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Tous les ports sont bloqués

Grève généralisée des dockers espagnols contre la précarisation de leurs emplois

Cette semaine les dockers des ports de l’Etat espagnol sont en grève contre une nouvelle réforme libérale du gouvernement qui cherche à précariser leurs emplois. Une grève qui coûte très cher au patronat et à l’Etat.

Le jeudi 1er juin, les représentants des dockers ont annoncé trois journées de grève pour les 5, 7 et 9 juin, après la rupture des négociations entre les syndicats et le patronat. Ce lundi, la grève fut quasiment totale dans tous les ports d’Espagne, à l’exception du port de Carthagène. En effet, les dockers s’opposent au décret-loi du 18 mai dernier approuvé par le Parlement, qui libéralise l’embauche des travailleurs portuaires.

Avant l’adoption de la loi par les députés, les entreprises qui avaient besoin d’employer du personnel devaient passer par des « sociétés de gestion des travailleurs portuaires », qui les obligeaient à recruter parmi les quelques 6 500 dockers qu’elles employaient. Le nouveau texte, qui modifie le régime pour la « prestation du service portuaire de manipulation des marchandises en donnant un accomplissement à la Sentence de la Cour de Justice de l’Union Européenne du 11 décembre 2014 », transforme les contrats à durée indéterminée de la totalité des dockers, en postes de travail précaires, en attente d’être embauchés par les entreprises de manutention.

Alors que les dockers avaient déjà gagné sur leurs revendications en mars dernier grâce à une grève puissante, le ministre du Développement Iñigo de la Serna a continué à travailler sur un avant-projet qui puisse harmoniser les exigences de Bruxelles et mettre fin au conflit dans un des secteurs de travailleurs le plus concentré et le mieux organisé. Il faut se rappeler qu’il y a deux mois, la menace des dockers de paralyser les ports a mené le Parlement à ne pas approuver le décret-loi présenté en à cette occasion, et au préalable, à ne pas être approuvé par le Conseil de Ministres. Une victoire pour la classe ouvrière et une défaite pour le gouvernement du Parti Populaire (conservateurs) et par contrecoup, pour le Tribunal de Justice de l’Union Européenne - laquelle avait menacé l’Espagne avec une sanction de 134 107 € par jour, jusqu’à ce que le gouvernement parvienne à imposer la régularisation du secteur au niveau européen.

Le 6 juin au matin, une conférence de presse de la Coordination Nationale des Travailleurs de la Mer (CETM) déclarait que quasiment 100% des travailleurs avaient suivi la grève. La première revendication des dockers est le maintien de l’emploi : aucun poste de travail ne doit être supprimé. Ils exigent aussi que les entreprises du secteur, qui étaient jusqu’à cette réforme obligées d’appartenir aux sociétés anonymes de gestion des travailleurs portuaires (SAGEP) et qui devaient donc embaucher les travailleurs proposés par les SAGEP, s’intègrent aux nouveaux centres portuaires d’emplois (CEP).

Les patrons refusent d’accepter ces demandes et assurent que leur objectif reste d’appliquer la réforme de libéralisation en sa totalité. Pour ce faire, ils cherchent à négocier les conditions de travail port par port et l’activité des travailleurs entreprise par entreprise, le tout avec la promesse d’une baisse des salaires de 10%. Le conflit reste ouvert, et les patrons appuyés par le gouvernement se maintiennent fermement dans leur position. Les dockers quant à eux ne sont pas prêts à céder quoi que ce soit de leurs demandes, et sont déterminés à maintenir la grève au moins deux semaines de plus, dans la modalité de 48 heures par semaine pour les semaines à suivre - en principe les mercredis et jeudis, à partir du 15 et 16 juin.
Le bras de fer est donc entamé, d’autant plus que chaque jour de grève coûte aux entreprises 50 millions d’euros : il s’agit donc pour les dockers de ne pas céder pour gagner sur leurs revendications, et infliger une deuxième défaite au patronat et au Parti Populaire au pouvoir.

photo : © APM Terminals




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