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Grève contre le racisme à Berlin : « Construisons une société communiste sans frontières »

Nous reproduisons le discours du groupe marxiste Jeunesse Communiste Révolutionnaire (RKJ), prononcé lors de la grève contre le racisme, le jeudi 29 septembre à Berlin. Sören Luxbach, Klasse Gegen Klasse

Nous sommes dans la rue aujourd’hui pour témoigner de notre colère face au succès de l’AFD aux élections de Berlin, aux nouvelles agressions nazies à Bautzen (1) et au Mauerpark (2), ainsi qu’aux récents attentats à la bombe à Dresde. Pour beaucoup d’entre vous, cette mobilisation doit être « une manifestation anti-racisme parmi d’autres ». On rentre à la maison et l’affaire est terminée. Un bon geste, mais nous n’arrêterons pas le cours des choses.

C’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous, membres du groupe Jeunesse Communiste Révolutionnaire, avons participé à l’organisation de cette journée d’action et de grève nationale. Nous voulons qu’il y ait une vraie différence, nous voulons organiser un mouvement massif et radical afin de changer le rapport de force et de jeter par-dessus bord la routine quotidienne. C’est pourquoi je voudrais aujourd’hui étendre un peu le panorama.

Nous vivons à une époque où les contradictions du capitalisme s’aggravent de plus en plus, comme un train qui file à toute allure vers une paroi rocheuse :

La crise économique mondiale, qui n’est toujours pas résolue, est aujourd’hui proche d’une nouvelle explosion. Les marchés en expansion sont eux-mêmes en crise, comme l’ont montré les turbulences en Chine. Ici, en Europe, ce sont de grands acteurs comme la Deutsche Bank qui sont ébranlés.

Pendant ce temps, le système impérialiste (à savoir les grandes puissances économiques qui se disputent le partage du monde), suscite de nouvelles tensions qui demeurent sans solutions, et de nouvelles guerres, comme l’effusion de sang en Syrie.

Mais ce n’est pas tout : la crise écologique soulève le problème de pouvoir ou non vivre encore sur la même planète. Le changement climatique s’accélère et aura de terribles conséquences pour une grande partie de la population sur Terre, y compris si nous parvenons à un changement de tendance.

Par son interaction fatale avec l’exploitation impérialiste du monde, le changement climatique privera de plus en plus de personnes de leur patrie et les obligera à fuir, alors qu’on bat aujourd’hui un record de 60 millions de réfugiés. Des centaines de millions, voire des milliards d’êtres humains risquent d’être déracinés si nous n’agissons pas avec détermination pour faire changer les choses.

Or, c’est précisément à cette époque que les nationalistes et les fascistes ont le plus d’échos à travers le monde. Ils invoquent le havre de paix supposé de la patrie et de l’État-nation. Une vidéo très appréciée sur Internet montre en accéléré le changement des territoires politiques sur 5 000 ans. Combien de ces territoires ont toujours gardé les mêmes dirigeants ? Cela semble absurde quand on voit toute cette diversité. Pourtant, c’est précisément ce que les nationalistes appellent « le peuple », il y aurait pour eux un « destin commun » éternel. L’ordre bourgeois et son idéologie veulent nous enfermer dans la prison du passé. Leur racisme nous divise entre « autochtones » et « étrangers », entre blancs et non-blancs, et entre cultures « civilisées » et « arriérées ». Mais nous jetons par-dessus bord toutes ces idées. Ils ont fait leurs calculs sans tenir compte de nous : la jeunesse qui se bat !

Après plus de 10 000 ans de sociétés de classes, nous sommes la génération qui a le pouvoir de préparer la fin de cette terrible domination d’une minorité sur une grande majorité. Et peut-être sommes-nous aussi la dernière, du moins sur notre planète telle que nous la connaissons, qui est encore en mesure de le faire.

Derrière cette tâche historique, nous prévoyons une société sans exploitation et sans oppression, dans laquelle nous aurons tous plus que le nécessaire pour vivre, et le temps et les moyens de nous épanouir librement. Longtemps considéré comme un échec, telle est la vision la plus réaliste de l’avenir : le communisme.

Tout en étant pleinement conscient des horreurs du stalinisme, notre génération renoue dans de nombreux pays à travers le monde avec l’idée du communisme. La vision que nous en avons est très claire et elle apparaît à nouveau comme une lumière perçante à l’horizon, à une époque où il semble qu’il n’y ait plus rien à rêver ni à espérer. Nous sommes les figures principales d’une gigantesque histoire, plus captivante que n’importe quel blockbuster hollywoodien. Mes camarades (du monde entier) et moi sommes convaincus dur comme fer que notre tâche historique est la bonne, que notre résistance est plus que juste et nécessaire.

Nous héritons des conquêtes d’innombrables géant-e-s qui se sont battus pour la liberté avant nous. Nous rassemblons donc toute notre énergie et notre courage pour dire « Non ! » au gouffre dans lequel nos dirigeants veulent nous précipiter. Pour cela, nous devons nous organiser de façon révolutionnaire, devenir le « mouvement réel » et nous associer à celles et ceux qui représentent l’immense majorité de la population mondiale. Avec ceux et celles qui produisent les richesses de ce monde et qui détiennent d’ors et déjà le pouvoir entre leurs mains : les travailleur-ses. Pour se rendre compte à quel point leur soulèvement peut être impressionnant, il suffit de regarder le cas de l’Inde aujourd’hui, où s’est déroulée il y a peu la plus grande grève générale de l’histoire de l’humanité ; ou encore celui de la France, où la jeunesse main dans la main avec les travailleur-ses a combattu le gouvernement au printemps dernier et paralysé le pays entier.

Forgeons à nouveau cette alliance invincible et préparons un avenir digne d’être vécu par nous tou-te-s sur cette planète. Nous le savons : il faut abolir les frontières pour toujours ! No love for a nation ! L’Union européenne va s’effondrer, cela doit arriver. Il ne s’agit pourtant pas de renforcer les nationalismes, mais bien de l’enterrer et de construire un monde socialiste sans frontières. Pour atteindre ce but, nous voulons nous battre avec vous, aujourd’hui et chaque jour qui vient !

(1) Mercredi, des affrontements ont eu lieu entre des demandeurs d’asile et des militants d’extrême-droite

(1) Début septembre, des supporteurs d’extrême-droite du club de Football BFC Dynamo ont agressé et blessé des participants à un barbecue de l’Association camerounaise de Berlin.




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