Politique

Entre mensonges et contre-vérités, celui qui a cassé l’emploi revient sur les lieux du crime

Hollande à Florange : combien de promesses n’ont-elles pas été tenues ?

Publié le 17 octobre 2016

François Hollande s’est aujourd’hui rendu sur les sites d’Arcelor Mittal de Florange et d’Uckange, et tente de défendre son bilan, expliquant que « toutes les promesses ont été tenues ». Cependant, les constats sont là : le haut fourneau de Florange s’est arrêté, Arcelor Mittal s’en est mis plein les poches et la fermeture de l’usine a entraîné des destructions d’emplois par centaines chez les sous-traitants. Malgré l’aide de ses amis syndicalistes de la CFDT et de la CFE-CFC, le chef de l’État n’arrivera pas à mentir impunément sur son bilan économique et industriel.

George Waters

Pour respecter ses promesses de campagne, Hollande aurait sûrement dû promettre de tout faire pour maintenir le profit chez Arcelor Mittal, y compris quand cela est au détriment de l’emploi, direct ou indirect, dans la sidérurgie. De fait, le président-candidat Hollande s’est rendu aujourd’hui sur le principal dossier social du début de son quinquennat pour tenter d’y défendre son bilan, s’accrochant à quelques mots d’ordres : pas de suppressions d’emplois chez Arcelor Mittal, et maintien de l’activité à Florange. Deux éléments de langage qui ne sauraient cacher la dure réalité de l’est ouvrier français.

Sauver le site et défendre les emplois, une promesse tenue ? Cacher la réalité derrière le flou médiatique

Le président, et c’est son principal cheval de bataille dans cette offensive médiatique, annonce qu’il n’y a pas eu de suppression d’emplois et de déplacements de salariés. Sur les deux hauts fourneaux fermés, 629 emplois étaient concernés ; 200 seraient partis à la retraite (mais combien en retraite anticipée et autres méthodes pour faire baisser artificiellement le chômage ?), tandis que les 400 autres seraient reclassés en interne, « dont la plupart sur le site de Florange », dixit le groupe. « La plupart » ? Combien ont été déplacés de force, la question n’est pas résolue. De surcroit, la pirouette du Président sur les emplois est plus que ridicule : non seulement les emplois à Florange ne se limitaient pas aux hauts fourneaux, mais ils ne se limitaient pas non plus à la seule entreprise Arcelor Mittal. Résultat net : entre 1000 et 2000 emplois chez les sous-traitants ont été supprimés dans le bassin industriel, auxquels il faut ajouter les suppressions dans l’entreprise-mère : le délégué CGT de Florange, Lionel Burriello, indique que le site est passé de 2800 CDI en 2011 à 2100 aujourd’hui ; alors, toujours pas de suppressions d’emplois ?

Autre promesse non tenue : sauver le site par des investissements. Là aussi, le compte n’y est pas : sur les 200 millions d’euros promis, seuls 53 millions sont aujourd’hui dans les caisses. Il faut finalement voir que toute l’activité industrielle a été délocalisée, transformant le site en un centre de recherche ; les syndicats ont d’ailleurs bien souligné que les emplois dans lesquels ont été redirigés les anciens employés sont « précaires » au sens où leur activité est vouée à être supprimée prochainement… Pas de suppressions d’emplois, avez-vous dit ? Le but est surtout qu’il n’y en ait pas sous le quinquennat Hollande.

La loi Florange, l’autre mensonge du Président

Le cheval de campagne d’Hollande en 2012 était clair : « quand une grande firme ne veut plus d’une unité de production, qu’elle soit obligée de la céder à un repreneur pour qu’elle ne soit pas démantelée ». La méthode du candidat libéral ? Obliger les entreprises à trouver des repreneurs pour maintenir l’activité. Dans le cas de Florange, cela aurait été par exemple qu’Arcelor Mittal soit obligé de céder les deux hauts fourneaux ; dans le cas des Goodyear, cela aurait été de vendre l’usine d’Amiens Nord ; dans le cas de PSA-Aulnay, de céder à une autre entreprise de l’automobile l’usine de banlieue parisienne. Or, dans aucun de ces cas, les usines ne se sont maintenues, alors qu’une « loi Florange » a bien été votée, promulguée en mars 2014. Elle s’appelle sobrement « loi visant à reconquérir l’économie réelle » ou encore « loi pour visant à donner plus de dividendes aux actionnaires en gardant les travailleurs dans le giron du PS ». Cependant, l’État aidé du Conseil constitutionnel l’a consciemment vidé de toute substance, obligeant seulement les entreprises à chercher des repreneurs, mais n’obligeant personne à accepter une telle offre de reprise sérieuse et (évidemment) en supprimant toute sanction sur les grandes multinationales si celles-ci ne cherchent pas de repreneur. Là où personne n’attendait Hollande, il n’est pas venu.

Taxer les contrats précaires pour inciter au CDI, l’énième mensonge d’Hollande

En 2012, toujours à Florange sur le toit d’une camionnette, le fanfaron du PS avait claironné haut et fort : « les entreprisesqui emploient des intérimaires paieront davantage de cotisations chômage que celles qui embauchent des CDI ». De quoi attirer les votes des nombreux intérimaires et contrats courts de plus en plus présents sur le site, et qui sont aujourd’hui la main d’œuvre malléable à merci et modulable des grandes entreprises industrielles. C’était d’ailleurs la condition de l’UNEF pour saborder le mouvement étudiant durant la lutte contre la loi Travail : « taxez les CDD, on quitte la mobilisation », tel était le deal de feu le président de l’UNEF William Martinet. Trois 49.3 après, la mesure de sur-taxation des CDD est abandonnée sans que personne ne bronche.

Hollande en campagne avec les mêmes alliés que durant la loi Ttravail

Comment Hollande a-t-il pu faire passer toutes ces promesses non tenues comme un résultat positif de son quinquennat ? Une des réponses-clés réside peut-être dans la figure du mouvement de Florange, Édouard Martin, qui faisait figure de tête de proue du combat des métallos. Le syndicaliste CFDT a aujourd’hui assuré lui aussi que toutes les promesses d’Hollande ont été tenues. Pourquoi ses camarades de FO et de la CGT ont-ils refusé de participer aux festivités alors ? Partageant dans l’ensemble le constat que les promesses d’Hollande ne sont que du vent, Lionel Burriello estime que « nous ne nous mettrons pas à la même table que ceux qui sont responsables de la fermeture de notre filière liquide et que ceux qui cautionnent l’accord social qui en a découlé.  ? ? On a plus rien à se dire ». Pourquoi tant de haine se demande-t-on ? Peut-être tout simplement parce qu’entretemps Edouard Martin, capitaine sabordeur du mouvement ouvrier de Florange, est devenu député européen PS, rappelant les liens de la CFDT avec celles et ceux qui ont voulu faire un (énième) cadeau aux capitalistes avec la loi Travail.