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Politique

Crise du bipartisme

Hamon et Fillon au plus bas. Vers la fin du PS et des Républicains ?

Les deux représentants des appareils du bipartisme français sont au plus bas, et ne devraient pas voir le second tour de la présidentielle dans un mois. Une première dans l'histoire de la V° République.

Montée de Mélenchon et de Macron. Le PS incarne de moins en moins le vote utile

Pour Benoît Hamon, ces dernières semaines de campagne avant le premier tour de la présidentielle ressemblent à un parcours du combattant. Et pour l’heure, le candidat du Parti Socialiste voit jour après jour l’horizon s’assombrir. À sa gauche, et après une période de stagnation, Jean-Luc Mélenchon semble avoir repris un second souffle. Tutoyant avec les 16% d’intentions de votes, le candidat de laFrance Insoumisefait à nouveau concurrence à son rival socialiste, voire est crédité d’un meilleur score (13% contre 10.5%). Une dynamique ascendante après un virage sur sa droite, avecla déclaration de la Guyane "territoire de la France" comme exemple le plus significatif.

Mais c’est surtout à sa droite que le problème est plus profond. La candidature d’En Marche, incarné par l’ex-banquier Emmanuel Macron, devient de plus en plus alléchante pour l’aile droite du PS. A tel point que Benoît Hamon a déclaré qu’« on m’annoncerait même la semaine prochaine une mise à mort avec le ralliement de Manuel Valls à la candidature d’Emmanuel Macron ». Une sortie qui masque mal la panique qui secoue l’intégralité de l’appareil socialiste, jusqu’au plus fidèle. Des cadres de la campagne ont même affirmé que« On est très mal » ;« Ça devient compliqué, le risque d’un dévissage fatal existe ».

Benoît Hamon semble ainsi avoir de grandes chances de gagner son pari. Non pas de succéder à Hollande mais d’être la figure à la pointe de la reconstruction du Parti Socialiste. Idéologiquement, Hamon ne semble pas apparaitre tout à fait comme un "opposant du quinquennat socialiste". Sur cette rupture sur la gauche du Parti Socialiste, la figure de Melenchon semble plus crédible. Sur sa droite, la débandade est totale. Hamon y fait figure de repoussoir qualifié de "sectaire". Le manque d’enthousiasme (et de participation) à la primaire ne permet pas à Hamon de bénéficier d’une base assez solide et nombreuse pour lui donner un avantage sur ce terrain là. Et c’est sur ces débris qu’Emmanuel Macron tente, avec succès jusqu’à présent, de se constituer un appareil pour gouvernement.

Macron et... Dupont Aignant grignotent jusqu’à l’os François Fillon

Si la situation de Benoît Hamon n’est pas reluisante, que dire de celle de François Fillon ? Promis à l’Elysée il y a quelques mois à peine, le voici chutant dans les sondages, se rapprochant des scores de Mélenchon et Hamon. Nous n’énumérerons pas les affaires qui collent au candidat de la droite, la liste serait trop longue, mais elles sont à la source de cettebaladurisation express de la candidature Fillon. Sorti de la primaire avec plusieurs millions de voix, François Fillon voit chaque jour un peu plus s’éloigner le centre droit, en rupture idéologique et profitant du désastre en cours et fortement tenté par l’hypothèse Macron. Mais à sa droite, c’est un outsider inattendu qui capitalise. Si Marine Le Pen stagne, Nicolas Dupont-Aignan lui grignote directement l’électorat de François Fillon, qui perd deux points (de 19 à 17%) tandis que le candidat de Debout la France passe de 3 à 5.

Voici donc que l’ex premier ministre se retrouve au point où même ses plus fidèles alliés sont résignés à la défaite :« Cette campagne est plus que compliquée, et le pronostic est a priori peu favorable pour nous[...]La situation est grave, car les écarts dans les sondages[avec Emmanuel Macron et Marine Le Pen]sont désormais trop grands pour être rattrapés en moins de quatre semaines ». Un constat cinglant. C’est ainsi donc que l’avènement du thatchérisme français a pris du plomb dans l’aile, tué dans l’oeuf. Le pire, c’est que l’appareil Républicains n’était pas en état pour éviter le pourrissement généralisé du parti. Entre dissensions en interne et impossibilité réelle de sauver la mise avec une nouvelle tête, il n’en fait pas un appareil suffisamment fort pour gouverner sans quelques turbulences.

Pour les classes dominantes, il ne fait désormais plus de doute sur le fait que la candidature Macron est une voie bien moins périlleuse. Et pour couronner le tout, la base sociale de François Fillon, acquise avec les primaires, commence elle aussi à se disloquer, prédisant l’abîme. Pour une frange de cet électorat, les affaires à répétition les ont exaspérés, et Macron bien sûr, mais aussi Dupont Aignan, sont en train de capitaliser sans qu’aucune solution ne semble pour l’heure envisageable.

Vers la fin du bipartisme ?

Il est évidemment trop tôt pour le dire, mais toutefois, jamais dans l’histoire de la V° République autant d’ingrédients n’étaient réunis pour un effondrement du bipartisme français. A droite comme à gauche, PS et Républicain ne représentent qu’une minorité des voix. Marine Le Pen, du haut de ses 9 points de plus dans les sondages par rapport à François Fillon, peine à forcer le plafond de verre, durcit par les affaires la concernant. C’est aujourd’hui ce qui fait que les recompositions de la droite française sont loin d’être prévisibles. Du centre droit à l’extrême droite, chacun à une carte à jouer pour conquérir le rôle d’un pôle attractif de la droite. La situation est si incertaine qu’un Dupont Aignan prend sa place au milieu de l’équation, apparaissant pour les indécis comme une voie de sortie honorable.

La gauche est en ruine, et le combat fait rage entre Insoumis et PS, à grand coup de récupération de la vieille idéologie mitterrandienne. La carte du vote utile du PS est aujourd’hui totalement périmée, le comble étant l’écart qui commence à être important avec Mélenchon (2.5 points en moins pour Hamon). Et au centre de cette pagaille, Emmanuel Macron arrive tant bien que mal à apparaitre comme une alternative crédible, la seule pour la bourgeoisie dans les faits, mais qui arrive à capitaliser une base sociale et un appareil. Sans être perçu comme homme providentiel, seul à même de sortir le régime de la crise organique qui le tiraille, le candidat d’En Marche apparait comme la "moins pire des solutions", malgré l’aspect clivant de cette candidature.

C’est dans ce contexte ô combien particulier que oui, il était indispensable qu’une candidature ouvrière, anticapitaliste et révolutionnaire, soit présente à l’échéance de 2017. L’impasse de la situation fait déborder des vases dont s’abreuve, pour l’heure peu, Marine Le Pen mais même des candidats aussi réactionnaires que Dupont Aignan. Toutes ces fissures sont autant de brèches pour les révolutionnaires, dans lesquelles il faut s’immiscer pour ne pas laisser la moisson aux idées réactionnaires. Une tâche pour le moins primordiale car, quel que soit le candidat qui sortira vainqueur de la présidentielle, les attaques pleuvront sur les travailleurs, la jeunesse, les quartiers populaires et tout ce qui touche, de près ou de loin, à de la contestation sociale. La candidature Poutou, fortement marquée par une incarnation de "l’anti-Fillon" et son profil d’ouvrier investi dans la lutte des classes, peut être l’occasion de rassembler autour d’un programme non pas électoral, mais de luttes pour contrecarrer les attaques à venir. Un pôle qui s’inspire directement du meilleur du mouvement contre la loi travail : blocage de raffinerie, de port et aspiration à la convergence et l’auto-organisation des luttes entre autres exemples. C’est pour exposer ce projet au plus grand nombre que les militants du NPA entend profiter de cette tribune pour construire une alternative de classe à la politique austéritaire et destructrice pour notre camp social que porte les principaux candidats. Et c’est en ce sens qu’ont été lancés des comités de soutien à la campagne Poutou.




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