^

Monde

Impérialisme français

Guerre au Yémen : la France finance le conflit... et empoche 455 millions d’euros

François Hollande vient de donner son accord pour vendre à l'Arabie saoudite des armes en masse dans le cadre de la guerre au Yémen où sunnites et chiites se déchirent. Un contrat de près de 455 millions d'euros suffisant pour fermer les yeux sur l'horreur de la situation... et de l'intervention saoudienne.

Yémen : un conflit entre sunnites et chiites

Depuis près de deux ans, le Yémen est en proie à un conflit interne entre le gouvernement de Sanaa et les rebelles houtis. Ce conflit dépasse largement les frontières nationales puisque les puissances présentes au Moyen-Orient alimentent le conflit de leur soutien et se livrent une guerre par procuration. Dans le camp des houtis, c’est l’Iran chiite qui finance la guerre tandis que la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et soutenue par les États-Unis entend remettre en selle le président Abd Rabbo Mansour Hadi, d’obédience sunnite.

Les conflits au Yémen font rage et touchent sans distinction les combattants, les populations civiles, les hôpitaux et les écoles. Le nombres de victimes de raids aériens sur des hôpitaux est astronomique à l’image de celui qui a fait 140 morts et 500 blessés en octobre 2016 ou celui perpétré par les États-Unis au mois de janvier dernier. Alors que les violations des droits les plus élémentaires sont monnaie courante dans ce conflit, que de nombreuses associations comme Amnesty International dénoncent l’implication des États-Unis et du Royaume-Uni dans la coalition, la France fait la sourde oreille à propos des souffrances des civils et n’écoute que l’appel des profits que la vente d’armes peut lui rapporter. Avec près de 20 milliards d’euros de matériel vendu en 2016, la France a battu son précédent record de 17 milliard atteint en 2015. Elle entend donc consolider sa place dans le trio mondial d’exportateurs d’armes.

Saudi-French Military Contract : 455 millions d’euros de contrat d’armement

Les relations commerciales en matière d’armement entre la France et la pétromonarchie du golfe remontent, pour la période récente, à 2014. Le contrat Donas, signé par l’Arabie saoudite et la France au profit du Liban s’est finalement mué en achat direct d’armes pour le compte du principal pays de la péninsule arabique. D’un montant de 3 milliard d’euros, il a déjà fait la joie des industriels français. Aujourd’hui le contrat a été rebaptisé SFMC pour Saudi-French Military Contract. C’est sur ce nouveau contrat que les saoudiens ont entrepris de refaire leur stock d’armement pour une somme qui atteint actuellement les 455 millions d’euros mais qui pourrait, à terme, représenter 1,2 à 1,4 milliard d’euros.

Dans ces conditions, pas question de faire perdre de juteux contrats en munitions et canons à Nexter et Thalès TDA Armements. Pourtant, la procédure de transfert des armes dans le golfe n’a pas été facile et il a finalement fallu qu’Hollande mette un terme aux réticences de Cazeneuve et du Quai d’Orsay et tranche en faveur de l’autorisation de la vente d’armes à l’Arabie saoudite. C’est donc la ligne du ministère des Finances, toujours près à rendre service aux grands groupes, et de celle Le Drian, toujours près à combattre le terrorisme en finançant les pires dictatures, qui l’a emporté.

Pour masquer un financement ouvert du conflit, le contrat a été rédigé dans des termes qui ne laissent pas entendre qu’il finance une guerre d’influence locale, alors que les armes une fois livrées y serviront sans aucun doute. Une partie des fournitures est directement destinée à la garde nationale qui n’intervient pas en dehors du pays et les munitions livrées le seront sans qu’on s’inquiète de leur usage, bien que la quantité commandée indique un besoin supérieur aux demandes ordinaires de Riyad.

Dans le domaine des règles commerciale comme dans celui des droits démocratiques, la France fait une fois de plus la démonstration qu’elle se moque éperdument de celles qu’elle s’enorgueillit de respecter et de promouvoir. En dépit de la ratification du traité sur le commerce des armes qui interdit la vente d’équipements militaires s’il est avéré qu’ils serviront à perpétrer des violences contre les civils, la France finance bel et bien une guerre ouverte qui la conforte dans sa position de puissance industrielle et militaire d’envergure internationale.




Mots-clés

Yémen   /    Impérialisme   /    Arabie Saoudite   /    Monde