Politique

Alors que le gouvernement veut fermer le camp de Grande-Synthe

Hidalgo annonce l’ouverture d’un camp pour réfugié.e.s. Été 2016, Paris capitale de « l’humanisme » ?

Publié le 1er juin 2016

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé lors d’une conférence de presse qui s’est tenue le 31 mai, l’ouverture d’un camp d’accueil de migrants et de réfugiés à Paris. Elle s’est engagée à ce qu’un « camp humanitaire aux normes internationales », avec « un accueil de jour, de l’information et un hébergement de nuit », puisse voir le jour d’ici un mois, un mois et demi, sur le modèle du camp de Grande-Synthe, et en appelle au soutient de l’État.

Cécile Manchette

Avec cette annonce, Anne Hidalgo agite clairement le drapeau de la « gauche humaniste » et apparaît publiquement comme « l’aile gauche » du Parti socialiste, elle qui, il y a quelques mois, s’opposait également à la déchéance de nationalité. Alors même que son parti mène et défend depuis des mois des politiques antisociales, racistes, réactionnaires, cette annonce est de la poudre aux yeux pour ceux qui y verraient le « retour de la gauche ». De fait, ce projet doit nous permettre de nous questionner sur la finalité de ces projets de construction de « camps humanitaires » qui se développent à l’échelle nationale. Le camp de Grande-Synthe qui s’était ouvert en mars dernier, malgré l’opposition étatique, vient d’être repris par l’État afin d’en recouvrer le contrôle et d’aller progressivement vers sa fermeture ! Ainsi, ces « camps » révèlent en partie leur nature et leurs limites : des solutions, formulées dans « l’urgence », temporaires, et qui permettent au gouvernement, hostile en premier chef à l’ouverture de ces camps laissant leur gestion à la charge des associations, de reprendre et garder in fine le contrôle sur les lieux et la situation.

Pour ne revenir que sur les derniers mois, c’est sous un gouvernement dit de « gauche » et à Paris avec Hidalgo aux commandes, que nous avons assisté, entres autres, aux démantèlements, à répétition, des camps de migrants, aux évacuations violentes dont celle du lycée Jaurès, au pourrissement de la situation dans les « jungles » de Calais et de Grande-Synthe, à la conduite d’une politique constante de déshumanisation des migrants. Calais et Grande-Synthe sont des exemples de la politique « d’accueil » soutenue à demi-mot par le gouvernement avec la création de « camps humanitaires » qui visent à répondre aux injonctions européennes tout en mettant un terme aux « jungles », sans offrir de solution dans la durée. Si effectivement, cela va dans le sens d’une amélioration des conditions de vie quotidiennes des migrants (accéder à des structures où ils/elles peuvent dormir au sec, se doucher etc.), nous ne pouvons que dénoncer cette stratégie, qui comme cela se voit à Calais et Grande-Synthe, ne tend finalement qu’à parquer, diviser, les migrants et les réfugiés.

À Paris, pour ceux qui se mobilisent pour les migrants et connaissent la situation des campements dans le nord de Paris, l’annonce d’Hidalgo apparaît comme une ultime manœuvre politique et de communication. En effet, nous avions pu voir que face à la pression de la rue, à l’indignation d’une grande partie de la population face à la situation des migrants et des réfugiés en France et en Europe, Hidalgo était « intervenue » en 2015 en avançant notamment des « solutions d’hébergements ». Bien sûr, ces « opérations » de logements ou de relogements n’étaient que temporaires, sans parler du mystère planant sur les lieux d’hébergement, dans lesquels toute visite était proscrite et permettant en réalité l’éparpillement des réfugiés.

Ainsi, l’ouverture de ce nouveau camp humanitaire ne peut que s’inscrire in fine dans une ligne politique nationale qui, pour mettre fin aux « jungles » et aux « campements sauvages », est désormais de répartir, « classer », « ranger », et de contrôler les migrants dans des « structures » préfabriquées. Or, si ces mesures « structurelles » d’accueil ne sont pas assorties d’une prise en charge médicale, juridique, administrative visant à régulariser les migrants et réfugiés, d’une politique qui garantit la liberté de circulation, qui défend l’ouverture des frontières, le respect des droits et des demandes de chaque migrant, de chaque migrante, ces derniers retourneront dans la rue. Et les démantèlements continueront, ainsi que les interventions policières musclées, les reconduites à la frontière, et la précarisation de leurs conditions de vie.

Pour le moment, Hidalgo entend gérer ce lieu avec l’aide de trois associations dont France Terre d’Asile, Emmaüs Solidarité et Aurore – associations dont la mairie est proche et dont elle a la garantie qu’elles lui donneront son soutien. Face à ce projet, le gouvernement s’abstient pour le moment de tout commentaire, lui qui est engagé dans la « résorption des camps » et qui de son côté a pour projet de réformer les procédures de demande d’asile préférant aux « cabanons » multiplier les places dans des « structures en dur » que sont les CADA (centre d’accueil de demandeurs d’asile).

En réalité, cette annonce d’Hidalgo s’inscrit dans un contexte des plus tendus pour la « gauche socialiste ». Alors que la mobilisation contre la loi Travail se poursuit, que l’Euro de Football approche, ce « camp humanitaire » serait d’une part une tentative pour redorer son image auprès d’une partie de son électorat de gauche, et d’autre part permettrait de « vider » les rues, l’espace public, afin que l’image de Paris, comme ville des « droits de l’homme » inscrite au palmarès des plus belles capitales du monde, soit préservée à l’international. De fait, il faut rappeler que la contestation de la politique anti sociale et raciste envers les migrants a été au cœur, notamment à Nuit Debout, de la mobilisation contre la loi Travail et son monde. Alors que depuis mars le gouvernement se voit délégitimer « en bloc » sur l’ensemble de ses politiques par toute une partie de la population, le gouvernement continue son entreprise de « division des luttes » face à la « convergence des luttes ». Faire taire la contestation, rétablir l’ordre dans la capitale et à l’échelle nationale avant l’Euro de football, regagner la confiance de l’opinion publique et ici d’une partie de l’électorat de gauche en jouant avec la corde de l’humanisme et des valeurs universelles, telle est l’entreprise du gouvernement que nous devons combattre.