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Monde

Tour-de-vis sécuritaire

Guyane. Face à la grogne sociale, Macron propose des escadrons de gendarmeries

Quelques mois après la signature de l’accord de Guyane, qui mettait fin à un mois d’une mobilisation sociale sans précédent par l’élaboration d’un plan d’urgence de 1 milliard d’euros et l’engagement d’en investir 2 milliards supplémentaires, Macron se rendra en Guyane ce Jeudi pour 2 jours. Une façon pour le gouvernement de s’acheter une paix sociale alors qu’aucune mesure concrète n’a pour l’instant été engagée.

Crédits photos : AFP // Emmanuel Macron dans une autre colonie française, à la Réunion le 25 mars 2017

C’est en hélicoptère que Macron se rendra dans la commune de Maripasoula, zone enclavée située à l’Ouest du territoire. C’est à la rame qu’il devrait s’y rendre pourtant, car depuis les accords de Guyane, lors desquels un plan d’urgence à hauteur de 1.08 milliard d’euros et une promesse d’engagement de 2 milliards supplémentaires avaient été actés, aucune amélioration des conditions de vie ne s’est matérialisée sur le terrain. Ce n’est donc pas surprenant que la venue de celui qui disait de la Guyane qu’elle devait « sortir de sa relation perverse avec l’hexagone » ne soit que modérément appréciée. D’autant plus que ce dernier n’a pas jugé bon d’allouer un seul instant à l’engagement d’un quelconque dialogue avec les acteurs locaux, élus ou populaires. Qu’à cela ne tienne, le collectif Pou Lagwiyann dékolé, qui a dirigé la grève générale du printemps dernier, a appelé à une grande marche ce Jeudi pour exiger du gouvernement le respect de l’accord signé en avril. Les maires, quant à eux, dépités de ne pouvoir, à cette occasion, récupérer à leur compte le mouvement populaire, ont fait savoir dans un communiqué adressé au président qu’ils ne participeraient ni à son accueil à l’aéroport, ni à son dîner républicain organisé le soir même.

Emmanuel Macron sera accompagné pour ce voyage du président de la commission européenne, Jean-Claude Junker, venu pour assister à la 22eme « conférence annuelle des régions ultra-périphériques », occasion pour 9 territoires (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte, la Réunion, Saint-Martin, les îles Canaries, les Açores et Madère) de faire part de leurs revendications à l’Union européenne. Et des revendications, il y en a pour ces zones qui chaque jour subissent le joug du colonialisme. Dans les territoires français d’Outre-Mer, les chiffres du chômage et de la pauvreté atteignent des niveaux inégalés dans le reste du pays dans l’indifférence totale des instances gouvernementales. En effet, la situation socio-économique déplorable observée aujourd’hui dans ces territoires découle directement de décennies d’une politique basée sur les principes réactionnaires et racistes du colonialisme, comme l’a montré récemment la gestion du plan d’évacuation des victimes de l’ouragan Irma. En Guyane, la vie est en moyenne 12% plus chère qu’en métropole, le chômage atteint 27%, les infrastructures sociales et sanitaires font défaut et la possession de terres agricoles ou l’exercice de postes hautement qualifiés restent très souvent réservés aux métropolitains. Ce racisme d’État est d’autant plus important avec les populations immigrées, surtout venues du Brésil et du Suriname, les plus touchées par la violence sociale quotidienne. C’est dans ce contexte marqué par les inégalités sociales et la violence que débute en mars 2017, une grève générale sans précédent, n’allant pas sans rappeler la grève générale de 2008 menée par le LKP en Guadeloupe. Après un mois de grève et de blocage, ce mouvement s’était conclu par la signature d’un accord dans lequel le gouvernement promettait d’investir 3 milliards d’euros dans des mesures d’amélioration des infrastructures, et des conditions d’accès à l’éducation, le tout couplé à un tour de vis sécuritaire et la promesse de nouvelles casernes de gendarmerie.

Aujourd’hui, Macron espère « rassurer » la population guyanaise qui s’inquiète de ne constater aucun changement depuis les accords d’avril. Et pour cela, il mise sur le discours sécuritaire, stratégie toujours efficace en période de crise pour détourner l’attention. Mais il serait bien sûr illusoire de croire que l’intensification de la répression et le contrôle de l’immigration résoudront des problèmes résultant de plusieurs décennies de politique coloniale quand aucun effort n’est fait pour faire en sorte que la population vive dans des conditions décentes et comparables à celles du reste du pays. Aux Antilles et en Guyane, la tension est encore palpable et les grèves de 2008 et 2017 montrent bien que la population a compris qu’elle serait seule maîtresse de son destin et que l’inversion du rapport de force avec le régime impérialiste se ferait par la lutte et par la rue.




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