Notre classe

Pas de véritable avancée pour les employés, un faible recul pour la direction

Grève suspendue à i-Télé

Publié le 1er juillet 2016

Une grève historique s’est déclenchée chez i-Télé au début de la semaine dernière, contre la suppression de près de 70 postes, exprimant également les inquiétudes liées au changement de ligne éditoriale de la chaine.

George Waters

Il aura fallu quatre jours de grève reconductible pour que Bolloré et Vivendi entendent raison sur leur politique de casse sociale. Le plan consistait en la suppression de 52 CDDU (Contrats à Durée Déterminée d’Usage) et CDI chez i-Télé, alors que le propriétaire n’est là que depuis très peu de temps. La CGT avait « dénoncé les annonces d’un patron nouvellement nommé qui commence par vouloir supprimer tous les CDD, soit près d’un tiers de l’effectif de la chaîne » et « dénoncé la réécriture de la ligne éditoriale, par cette même personne, qui n’a que pour ambition de transformer une chaîne d’information en instrument de propagande à la solde des groupes Vivendi et Bolloré ». En effet, personne n’est dupe, il s’agit pour Bolloré de faire d’i-Télé une chaine principalement consacrée au sport et aux reportages.

Finalement, la direction a lâché quelques miettes, en acceptant des mesures d’accompagnement pour les suppressions d’emplois, et surtout que la grille du programme de diffusion 2016/2017 soit présentée à l’ensemble de la rédaction le 5 juillet. Les grévistes ont en effet souligné que la grève ne serait « suspendue » que jusqu’à la publication de ce document clé. Le groupe, qui avait tout fait pour invisibiliser la grève, a donc réussi à faire pression sur les employés qui n’ont pu éviter les licenciements. Bolloré apparaît ainsi comme étant un des hommes les plus détestés de France : impérialiste en puissance en Afrique, exploiteur dans toutes les usines de ses groupes... On ne s’étonnera pas d’avoir souvent entendu dans les cortèges contre la loi travail « Bolloré au bûcher ».

L’enjeu du contrôle des médias par les grands capitalistes a été évoqué à plusieurs reprises lors de la mobilisation contre la loi travail, en particulier depuis la création de Nuit Debout. En cela, la grève à i-Télé, qui pose la question non seulement des conditions de travail – la précarité allant de pair avec le despotisme patronal – mais aussi celle d’une ligne indépendante d’un grand groupe capitaliste, met à nu le fonctionnement de la presse capitaliste. Face aux mensonges médiatiques et à des lignes éditoriales purement et simplement imposées par ces grands groupes, pour pouvoir en finir avec des médias « chiens de garde » du capital, il revient aux travailleurs des médias de reprendre le contrôle de leurs outils de travail. C’est le seul moyen pour que ces derniers puissent enfin s’exprimer dans l’intérêt de la population et en faveur de son émancipation, de façon démocratique.