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Notre classe

Dictature patronale

Grève des travailleurs de Vélib’ : L’entreprise riposte par des licenciements

Ce dimanche 10 juin, plusieurs salariés de l’entreprise Smovengo, distributrice des nouveaux vélibs dans Paris, ont reçu une lettre de licenciement pour « faute grave » et « manque de professionnalisme ». La raison de ce licenciement, une grève débutée les 17 et 18 avril derniers pour protester contre les conditions de travail déplorables et exiger la revalorisation des salaires de nuit, des dimanches, et des jours fériés. Cette répression au sein de l’entreprise fait suite à celle qui s’est abattue sur les salariés dans les tribunaux en mai dernier.

Une aggravation de la répression judiciaire par la répression professionnelle

Les licenciements qui commencent à toucher les grévistes de l’entreprise gestionnaire des Vélib’ s’inscrivent dans la continuité du jugement rendu par le Tribunal de Grande Instance de Paris le 14 mai dernier. À cette date, la Justice s’est encore une fois prononcée en faveur du patronat et a déclaré que la grève des salariés était « illicite » car sans préavis de 5 jours francs, comme il est exigé pour les entreprises gestionnaires d’un service public.

En même temps que criminaliser les travailleurs défendant des conditions de travail dignes, les juges ont entrepris de casser la grève en interdisant toute poursuite de cette dernière sous peine « d’astreinte de 1 500 euros par infraction et par personne ». D’un autre côté, la seule concession proposée par la direction fut plus que minime et d’un total mépris : une augmentation de 27 centimes. Autant dire que le but de cette assignation en justice n’était pas le délai des préavis, mais la répression de toute résistance de la part des salariés à l’encontre de leurs conditions de travail.

Par ces licenciements débutés dimanche, l’entreprise souhaite aggraver la répression des travailleurs. Les motifs des licenciements, « la faute grave » et le « manque de professionnalisme », sont une manière détournée de criminaliser les seules modes d’action dont disposent les travailleurs pour se faire entendre, à savoir la grève et le blocage. Le message est clair, aucune grève ne sera tolérée. Alors que le patron se cache derrière le Code du Travail pour justifier la répression, le droit de grève est donc, quant à lui, tout simplement prohibé et les salariés n’ont donc plus aucune marge de manœuvre pour contrebalancer les offensives patronales de leur employeur.

Mais Smovengo va plus loin. Pour tenter d’anéantir la solidarité entre les grévistes, l’entreprise a annoncé qu’elle prendrait des « mesures individuelles » à l’encontre de ces derniers, mesures qu’elle n’a pas souhaité rendre publiques. A la défensive face à la solidarité de ses employés, Smovengo cherche ainsi à individualiser un maximum les sanctions et à les diversifier pour empêcher toute riposte collective.

Et face à cette répression du droit de grève, l’Etat n’est pas en reste. C’est aux côtés du patronat que les mairies de Paris se sont positionnées. La présidente du syndicat mixte Autolib’ Vélib’, maire du XIIe arrondissement, en refusant de recevoir les grévistes, s’est en effet explicitement placée aux côtés de l’entreprise, arguant elle aussi le prétendu caractère « illicite » de la grève.

Une répression des grévistes soutenue par la Justice bourgeoise

Pour pouvoir réprimer au mieux les salariés, Smovengo s’est appuyée sur les « règles de droit » et en particulier les exigences de préavis de grève. Ces derniers, qui doivent être déposés entre deux et cinq jours avant la grève selon le statut de l’entreprise, visent à empêcher un blocage effectif de l’économie. C’est en effet ce qui permet aux patrons de s’adapter à la réduction des effectifs et de remplacer les grévistes par des intérimaires précaires ou des cadres, dépourvus d’une formation complète sur les tâches à accomplir, ce qui rend parfois cette substitution dangereuse.

Et si Smovengo affirme respecter les règles et le droit en général, c’est parce qu’il lui est favorable, d’autant plus lorsque les maigres acquis de la classe ouvrière lui sont retirés par une répression professionnelle et judiciaire. C’est en s’appuyant sur le droit que l’entreprise a pu jouer avec le délai de préavis et rendre légalement la grève « illicite » : en estimant que Vélib’ est une entreprise publique, le préavis exigé est de cinq jours au lieu de deux, ce qui rend l’adaptation des patrons à la grève plus simple, et ce au nom du principe de « continuité du service public ». Mais lorsqu’il s’agit des conditions de travail des salariés de Smovengo, la Justice n’est pas si prompte à retenir le statut d’entreprise publique puisqu’il implique quelques garanties supplémentaires en droit du travail, que ni elle ni les patrons ne sont prêts à respecter. Le statut des entreprises se fait donc à la carte, en fonction de ce qui arrange le patron à un certain moment.

Ainsi, lorsque nos dirigeants volent des millions d’euros et font leur richesse sur l’exploitation des salariés, la justice est évidemment clémente, à l’image de Sarkozy qui a passé en mars dernier sa garde à vue … chez lui. Mais quand il s’agit d’ouvriers qui se battent pour leurs conditions de travail, la réponse de cette justice de classe est immédiate, en témoignent les 14 tentatives de licenciements de Gaël Quirante, postier et syndicaliste combatif, dont la dernière a été ordonnée par la ministre Muriel Pénicaud ou encore le procès des syndicalistes de Ford Blanquefort, dont Philippe Poutou, qui sont accusés d’avoir lancé des confettis et collé des stickers à un salon de l’automobile. C’est dans ce contexte de criminalisation de l’action politique que doivent se comprendre les licenciements des grévistes de Vélib’ : une escalade répressive envers quiconque se bat pour ses conditions de travail et le fait savoir.

Crédits photo : (LP/J.-G.B.)




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