Politique

Volte-face au PS

Hidalgo retourne sa veste. Ouverture des commerces douze dimanches par an

Publié le 20 octobre 2016

Alors qu’il y a encore quelques mois Anne Hidalgo s’opposait à Macron sur le travail du dimanche, elle propose désormais d’ouvrir les commerces douze dimanches par an à Paris

Léo Serge

Anne Hidalgo, maire PS de Paris, vient de proposer au conseil municipal d’autoriser les commerces à ouvrir douze dimanches par an à partir de 2017, soit le maximum autorisé par l’actuelle loi. La loi Macron, contre laquelle Hidalgo tempêtait, permet déjà d’ouvrir les commerces le dimanche dans les « zones touristiques internationales », c’est à dire quasiment tout le centre de Paris – des Champs-Élysées au Marais en passant par le quartier latin, des grandes aux petites enseignes. Le plus drôle c’est qu’Hidalgo avait choisi le thème du travail le dimanche pour se donner une image de gauche, en bataillant contre le projet de Macron, elle disait alors : « Les zones que vous projetez d’instituer révèlent le fantasme d’une ville entière dédiée au tourisme consumériste. »

Pour faire passer ce revirement, Hidalgo explique qu’il s’agit d’une décision pour défendre le petit commerce face aux grandes enseignes. Pourquoi alors ne pas dégager les grandes enseignes hors de la ville – tout simplement en ne leur accordant plus de permis de construire ?

Hidalgo met en avant également la baisse de fréquentation lié au « contexte économique difficile » et la « baisse de fréquentation touristique ». Or le tourisme – comme les sociétés inégalitaires - c’est instable et fragile par excellence comme Le Caire, Bali ou Rio de Janeiro le savent déjà. Plutôt que d’avoir cherché à revitaliser Paris, Hidalgo a continué la politique ultra-libéral de « ville mondiale » avec des centres villes transformés en centre commerciaux, des ultra-riches absents qui achètent des résidences secondaires, la multiplication des airb’n’b, et tous ces autres procédés combinant embourgeoisement et départ des classes populaires et des activités… La ville capitaliste, inégale, façade sans vie et dédié au dieu euro…

Et puis quand Hidalgo prétend que cette mesure est pour le petit commerce ! Génial comme idée. Par ailleurs, Hidalgo n’a pris aucune mesure révolutionnaire pour « protéger le petit commerce de proximité ». Exemple : les luthiers parisiens partent à la retraite sans être repris par des plus jeunes... aucune aide ne leur permet de payer les loyers. Et donc les jeunes luthiers parisiens franchissent le périph’... peut être un moindre mal finalement. Paris est une des rares capitales à avoir encore beaucoup de librairies indépendantes. C’est tout simplement lié au prix unique du livre, une mesure drôlement peu capitaliste. Mais la réalité est que le petit commerce est tendanciellement condamné - ouverture le dimanche ou non - par l’augmentation du foncier et des loyers qui n’est pas sans rapport avec la politique menée par la ville et par les mécanismes du « libre marché »… Sans incursion profonde dans la propriété privée et les mécanismes du « libre marché », il n’y a pas de véritable politique de gauche.

Évidemment le PC et les Verts, qui font partie de la majorité municipale, sont très « embêtés » par ce soudain revirement. Ils protestent. Mais Hidalgo est tranquille, le texte final sera voté par la Métropole du Grand Paris : une assemblée majoritairement à droite. Bref, Hidalgo aura bientôt introduit le travail du dimanche, un dimanche sur quatre dans toute la région parisienne. Une mesure qu’elle propose, mais votée par la droite, avec juste quelques bougonnements des élus du PC et d’EELV. Après cela, il sera difficile de continuer à faire croire qu’elle est de gauche. Autre question : est-ce qu’Anne Hidalgo travaille le dimanche ? Ou bien est-ce que son emploi du temps de super-politicienne lui permet de faire ses courses le dimanche ? Bon courage au PC et à EELV. C’est pas facile d’être la caution de gauche molle d’un parti vraiment à droite...