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Monde

Alliance contre les classes populaires entre le gouvernement et le FMI

Haïti : révolte et manifestations après l’annonce d’une nouvelle augmentation des prix du carburant

Depuis vendredi, la colère gronde dans le pays caribéen. En cause l’annonce par le président haïtien d’une forte augmentation des prix du carburant dans le cadre de l’accord conclu entre le gouvernement et le Fonds Monétaire International (FMI) en février dernier. Malgré le rétropédalage de l’exécutif face aux émeutes populaires, la tension ne redescend pas.

La « goute de pétrole » qui a fait déborder le vase

Vendredi 6 juillet le gouvernement haïtien a mis le feu aux poudres en annonçant une augmentation de 38% du prix de l’essence, de 51% pour le kérosène et de 51% pour le diesel. Etant conscient du caractère explosif de l’annonce, quatre ministres ont même organisé leur conférence de presse en même temps que le match de football qui affrontait la Belgique au Brésil, équipe très populaire à Haïti.

Mais cette manœuvre n’a évidemment rien changé à la colère populaire : en quelques heures des dizaines de milliers d’haïtiens sont descendus dans les rues. Cette nouvelle annonce semble être la goutte d’eau qui a irréversiblement fait déborder le vase : tout le week-end le pays a été rythmé par des affrontements entre la police et les manifestants, des incendies de pneus et de voitures, des pillages de magasins et selon l’AFP on compterait déjà plus de quatre morts du côté des manifestants. La plupart des compagnies aériennes ont annulé tous leurs vols, les routes menant aux aéroports étant barricadées ou huilées.

Face aux émeutes, le président Jovenel Moïse s’est vu obligé de « suspendre temporairement » l’augmentation des prix du pétrole et a appelé les manifestants à rentrer chez eux. Mais l’allocution perçue comme déconnectée et méprisante n’a pas suffi à apaiser la situation, en témoignent les routes toujours barricadées et la poursuite des manifestations. Comme le racontait à la presse un homme placé sur les barricades appelé Rubens « Si le président reste encore un jour de plus, le jeu va prendre une toute autre allure : on va couper les routes et tout brûler, parce que nous, on n’a plus rien à perdre ».

Depuis plusieurs années, la colère monte contre les plans antipopulaires des capitalistes et du FMI

Car il ne suffit plus de rétropédaler quant à une énième augmentation des prix pour éteindre la colère accumulée par des années de réformes austéritaires et de pactes avec le FMI qui n’ont fait qu’accroître les inégalités faisant d’Haïti un des pays les plus pauvres au monde. En septembre dernier déjà la capitale été complètement bloquée par une grève des transports suite à une augmentation des taxes sur plusieurs produits dont l’essence, ainsi que sur les licences des chauffeurs de taxis.

Mais la colère remonte à bien plus loin. Les puissances impérialistes, avec l’appui des gouvernements locaux, n’ont cessé de piller ce pays jusqu’à arriver à une situation de catastrophe économique qui accroît la misère des classes populaires chaque jour. En effet, Haïti a toujours été un lieu d’implantation stratégique pour les Etats-Unis, l’île étant située à 160 kilomètres de Cuba.

Les différents accords entre le gouvernement haïtien et le Etats-Unis ont par exemple réduit les droits de douane du pays de 50% à 3%, et c’est cet argument d’appauvrissement du pays à cause de la baisse des droits de douane qui est aujourd’hui agité par le FMI pour augmenter les taxes qui vont affecter la population. Ces réformes se sont accompagnées d’une privatisation quasi complète de tous les services publics et d’une grande libéralisation des mouvements de capitaux, de marchandises et de services imposée en 2008 par l’Union Européenne ouvrant les marchés aux grandes multinationales privées européennes et américaines. A cause de ces politiques d’austérité, le pays a subi une très forte inflation dans les années 2000, à l’image de l’année 2007 au cours de laquelle le prix du riz a augmenté de 65%, alors que celui de la farine croissait de 83%.

Il reste maintenant à voir si la contestation s’approfondit, ou si une nouvelle fois le gouvernement arrive à canaliser la colère qui s’est exprimée ce week-end, ce qui semble pour le moment très compliqué. Ce qui est certain, malgré le caractère très volatil de la situation, c’est que les classes populaires se révoltent contre des années de précarité et qu’il sera très difficile dans les prochaines années pour les classes dirigeantes de tenter d’approfondir les réformes austéritaires qui étaient prévues, comme en Argentine où face à l’appel au FMI du gouvernement en place les mobilisations de rue ont rendu très difficile une nouvelle attaque de la bourgeoisie.

Crédits photo : Hector Retamal/AFP




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