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Interview

Grève du nettoyage à l’hôpital de Valenciennes, sous-traité à ONET au péril de la santé publique

Une grève de 45 salariées du nettoyage, employées par le sous-traitant ONET, a pris de cours la direction de l’hôpital de Valenciennes (Nord) ce vendredi. Alors que ce service est externalisé au privé depuis 6 ans, les petites mains invisibles indispensables au bon fonctionnement de l’hôpital ont débrayé toute la journée contre les conditions de travail déplorables. Nous avons interviewé Mélanie Dinato, salariée chez ONET depuis 10 ans et déléguée CGT.

En étant l’un des premiers de France à avoir externalisé le service de nettoyage des chambres et couloirs, l’hôpital de Valenciennes met à nu les conséquences désastreuses de la privatisation rampante qui est en train de détruire le service public, dans la santé et ailleurs. Ainsi, cette grève exemplaire des salariées ONET de l’hôpital rappelle par bien des aspects ce qui avait déclenché la lutte des salariés ONET du nettoyage des gares de la région Paris-Nord à l’hiver dernier, dont l’issue victorieuse a d’ailleurs résonné jusqu’à Valenciennes.

Cadences infernales et harcèlement des chefs

Le travail laborieux de ces « petites mains invisibles » de l’hôpital rappelle celui des salariés de l’hôtellerie dont les luttes se sont multipliées ces dernières années : « on nettoie les couloirs et les chambres de tout l’hôpital », explique Mélanie Dinato, déléguée CGT. Les 140 salariées du nettoyage de l’hôpital employées par Onet, des femmes à 97%, dépendent de la convention de la propreté, très défavorable par rapport à celle de la santé. « Pour les chambres il y a deux types de nettoyages : le ménage quotidien, et le « grand ménage » quand le patient quitte sa chambre. On est censé faire 5 chambres à l’heure donc 12 minutes par chambre quand c’est le nettoyage quotidien, ou 3 chambres à l’heure soit 20 minutes par chambre quand il s’agit d’une sortie ». Des cadences intenables, qui tendent à s’accélérer, au point de faire craquer les salariées : « Ces derniers mois, il y a vraiment un gros ras-le-bol. Notre hiérarchie nous met la pression, on vient travailler la boule au ventre, on ne sait jamais ce qui va nous arriver, c’est insupportable. ONET a ses bureaux à l’intérieur de l’hôpital, avec un directeur d’agence, un chef d’exploitation, un agent de maîtrise et des chefs d’équipes… Les salariées viennent travailler à reculons, c’est intenable les pressions quotidiennes qu’on subit ».

Pour les salariées, la coupe est pleine !

« C’est la première fois qu’on fait grève », raconte Mélanie avec émotion. « Nos revendications portent essentiellement sur nos conditions de travail qui sont déplorables : la surcharge de travail est telle qu’on ne sait plus gérer en fait. Il y a un manque d’effectif, ils réduisent les coûts donc ça se reporte directement sur nous, on manque de temps et de matériel. Les salariées n’en peuvent plus : il y a des arrêts maladies à répétition, des salariées déclarées inaptes, à cause du stress et des cadences infernales. On demande de la reconnaissance, un minimum de respect, un treizième mois, des augmentations de salaire, la fin des 7 jours de carence en cas d’arrêt maladie… et le pire c’est qu’on paye le parking, 26€ par mois ! Beaucoup de salariées ont des contrats à temps partiels imposés, Onet ne veut pas les prendre à temps plein, donc ça fait des tous petits salaires. Du coup le plus souvent on se gare comme on peut, on n’a pas les moyens de payer le parking. On a vraiment le droit à rien, pas de bouteille d’eau ni rien, juste travailler. On nous refuse nos congés, il y a plein de choses comme ça qu’on ne supporte plus. Il y a aussi beaucoup d’employées en CDD, parce que vu la fatigue et les cadences, il y a beaucoup d’arrêts maladies, et un gros turn-over. Il ne se passe pas une journée sans qu’il y ait 7 ou 8 arrêts maladies. Et on a le droit à un week-end toutes les 6 semaines ! Nous on réclame un week-end sur deux et la fin des 7 jours de travail consécutifs, parce que c’est épuisant ».

Face à la sourde-oreille d’ONET, une première grève réussie

« La grève, c’était vraiment notre dernier recours, après 6 ans à essayer d’obtenir des choses par la discussion. Avant, seul le nettoyage des bureaux de l’hôpital était externalisé, et depuis 2012 ils ont sous-traité aussi le nettoyage des chambres. Toutes ces années-là, notre employeur de voulait rien savoir, donc on n’a pas eu le choix et on a fini par se mettre en grève. Et là notre directeur a commencé à changer d’attitude, les responsables RH sont venus le matin sur le piquet de grève, ils ont commencé à nous parler d’un planning de week-end de repos mais tant qu’on n’a rien de concret on maintient la pression. On les a priés de partir et on a décidé de maintenir la journée de grève », ironise-t-elle.

« 90% des grévistes se sont syndiquées dans les 2 mois précédents », précise Emile Vandeville, responsable de l’Union Locale CGT de Valenciennes. « C’était leur première action, et elle a été très réussie, l’employeur a été très surpris ».

La grève a rencontré un fort soutien sur l’hôpital : « toutes les collègues en grève sont venues sur le piquet, poursuit Mélanie. Et on a reçu beaucoup de soutien, des Unions Locales CGT de Valenciennes, de Saint-Amand, Seclin… et aussi du personnel soignant de l’hôpital, qui passait et nous disait ‘il était temps’, ils voient bien qu’on travaille dans des conditions pas possibles, ils sont écœurés de notre situation. Il y en a même qui ont versé de l’argent dans notre caisse de grève ».

Une lutte pour la santé publique

Pour Emile Vandeville la lutte des salariées d’ONET est hautement politique : « on a un hôpital public qui externalise des missions, qui se gargarise d’être bénéficiaire de 4,5 millions d’euros, mais à quel prix ? Les conséquences sont lourdes pour les salariés, mais aussi pour les patients. Par exemple quand il y a des risques de maladies nosocomiales [contagions dans les établissements de soin], il y a tout un protocole à respecter : il faut nettoyer y compris le plafond, et il y a 3 nettoyages à faire, avec un temps de séchage à chaque fois. Avec l’accélération des cadences, les salariées sont poussées à ne pas respecter le temps de séchage, donc c’est grave. Tout ça c’est le résultat de la logique du fric à l’hôpital public, qui externalise ces missions pour ne pas être déficitaire. Il y a encore peu d’hôpitaux en France où cette mission a été externalisée, mais c’est le chemin que c’est en train de prendre partout. C’est pour ça qu’il faut se battre pour empêcher l’hôpital public d’externaliser, avec les conséquences que ça peut avoir pour les salariés mais aussi pour la santé publique ».




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