cheminots », le nombre de grévistes et de D2I (les déclarations de grève que doivent poser les cheminots depuis la réforme de Sarkozy sur le service minimum) est en baisse. Si 90 % des cheminots ont déjà fait un jour de grève et que le nombre de jours de grève avoisine les taux du mouvement de 1995, les modalités du mouvement, à savoir 2 jours de grève sur 5, sont de plus en plus critiquées, notamment à la gare du nord. « Comment peut-on gagner ? C’est la reconductible : il n’y a pas d’autres solutions !  » continue Anthony, caisse de grève autour du cou. Pour lui, malgré les nombreux votes dans différentes assemblées générales en faveur de la reconductible, «  il y a un verrou syndicale contre la reconductible, c’est la CGT  ».

Son camarade, Kevyn, conducteur sur Paris Nord, embraye après lui : «  Macron ne fait pas grève 2 jours sur 5, il nous met des coups de massue tous les jours  ». Dans l’Assemblée Générale, les militants de la CGT sont pratiquement absents du débat et seulement un seul d’entre eux prendra la parole. Ils sont pourtant présents, quelques mètres plus loin, derrière l’urne du « vot’action » qui doit déterminer si les cheminots sont pour ou contre la réforme. Une initiative qui n’est pas vue d’un bon œil par tous, car pour certains, c’est un coup d’épée dans l’eau : « neuf sur dix d’entre nous ont fait une journée de grève ; ça veut bien dire qu’on est majoritairement contre cette réforme. Par contre, l’intersyndicale n’a pas cru bon de nous demander si le calendrier était bon » nous confie un autre cheminot.

Alors comment dépasser ce blocage ? Pour beaucoup, il ne faut pas attendre grand chose des organisations syndicales, et que les cheminots prennent en main leur propre mouvement. C’est d’ailleurs le but des assemblées générales, qui sont les lieux où doit se décider les modalités du mouvement. Laura, cheminote au Bourget rappelle d’ailleurs à ses camarades « qu’en 1986 (date d’une importante grève cheminote), la grève reconductible est partie de la base : ce n’est pas une fatalité d’attendre les bras croisés les OS  ». Loin d’attendre l’intersyndicale, les cheminots prennent d’ailleurs des initiatives : dans les rencontres inter-gares de la Région Parisienne, les grévistes ont décidé de rajouter dans leur calendrier la journée du 22 mai, date de grève de la fonction publique, pour en faire une journée de grève chez les cheminots. Si à l’origine l’intersyndicale ne voulait pas appeler à la grève ce jour-là, la décision de l’inter-gares a bougé les lignes, au point où les cheminots sont maintenant appelés à manifester (sans toutefois être appelés à faire grève, mis à part par la Fédération Sud Rail).

Cette Rencontre Inter-gares de la Région Parisienne, beaucoup de cheminots y tiennent : c’est pour eux un moyen de rencontrer d’autres grévistes et d’échanger sur la situation du conflit, des forces et des faiblesses, mais aussi de poser des perspectives pour aller de l’avant. Le 22 mai, ils ont d’ailleurs décidé de faire une rencontre Inter-gares avec des délégations de province, avec des cheminots de plusieurs villes qui feront le déplacement, dont une quinzaine de Mulhouse et de Strasbourg qui ont, quant à eux, organisé une première Rencontre Inter-gares dans l’Est lors de la journée sans cheminots du 14 mai dernier. « Si on s’organise région par région, cela ne suffit pas : il faut que l’on s’organise à l’échelle nationale » explique Kevin. Ce sera l’occasion de discuter en dehors du cadre uniquement parisien et de rencontrer de nouveaux grévistes, peut-être pour trouver un plan pour durcir le mouvement.

Finalement, une idée émerge : «  lundi dernier, c’était une journée sans cheminot très réussie, mais il faudrait que toutes les journées soient comme cela. Avec des camarades de Saint Lazare, on propose que la semaine prochaine soit une semaine sans cheminots, du 22 au 25  » lance à l’Assemblée Gauthier, syndiqué Force Ouvrière, fortement applaudi. Reste à savoir si l’idée sera reprise un peu partout. Mais il semble confiant : « si on doit passer le week-end au téléphone à appeler les collègues et coller des affiches, on le fera ; on n’est pas près de lâcher ».




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