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Monde

Un exemple à suivre

Grève massive et victoire des travailleurs de Volkswagen en Slovaquie

Après six jours de grève, les employés de l’usine Volkswagen de Bratislava ont pu crier victoire ce dimanche. En effet, le géant de l’automobile a dû plier l’échine devant les grévistes.

Dans un contexte de croissance économique et de faible chômage, cet événement pourrait être un signe avant-coureur que l’Europe Centrale sort peu à peu de son modèle économique basé sur une main-d’œuvre bon marché et docile.

Une grève historique

Selon des chiffres communiqués par le syndicat Moderné Odbory Volkswagen (« Syndicat Moderne Volkswagen »), si seuls quelque 5.500 des 12.000 employés ont pris part à la première journée de grèvedu 20 juin, ils furent finalement 8.500 à rejoindre le mouvement. Il s’agissait de la première grève dans cette usine et, Volkswagen étant le plus grand employeur du pays, il s’agissait de la plus importante grève de l’histoire de la Slovaquie indépendante.

Ce dimanche, le plus grand constructeur automobile au monde a reculé devant les syndiqués slovaques en accordant une augmentation de salaire de 14,1%, beaucoup plus près des revendications syndicales 16% que de l’offre patronale de 9%. Les 12.000 employés sont retournés au travail lundi matin et verront donc leurs salaires augmenter de 4,7% ce mois-ci, puis de 4,7% d’ici au jour de l’An, et enfin de 4,1% entre novembre 2018 et fin août 2019.

De plus, les travailleurs se sont vus accorder un bonus de 500 euros pour le mois de juin, 40% de leur salaire pour les trois premiers jours de maladie et un jour de vacances par année en plus en 2018 et 2019. Le « Syndicat moderne » n’a cependant pu faire bouger la direction au sujet des courtes pauses de 10 à 20 minutes dénoncées par les employés dans les médias.

Est contre Ouest

Dans ce pays produisant le plus grand nombre de voitures par capita au monde (1 million pour 5,4 millions d’habitants), l’industrie automobile est la locomotive de l’économie et la question des salaires était devenue de plus en plus pressante. En effet, malgré les bons résultats économiques et des taux d’emploi records, la paie des travailleurs d’Europe Centrale reste loin derrière celle de leurs camarades d’Europe de l’Ouest[1]. Le Premier ministre slovaque Robert Fico avait d’ailleurs pointé du doigt cette différence et apporté son soutien aux travailleurs de Volkswagen au début de la grève.

L’augmentation suit des hausses de salaire chez les employés slovaques des concurrents KIA et Peugeot-Citroen, ainsi que des hausses dans des usines automobiles en Hongrie. Dans les prochaines années, les salariés slovaques auront la main haute, puisque la main-d’œuvre vient déjà à manquer et la production devrait fortement augmenter suite à l’installation de Jaguar Land Rover dans le pays. Dans un contexte d’émigration et de faible croissance démographique, ce manque pourrait ralentir la croissance.

Transformation d’un modèle ?

Si l’Europe centrale rebâtit son économie en misant sur la compétitivité de ses salaires, ceux-ci n’ont que peu progressé dans les dernières années. En effet, l’écart entre l’Allemagne et les pays du groupe de Visegrád ne s’est que peu rétréci depuis l’adhésion de la région à l’Union Européenne en 2004. Si la faute revient en partie à la faible productivité et à la modeste valeur ajoutée des produits fabriqués, l’absence de syndicats forts et la timidité des travailleurs ont aussi joué un rôle dans cette stagnation.

Dans ce contexte, la victoire des employés de Volkswagen ainsi que les autres hausses dans le secteur automobile d’Europe Centrale sont autant de bonnes nouvelles. En effet, elles pourraient faire boule de neige et entraîner une augmentation des salaires dans les autres secteurs. De plus, la victoire dans ce bras de fer entre Volkswagen et ses employés pourrait inspirer les mouvements syndicaux de la région, qui restent peu puissants et plutôt dociles depuis la chute des régimes totalitaires. Finalement, la région pourrait lentement sortir de son modèle d’usine de montage bon marché de l’Europe et développer une économie plus moderne.

Article publié originellement le 27 juin sur Hu-lala.org.




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