Notre classe

Baisse de salaires chez SFR

Grève chez SFR : « c’est une perte de 1850€ par an en moyenne » contre laquelle on lutte

Publié le 17 juin 2016

Depuis le mercredi 15 juin, près de 300 employés sur 450 sont en grève dans l’entreprise SFR-Solutions, implantée aux Ulis. Le motif de la grève ? Comme dans tous les autres secteurs, une dégradation constante des conditions de travail et une baisse des revenus.

Arthur Nicola

Depuis que le groupe SFR-Numericable a racheté l’entreprise Telindus en octobre 2014, « les conditions de travail ne cessent de se dégrader », dénonce Arnaud Waterkeyn, délégué syndical CFDT. C’est l’annonce de la baisse de revenus qui a amené les employés à se mettre en grève reconductible, par la baisse de la prime d’intéressement de 9%à moins de 3 % dans le cadre d’un accord de groupe. « Ils veulent harmoniser les coûts. Mais en fait, ils souhaitent surtout les réduire en s’attaquant aux salaires, dénonce le délégué. Cela équivaut à une perte de 1 850 € par an pour un salarié moyen. Certains ont déjà des difficultés à boucler les fins de mois, ce n’est pas possible. » De surcroît, cette prime, actuellement mensuelle, serait annualisée, ce qui différerait son versement à juin 2017 pour 2016 par exemple : pour les employés, ce n’est pas possible.

Pour mener cette lutte, les travailleurs ont bien l’intention de rappeler à Patrick Drahi, 6ème fortune de France, qui possède SFR, qui produit réellement la valeur : l’entreprise en grève, qui travaille avec des entreprises du CAC40 et de grandes administrations va affecter les systèmes-réseaux des clients. « Les services de maintenance à distance et de support des systèmes réseaux installés chez les clients ne fonctionnent pas en ce moment », confirme le porte-parole de la CFDT. Les grévistes comptent sur la pression que pourront faire les clients sur SFR, pour obliger leur employeur à reconnaître leurs droits. Ce n’est pas le premier mouvement de grève contre le « management » de Numericable : le 19 mai, 1700 salariés s’étaient mis en grève pendant deux heures pour dénoncer les méthodes brutales, la dégradation des conditions de travail et les pressions sur les sous-traitants.

Dans ces équipes qui font grève, près de 80% sont ingénieurs de conception système.« Le groupe est en train de nous faire passer d’un métier de sur-mesure pour les grands comptes à des offres packagées construites à l’avance dans le modèle opérateur et de cible clients en nous orientant vers les PME » souligne le responsable syndical. Il s’agit de dégager de plus en plus de profits et ce sur les conditions de travail des employés.

Cette grève est un parfait exemple de la prolétarisation de toute une partie de la population, ces « cadres et professions intermédiaires » qu’aime définir l’INSEE dans ses définitions abstraites. C’est aujourd’hui une partie de la population pour le moment relativement « protégée », par rapport à la précarité grandissante, qui fait l’expérience d’un conflit de classes : ses intérêts ne sont pas du côté de ceux qui font la loi à l’instar de Patrick Drahi.