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Grève massive de 48h dans l’Education. Manifestation monstre au cœur de Buenos Aires

Depuis la rentrée des classes, après les vacances d’été de l’hémisphère austral, le monde de l’éducation en Argentine vit sous le signe de la grève et des mobilisations.

Le dernier exemple en date est la manifestation nationale massive de mercredi, à Buenos Aires. Pour clore un nouvel appel à la grève de 48 heures, les enseignants de tout le pays ont défilé dans les avenues de la capitale jusque sous les fenêtres du président Mauricio Macri (droite), sur la Place de Mai. Selon les organisateurs, la manifestation a réuni 400.000 personnes. Les images prises par LaIzquierdaDiario montrent le caractère absolument massif de cette montée nationale à laquelle ont participé toutes les équipes militantes en grève venues des quatre coins du pays ainsi que leurs soutiens. L’ensemble des médias, y compris les plus pro-gouvernementaux, s’accordent pour dire que la manifestation du mercredi 22 a été historique de par sa massivité et sa portée politique.

Un gouvernement de droite buté

 
Les enseignants du primaire et du secondaire se retrouvent aux prises avec un gouvernement qui fait la sourde oreille face à leurs revendications. Alors que les premiers exigent l’ouverture d’une négociation paritaire nationale pour poser la question des salaires, Mauricio Macri et son ministre de l’Education, Esteban Bullrich, les renvoient aux gouverneurs des provinces qui paient, parfois avec plusieurs semaines de retard, les salaires des enseignants. Mais après les avoir stigmatisés et organisé une campagne médiatique pour dénoncer les grévistes et minorer les taux d’adhésion au mouvement, il est bel et bien là.

La combinaison entre inflation et hausses tarifaires en chaîne imposées par le gouvernement de droite a considérablement rogné sur le pouvoir d’achat des personnels de l’éducation. Il suffit de songer qu’avec dix ans d’ancienneté un enseignant de la province de Buenos Aires touche un peu moins de 11.000 pesos mensuels là où l’Institut National de statistiques (INDEC) fixe à 13.000 le revenu minimum nécessaire à faire vivre une famille.

Des gouverneurs provinciaux qui ne valent pas mieux

 
Depuis la rentrée, les gouvernements provinciaux, dont certains sont aux mains de la droite, se refusent d’augmenter les enseignants à la hauteur de leurs revendications. Ailleurs, comme dans la province de Santa Cruz, dirigée par Alicia Kirchner, aux mains de la belle-sœur de l’ex-présidente soi-disant progressiste, ils n’ont pas touché leur salaire du mois de février et mars. Si le gouvernement et son opposition se donnent la main pour voter, au Parlement, un certain nombre de lois, les enseignants, eux, ne l’entendent pas de cette oreille.

Alors que la bureaucratie syndicale, largement dominée par les péronistes, peine à sortir de sa léthargie après de long mois de trêve sociale avec le gouvernement des PDG, comme les Argentins appellent le cabinet de Macri au vu du nombre de décideurs issus du monde de l’entreprise en son sein, les grévistes et les courants oppositionnels ont fini par imposer une série de dates pour débrayer et unifier le mouvement de grève qui paralyse les écoles de la grande majorité des provinces depuis la fin de l’été.

Le 6 mars, déjà, pour la rentrée des classes, l’écrasante majorité des écoles publiques avaient répondu à l’appel à la grève nationale. Le dernier mouvement de 48 heures, les 21 et 22 mars, a été également très suivi. La question, posée par un certain nombre de courants syndicaux oppositionnels au sein desquels le Front de Gauche et des Travailleurs joue un rôle moteur, est d’éviter que la grève ne serve de marchepied pour redonner de l’oxygène au kirchnérisme, qui a perdu les dernières élections mais qui compte bien revenir sur le devant de la scène. L’autre enjeu est d’être en capacité d’imposer un réel plan de lutte pour que le gouvernement soit contraint d’accepter une négociation au niveau national pour discuter du salaire enseignant.

Un plan de lutte pour gagner

 
Soumis à la pression des instituteurs et des enseignants en lutte, très remontés contre Macri, les directions des organisations syndicales de profs, à commencer par CTERA, la principale centrale enseignante, et SADOP, qui regroupe les enseignants du privé, ont annoncé qu’une nouvelle grève serait convoquée le 30 mars, à l’occasion de la journée de grève appelée par les deux Centrales des Travailleurs Argentins (CTA), ainsi que leur participation à l’appel à la grève du 6 avril, convoquée cette fois-ci par la CGT. Dans le cadre d’un climat social qui a commencé à s’échauffer et alors que l’extrême gauche a construit des bastions importants au sein du mouvement ouvrier, historiquement dominé par le péronisme, reste à savoir maintenant comment, dans ce cadre, les courants et les unions locales conduites par les courants combattifs et lutte de classe seront en capacité d’imposer un plan de lutte conséquent pour que le mouvement de grève dans les écoles fasse plier le gouvernement.

C’est notamment ce qu’a souligné Gabriela Macauda, secrétaire adjointe de l’union locale de Tigre du syndicat régional des enseignants de la province de Buenos Aires, SUTEBA, dans les colonnes de LaIzquierdaDiario après la mobilisation du 22. Selon Macauda, « la manifestation nationale marque un tournant et a démontré qu’avec un plan de lutte sérieux et décidé démocratiquement il est possible de gagner le dur bras-de-fer que nous avons entamé avec Macrin, Vidal [la gouverneure de droite de la province de Buenos Aires qui bloque, elle aussi, les négociations salariales] mais également avec l’ensemble des gouverneurs qui répondent au Front pour la Victoire [de l’ex présidente Cristina Kirchner] et au Parti Justicialiste [péroniste]. En tant que SUTEBA de l’agglomération de Tigre, dont la direction est opposée à celle de Baradel [liée au péronisme], nous avons exigé que CTERA [dont SUTEBA est la fédération régionale au niveau de la plus grosse province d’Argentine] assure une continuité des actions entamées jusqu’à présent et fasse un appel pour un plan de lutte sérieux, pour nous faire gagner. Nous avons également profité de la manifestation pour dire combien nous étions solidaires des collègues de la province de santa Cruz [dans le Sud du pays] qui n’ont toujours pas touché leur salaire depuis février. Et pourtant, depuis la tribune, Sonia Alesso [leader de CTERA], avec l’appui de Roberto Baradel [dirigeant de SUTEBA] n’ont fait qu’appeler à une mobilisation pour le 30 mars puis le 6 avril, évitant soigneusement d’épingler par ailleurs les mesures austéritaires d’Alicia Kirchner à Santa Cruz qui a proposé aux enseignants en grève une augmentation de 3%. Tout ceci ne constitue pas un plan pour nous permettre de gagner et imposer une négociation paritaire au niveau national ainsi que l’ensemble des revendications enseignantes. A partir des sections oppositionnelles de SUTEBA nous allons appeler à des AG dans toute la province de Buenos Aires pour discuter des suites à donner à l’énorme journée du 22 et de la continuité du conflit malgré un gouvernement national et des gouvernements provinciaux droits dans leurs bottes. Cela fait treize jours que nous sommes en grève, avec des manifs tous les jours au niveau local, des manifestations dans la capitale, à La Plata [la capitale de la province] et, maintenant, cette manif nationale, et nous voulons des réponses claires. Nous voulons organiser nos forces pour gagner et qu’on ne négocie pas dans notre dos comme cela a pu se faire dans le passé ».

Un changement de climat social à échelle régionale

  
En attendant, avec les mobilisations massives qu’a connues le Brésil en défense des retraites et la bronca enseignante en Argentine, la droite régionale qui semblait avoir bénéficié du discrédit des différentes expériences gouvernementales de centre-gauche de Lula-Dilma et de Kirchner pourrait devoir sérieusement revoir sa copie devant ce qui ressemble fort à un retour de la contestation sociale dans ces deux pays clefs d’Amérique du Sud.




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