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Jeunesse

Fliqués jusqu’au lycée

Hauts-de-France. Les lycéens sous vidéosurveillance 24h sur 24

Tous les lycées du Nord-Pas-de-Calais-Picardie seront désormais équipés de caméras de vidéosurveillance à l’intérieur et à l’extérieur de leurs locaux. Un pas de plus vers le tout-sécuritaire au coût faramineux : 10 millions d’euros. Dans une région où la jeunesse subie de plein fouet le chômage et la précarité, et où de nombreux établissements scolaires connaissent des dégradations de leurs locaux comme de graves problèmes de chauffage, la priorité de l’exécutif régional -elle- semble plutôt être la surveillance 24h/24 des élèves et du personnel.

C’était l’une des promesses de campagne de Xavier Bertrand (LR) élu au conseil régional des Hauts-de-France en 2015. La semaine dernière, le conseil a voté la vidéosurveillance généralisée de tous les lycées de la région. Ce sont donc 265 établissements qui vont être équipés de caméras « à boule » à vision nocturne à 360° dans leurs couloirs, ainsi que des caméras fixes à l’extérieur des locaux. Une mesure à la facture salée, qui fait partie d’un vaste « plan de sureté » global de 22 millions d’euros incluant également la mise en place de sonneries différenciées et de la formation du personnel à la réaction en cas d’attaque terroriste. Une manière d’habituer le plus tôt possible et dès le lycée les prochaines générations au tout-sécuritaire et à la surveillance permanente sur fond de militarisation de la société. Par cette nouvelle mesure, les lycéens et lycéennes seront ainsi filmés partout et tout le temps.

Du fric pour les caméras, mais pas pour le chauffage

Le « plan de sûreté » a un coût global de 22 millions d’euros. 22 millions alloués à une pseudo-sécurité dans une région où la jeunesse doit faire face à de nombreuses difficultés et où nombre d’établissements scolaires souffrent de dégradations. En effet, c’est dans cette même région qu’à Roubaix, les élèves et professeurs du lycée Jean Moulin avaient protesté contre les problèmes de chauffage en Janvier dernier. Le directeur de l’établissement avait dû fermer les portes du lycée alors que les températures atteignaient les 6°C dans certaines salles. Au-delà des problèmes de chauffage, des enseignants pointaient du doigt la dégradation d’une partie des locaux, ainsi que des toilettes qui n’étaient pas aux normes. Cependant, le lycée Jean Moulin est loin d’être un cas isolé. A la même période, le lycée Pierre-Forest de Maubeuge attaquait l’année 2017 avec des températures avoisinant les 12°C dans les salles de classe ou les 5°C dans les ateliers. Des milliers de lycéens qui sont donc allés étudier manteaux et moufles enfilés et des professeurs tenus de faire cours dans des conditions extrêmes, tandis que le Conseil régional était prévenu depuis plusieurs mois des problèmes de chauffage, l’établissement ayant rencontré des problèmes similaires l’hiver passé. Quant au Lycée agricole de Péronne, élèves et professeurs manifestaient en Décembre 2016 contre l’insalubrité de leurs locaux et le manque de chauffage dans les ateliers. Ainsi, alors que les conditions d’études se dégradent dans de nombreux établissements de la région, le Conseil Régional, lui, achète des caméras. Par ailleurs au-delà des conditions d’éducation, la jeunesse des Hauts-de-France subie une forte situation de précarité ; alors que c’est la région métropolitaine la plus frappée par le chômage, un tiers des actifs de 15 à 24 ans se trouve sans emploi. Malgré tout, on voit où se situent les priorités des élus.

Sous couvert de la sécurité, une énième mesure de flicage de la jeunesse

La mesure votée par le Conseil régional sous couvert de l’argument sécuritaire et de la menace terroriste est un pas de plus dans l’encadrement de la jeunesse et la militarisation de l’espace public. Et quoi de mieux qu’une vidéosurveillance quotidienne pour empêcher les lycéens de manifester contre les conditions déplorables dans lesquels ils sont contraints d’étudier ?

En effet, au lieu de se préoccuper des problèmes auxquels une grande partie des jeunes doivent faire face aujourd’hui, les actions du gouvernement sont orientées vers une surveillance accrue des étudiants et des lycéens ainsi qu’un encadrement moral allant des tests anti-drogue voulus par Pécresse en Ile-de-France, jusqu’à l’installation de caméras de surveillance en Hauts-de-France. Car malheureusement ce n’est pas une caméra qui arrêtera l’action de quiconque voulant nuire à un étudiant ou à un lycéen sur son lieu d’étude. En revanche, ce qui pourrait un minimum diminuer la violence sociale, ce serait une éducation et un service public de réelle qualité. Car si le gouvernement se souciait un tant soit peu de la santé de ses lycéens, il ne laisserait pas une partie toujours plus accrue de la jeunesse évoluer dans des conditions de précarité grandissante.




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