Politique

Président-VRP du Medef

Hollande, marchand d’armes et négociateur de Rafales pour Dassault en Inde

Publié le 26 janvier 2016

Nina Kirmizi

C’est accompagné par la quasi-totalité du Cac40 que François Hollande a réalisé sa visite de trois jours en Inde qui devrait se conclure mardi par le défilé militaire du « Republic Day ». Au sein de cette délégation française, hormis le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, on pouvait notamment compter sur la présence d’Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, de Patrice Caine de Thalès, mais aussi des dirigeants de MBDA et de Safran, tout le fleuron de l’industrie militaire française, pour parler gros contrats avec le Premier ministre indien Narendra Modi. L’objectif : finaliser la négociation de vente des 36Rafales en cours de tractations entre l’Inde et Dassault, et anticiper les contrats à venir avec la puissance indienne dont l’économie croit encore à plus de 7points par an. De quoi en faire saliver plus d’un…

Branle-bas de combat trois jours durant, Hollande, en véritable VRP de l’industrie d’armement française, est parvenu à arracher un accord avec le gouvernement indien sur la vente de 36 Rafales. Après 4ans de péripéties depuis l’annulation de l’appel d’offres conclu en 2012 entre Dassault et New Delhi sur la vente de 126Rafales qui devaient être produits pour partie en Inde, le gouvernement Hollande a redoublé d’efforts pour venir au secours du groupe Dassault, mis en difficultés dans les négociations depuis près de dix mois.

Le désaccord touche à la question des « offset », soit les investissements compensatoires sur le territoire indien de la valeur d’une partie du contrat. La France voit d’un mauvais œil le transfert de technologies stratégiques réclamé par son partenaire indien en contrepartie de cet achat. Alors qu’en avril dernier, les contrats négociés avec Dassault portaient sur 36avions produits en France, le gouvernement indien a depuis revu sa copie. L’enjeu pour Delhi est d’obtenir des investissements à hauteur de 30% de la valeur des contrats négociés dans des usines et de la technologie, notamment destinées à construire certaines composantes de la production de Rafales en Inde. C’est sur cette partie des « offsets » que porte l’accord conclu ces derniers jours, d’où découlera en théorie le prix de vente des Rafales.

Les beaux discours sur l’Inde « plus grande démocratie du monde » et son alliance avec la puissance française auront du mal à cacher le réel objet de cette visite et ses résultats — somme toute insatisfaisants au regard des attentes de la diplomatie française qui souhaitait aller jusqu’à finaliser cette commande. Le gouvernement Hollande porte bien au-delà des frontières hexagonales son allégeance au patronat national. Derrière la parade diplomatique, il s’agit bel et bien d’assurer la prospérité du géant de l’armement, équiper les armées internationales et alimenter la guerre au bénéfice du capitalisme français.

L’année2015 a enregistré des records d’exportations d’armements français, à mettre sur le compte d’un gouvernement dit « socialiste » qui n’en est pas à sa première négociation pour les vendeurs d’armes. Après les ventes de Rafales à destination de l’Égypte et du Qatar, le gouvernement français peut se targuer de voir les résultats de son industrie militaire se chiffrer à plus de 16milliards d’euros pour 2015 uniquement, faisant de la France le fournisseur officiel de plus de 5% des armes vendues dans le monde.

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