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Monde

Rendez-vous à l’Elysée avec le président burkinabé

Hollande, françafricain jusqu’au bout

S'il est une gouvernance que François Hollande n'a pas abandonnée, c'est bien celle de la Françafrique. Son rendez-vous ce jeudi avec le nouveau chef d’État burkinabé, à la suite de ses homologues guinéen, mauritanien et nigérien, est en ce sens symbolique.

Après avoir reçu, en quelques jours, les chefs d’État nigérien puis mauritanien et guinéen, François Hollande avait rendez-vous ce jeudi avec Roch Marc Christian Kaboré, président du Burkina Faso, en visite à Paris pour deux jours. Cette rencontre, à dix jours du premier tour et officiellement pour un « dernier au revoir », est en réalité révélatrice de la politique impérialiste perpétuée par François Hollande en Afrique.

En effet, pendant les cinq ans de son mandat, s’il est un aspect de la politique que le Président n’a pas abandonnée, il s’agit bien de la politique étrangère, et à plus forte raison de la politique françafricaine. Dans une interview accordée à RFI il y a quelques jours, Alpha Condé – président de la Guinée – déclarait à ce propos :« Son intervention au Mali nous a sauvés parce que sans son intervention ça aurait été la catastrophe. […] Maintenant c’est l’affaire des Français et du Parti socialiste. Mais en tant qu’ami j’aurais souhaité qu’il soit candidat et qu’il ait un nouveau mandat. »Ce type de déclaration est particulièrement révélateur des liens étroits noués entre Hollande et ses relais locaux en Afrique centrale. Et bien évidemment, la question de l’intervention française au Sahel, sous couvert de lutte contre le terrorisme, est au centre de toutes ces discussions.

L’opération Barkhane, lancée en 2014 à la suite des opérations Serval et Epervier, mobilise 4000 militaires français dans la zone sahélo-saharienne, dans un vaste plan de lutte contre AQMI et Ansar Dine, les groupes terroristes implantés dans la région. Ouagadougou, capitale burkinabé, est la principale base du Commandement des opérations spéciales au Sahel. Mais ce que n’évoquent ni les médias ni les chefs d’État, c’est l’impact direct de l’intervention impérialiste dans la région sur l’émergence de telles forces réactionnaires. Car tout comme au Moyen-Orient, la misère et le désespoir semés par la politique brutale de la France dans les pays d’Afrique centrale créé un terreau fertile à la croissance et l’emprise de groupes terroristes.

Mais les classes dominantes françaises auraient tout à perdre en mettant un terme à la politique néocoloniale françafricaine, contrairement aux populations locales, et François Hollande l’a bien compris, à l’instar de ses prédécesseurs mais aussi de tous ses potentiels successeurs. A ce titre, il n’est pas anodin qu’à moins de dix jours du premier tour il rencontre Roch Kaboré et ses homologues d’Afrique de l’Ouest. Dans la lignée du sommet de Bamako en janvier dernier, François Hollande prouve une fois de plus qu’il a su dès son investiture endosser le rôle de chef de guerre afin de poursuivre une sanglante politique impérialiste depuis des décennies. Et si Kaboré apparaît comme plus modéré que son prédécesseur, le dictateur Blaise Compaoré, il remplit à la perfection son rôle de relais local de la politique néocoloniale française en Afrique.

Le fait que l’un des derniers actes politiques de François Hollande soit d’inviter Roch Kaboré et ses homologues de Guinée, du Niger et de Mauritanie est un symbole fort. Mais c’est aussi une raison de plus d’exiger que cesse cette politique françafricaine qui ne sert que les chefs d’État, le patronat et leurs alliés, qui est diamétralement opposée aux intérêts des populations locales.




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