Genres et Sexualités

Crimes de haine

Hande Kader, activiste trans, retrouvée brûlée à Istanbul

Publié le 18 août 2016

Elle avait 22 ans. Elle était militante activiste pour les droits LGBTI+ et gagnait sa vie en tant que travailleuse du sexe. Vue pour la dernière fois il y a une semaine montant dans la voiture d’un.e client.e, son corps mutilé et brûlé a été identifié aujourd’hui. Cette atrocité s’inscrit dans la continuité d’une série de crimes de haine envers les LGBTI+ en Turquie, comme le corps mutilé et violé d’un réfugié syrien homosexuel retrouvé décapité dans les rues d’Istanbul il y a quelques semaines en atteste.

Nicolas-Marie Santonja

Une héroïne de la Marche des Fiertés en Turquie

En 2015, Erdogan avait décrété l’interdiction de la Pride quelques heures avant son départ, alors qu’elle était prévue depuis des mois. La répression s’était alors abattue sur la Marche, utilisant jusqu’aux canons à eau et balles en caoutchouc. Hande Kader, présente lors des violents affrontements, s’était interposée entre la police et les manifestants, jetant sa chaussure en symbole de protestation, faisant face à un véhicule de police et à une salve de balles en caoutchouc. Ce geste est depuis devenu emblématique pour la communauté LGBTI+ turque.

Invisibles souffrances

Les manifestants avaient réussi à se mobiliser et à diffuser les images de la terrible répression à travers les réseaux sociaux et certains médias spécialisés. Aujourd’hui, après le coup d’État militaire raté, le gouvernement d’Erdogan n’a pas hésité à purger le pays, y compris dans ses outils médiatiques, alors que la communauté LGBTI+ peine déjà à se faire entendre et réclamer justice. Selon Bianet, un média indépendant turc, 1993 personnes trans ont été assassinées en Turquie depuis 2008. En complément, un article de Bianet (en anglais) très complet sur la situation des trans en Turquie, évoquant l’inaction des forces de l’ordre (voire leur complicité), les injustices institutionnelles et les tragédies sociales de la transphobie.

Dans les larmes et la rage : #HandeKaderSesVer

C’est le hashtag qu’ont déployé en bannière les proches dévastés et furieux de Hande Kander. Pour rappeler ce qu’elle fut, et les luttes qu’elle défendit, du haut de ses courageuses 22 années. Pour « donner de la voix » à son combat, et pour que, tous, nous « répondions » à son appel. Pour faire face à la LGBTIphobie et pour que ce crime de haine soit le dernier. Pour qu’aujourd’hui, dans les larmes et la rage, plus que jamais ; et que demain, après les cris de désespoir : #TransLivesMatter