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Guyane. Les blocages reprennent, mais pour « 2 ou 3 jours »

Les barrages ont repris en Guyane ce lundi 17 avril à 22 heures, après avoir été interrompus lors du weekend de Pâques. Alors que le président Hollande a rouvert les négociations pour mettre fin au conflit, le collectif Pou la Gwiyann Dékolé a transmis un nouveau protocole au chef de l’État et appelle à la mobilisation de la population pour le faire accepter… dans les plus brefs délais et avant le 1er tour des élections.

La reprise des barrages

« 50000 personnes se sont mobilisées, il est dans notre but de ne pas trahir cette population et de ne pas lever les barrages sans explications ». Ainsi s’est exprimée une des portes paroles du collectif Pou La Gwiyann Dékolé, Valérie Vanoulia, représentante des toutes petites entreprises de Guyane.

La reprise des blocages intervient dans un contexte de division du mouvement et de son collectif Pou la Gwiyann Dékolé, qui comprend à la fois des organisations patronales, le collectif des « 500 frères » dont les principaux porte-paroles sont des membres des forces de l’ordre, des travailleurs de la santé, de l’éducation, du social, de la culture, et des organisations citoyennes.

En effet, le plan proposé par l’Etat d’une aide de 1 milliard d’euros, destinée principalement aux entreprises est jugée convaincante par la plupart des organisations patronales guyanaises, qui souhaitent conclure les négociations, et insuffisante aux yeux de la majeure partie de la population mobilisée et de certains membres du collectif. D’où les divisions qui s’installent et une orientation de la mobilisation qui n’est pas sans contradictions.

En conséquence, les organisations patronales exercent une pression pour obtenir la levée des barrages, condition sine- qua- non de l’obtention du plan promis par l’Etat, mais rejetée par la majorité du collectif. La levée des barrages de ce week-end constitue donc un premier pas dans ce sens, un coup d’essaie pour enterrer à petit-feu le mouvement.

Mais comme le souligne le communiqué du collectif Pou la Gwiyann Dékolé et les mots de sa porte-parole, cette décision a soulevé beaucoup de résistances, d’interrogations au sein de la population mobilisée, faisant également craindre au collectif, la reprise d’un mouvement sur lequel elle n’aurait plus de contrôle. C’est également dans ce sens qu’on peut comprendre l’appel du collectif à la reprise de la mobilisation, conjointe à la reprise des négociations avec l’Etat : de quoi conserver le contrôle du mouvement tout en donnant des gages à sa base.

Certes, la reprise des barrages est une bonne chose pour « construire le rapport de force » comme le souligne la représentante du mouvement. Reste que l’échéance du 1er tour des élections arrive ce dimanche, et son blocage, qui pourrait donner plus de poids à la mobilisation des Gguyanais, n’est pas envisagée par le collectif qui compte sur « au maximum deux ou trois jours de mobilisation ».

Le nouveau protocole

Si reprise des barrages il y a, celle-ci s’accompagne également d’un nouveau protocole de négociation. Ce dernier, émis par le collectif Pou la Gwiyann Dékolé et accusé de réception par le gouvernement, acte la première proposition du gouvernement en acceptant le plan de 1 milliard supplémentaire « même si nous ne sommes pas dupes, continue Valérie Vanoukia, qu’il s’agit pour beaucoup de fonds fléchés », entendez prévus et réalloués à d’autres objectifs. Mais il réclame également l’obtention de 2 milliards supplémentaires pour pallier le sous-investissement chronique du territoire, la relance du projet Guyane et son ouverture à la consultation citoyenne, l’arrêt de toutes les poursuites à l’encontre des manifestants guyanais. « Il faut que le gouvernement acte qu’il n’y aura aucune répression » insiste la représentante. D’autre part, le collectif souhaite faire entendre le droit des guyanais « à se prendre en main », même si la forme à donner à cette revendication reste extrêmement floue et imprécise.

Le protocole vise donc principalement à valider la proposition de l’Etat des 1 milliard d’euros, notamment destinées à aider les organisations patronales, mais également à obtenir des gages pour limiter le mécontentement des « 50000 personnes qui se sont mobilisés » qui continuent à exercer une pression, sur Cayenne, mais également sur le Centre Spatial de Kourou, en maintenant la grève et les barrages.

A ce stade, la question du maintien des élections sur le territoire est l’enjeu crucial pour le gouvernement qui a compté jusque-là, et sans succès, sur l’épuisement du mouvement. A une semaine des élections, il se retrouve acculé et se voie contraint de revenir à la table des négociations. Alors que le rapport de force s’est peu à peu constitué à la faveur de la population guyanaise, il serait dommageable de voir les efforts de sa formidable mobilisation se faire capter par les revendications du patronat ou par la contrainte du jeu électoral, dont les guyanais savent aux vues des taux d’abstention de cette colonie française, qu’il n’aura que peu d’incidence sur leur sort.




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