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Bataille du rail

Grève reconductible votée à Gare du Nord : « Il nous faut l’unité des grévistes »

Plus d’une centaine de cheminots étaient rassemblés, ce vendredi matin à 11 heures, au bout du quai n°36 pour l’Assemblée générale de 11 heures. La mobilisation tient sur Gare du Nord. Et elle devrait se prolonger, au-delà du préavis des 2 jours sur 5, puisque la majorité des présents ont décidé de suivre l’exemple de St-Lazare et des conducteurs, en partant en reconductible jusqu’à lundi.

Ce matin, au bout du quai n°36, comme c’est le cas lors de chaque jour de grève, plus d’une centaine de cheminots ont assisté à l’Assemblée Générale qui rassemble les salariés du réseau Nord de l’Ile-de-France. L’AG est à l’image des taux de gréviste aujourd’hui : en légère baisse par rapport à la première semaine de grève – de 48% on est passé à 38% -, mais substantiellement important pour handicaper fortement le trafic, notamment parce qu’elle est particulièrement suivie chez les conducteurs et les agents qui font rouler les trains.

Reconduire pour « amplifier le mouvement »

Et c’est bien cela l’enjeu de la journée : pour beaucoup, à Paris Nord, les modalités de la grève dite « perlée » ont montré leurs limites. « Elle est bizarre cette grève. Est-ce qu’il y a quelqu’un qui croit qu’on va gagner de cette manière là ? Interpelle Anasse, aiguilleur et militant Sud rail à la tribune. « NON !! » répond l’Assemblée.
« Il faut qu’on parte en reconductible. Mais la grève reconductible, elle est à construire. Paris Nord est à l’avant-garde de ce mouvement là » poursuit-il.

Beaucoup ont compris, ici, que l’invitation des organisations syndicales, au sortir de leur rendez-vous avec la ministre Elizabeth Borne, à « amplifier le mouvement » ne se traduit pas concrètement dans les faits. Les propositions de Laurent Brun, pour CGT –cheminots, de « poursuivre le mouvement jusqu’en juin » paraissent lunaires. « On ne doit pas faire grève jusqu’à la saint Glinglin. Il faut y aller maintenant. Il faut aller chercher l’unité des grévistes, l’unité des grévistes, ce n’est pas l’unité des appareils syndicaux ». Sur le site d’aiguillage du Bourget, c’est ce qui a été acté. Tout comme à Saint Lazare, où une partie des cheminots sont en grève reconductible depuis lundi dernier.

Tout comme Anasse, beaucoup de ceux qui s’emparent du micro, expliquent, cherchent à convaincre : « le gouvernement ment sur toute la ligne. Ce matin même, Christophe Castaner sur RMC, assurait ne pas pouvoir s’engager sur le fait que la SNCF reste une entreprise publique. Il a dit que ça dépendrait des amendements déposés par les députés. Ils se foutent de nous ! », dénonce Laura, agent de circulation au Bourget. « Se mettre en reconductible, oui c’est dur, mais oui ça marche ! Les salariés d’Onet, ces salariés qui nettoient les gares et qu’on ne voit pas tant ils travaillent tôt, grâce à leur détermination, eux ils ont réussi à gagner après une grève de 45 jours ! »

C’est une discussion qui s’ouvre avec un responsable de la CGT-Cheminot, aligné sur la position de la centrale, venu seul, ce matin. Depuis le début de la grève, dans chaque gare, la CGT ne fait pas participer ses militants aux AGs de grévistes. Mis sur la défensive, il s’explique « Beaucoup se posent des questions sur le fait qu’on [les syndiqués CGT] ne vienne pas en Assemblée générale, car nous sommes sur un préavis de 2 jours sur 5. On est tous d’accord sur le fond de la réforme. Mais pour nous, il faut préserver l’unité syndicale. »

Sa position cependant pas suivie par la majorité. 76 présents ont voté pour la reconductible, et 21 contre, avec une petite minorité d’abstention. Une partie des cheminots de gare du Nord partiront donc en grève reconductible, jusqu’à lundi prochain, date de la prochaine AG, tout comme leurs collègues de Paris Saint- Lazare.

Le principe de la convergence avec les étudiants voté à l’unanimité

Une dizaine d’étudiants de la Commune Libre de Tolbiac étaient présents ce matin pour soutenir les grévistes cheminots. Il faut dire que depuis une semaine où le site est menacé d’expulsion, à chaque fois, les cheminots sont venus sur place pour défendre le site et leur exprimer leur soutien. A son tour, Arthur, étudiant à Tolbiac, raconte la leçon de mépris que leur a donné le président, hier sur France 2. « Malgré les 30-40 facs qui sont mobilisés, Macron nous a accordé qu’une petite minute pour nous dire qu’on était des agitateurs professionnels et qu’on n’aurait pas de partiels en chocolat. » […] la seule réponse du gouvernement c’est la matraque comme ils l’ont fait hier soir alors que des étudiants occupaient la Sorbonne. Du côté des étudiants on va accélérer la cadence ! ». Avant de conclure : « il faut que vous vous battiez contre la sélection à l’université, nous on se bat aussi pour lé défense des cheminots ».

Les grévistes l’auront entendu. Le principe de la convergence avec les secteurs mobilisés que sont les étudiants a été voté à l’unanimité. Et pour le mettre en pratique dès à présent, les cheminots ont décidé de partir rejoindre le point de rendez-vous de la manifestation au départ de Tolbiac.

Crédits photo : Albert Facelly




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