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Politique

Les antécédents de la "guerre" en cours...

Hollande : une intervention militaire par an

L'article ci-dessous a été publié pour la première fois en septembre 2014. L'attentat de jeudi soir dernier nous pousse à republier cette analyse qui permet de mieux comprendre les antécédents de la "guerre" en cours.

S’il y a un terrain sur lequel notre président se montre efficace, c’est bien celui de l’intervention militaire, où il bat des records, si l’on s’en réfère à l’histoire récente de l’Hexagone. Tout d’abord, il y a eu le Mali, puis la Centrafrique, et maintenant la France s’engage aux côtés des Etats-Unis en Irak et prépare d’ores-et-déjà une possible intervention en Libye. Un enchaînement inédit pour la cinquième puissance impérialiste du globe. Bien que sa témérité n’ait pas encore porté ses fruits, Hollande cherche à faire contrepoids à la mauvaise situation économique et à son immense discrédit à échelle nationale, en se montrant ferme sur le plan de la politique extérieure.

Le rôle de la France en Irak

La France prend un poids croissant dans cette opération. En septembre 2014, Hollande était le premier chef d’Etat à se réunir avec le nouveau gouvernement iraquien. Parallèlement, des militaires français sont désormais associés à la planification des opérations aériennes au siège de l’Etat-major nord-américain de Centcom à Tampa (Floride).

Pourquoi la France est-elle tant au premier plan, si sur le plan militaire les Etats-Unis n’ont pas besoin de l’aviation française pour mener à bien leur intervention ? La réponse réside dans l’avantage politique qu’y trouvent l’un et l’autre. Côté américain, Obama a tout intérêt à montrer que les Etats-Unis ne sont pas seuls engagés contre les djihadistes. Et effectivement, à défaut d’intervenir militairement, une vaste coalition d’Etats cherche à donner une caution politique à cette nouvelle et dangereuse intervention nord-américaine. Telle était la fonction du sommet coprésidé par l’Irak et la France qui s’est tenu ce lundi 15 septembre à Paris, en présence des cinq Etats membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU et de 39 Etats d’Occident et du Moyen Orient qui participent d’une manière ou d’une autre à la coalition montée par les Etats-Unis. Côté français, le voyage de Hollande, la conférence internationale à Paris, les quelques bombes bien tirées sur les djihadistes quelques jours après avoir fourni des mitrailleuses de 12,7 mm et de l’aide humanitaire aux Kurdes -le tout devant les caméras du monde entier- sont autant d’éléments qui donnent à la France l’illusion d’apparaître pour un moindre coût sur un théâtre d’opérations où elle n’a depuis longtemps, pas joué de rôle important.

En même temps, la crise iraquienne est l’un des rares sujets, qui sur le plan interne fait consensus au sein de la classe politique française. Ministre de la Défense sous Sarkozy, Hervé Morin, aujourd’hui membre du parti centriste UDI, revendique le rôle de la France dans ce conflit. En 2014 toujours, l’ancien premier ministre François Fillon ainsi que Pierre Lellouche, également membre de l’UMP, ont voyagé en Irak pour soutenir les chrétiens d’Orient, une cause populaire dans l’opinion publique. Même Aymeric Chauprade, conseiller politique de Marine Le Pen pour les questions internationales, soutient les attaques nord-américaines et l’implication française.

Bientôt le tour de la Libye

Mais en réalité, la guerre qui intéresse véritablement l’impérialisme français se situe de l’autre côté de la Méditerranée. Jean-Yves Le Drian,ministre de la défense, avait même demandé à ce que la France dirige une opération en Libye, en arguant du fait que le pays était en train de devenir "une sorte de ’hub’ où les groupes terroristes viennent s’approvisionner, y compris en armes, et se réorganiser". En Libye, l’hypocrisie française n’a rien à envier à celle des Etats-Unis en Irak. En effet, il y a trois ans, la France et l’Angleterre ont bombardé ce pays avec le soutien logistique des Etats-Unis, en livrant des armes à une coalition de milices islamistes liées à Al Qaeda et aux forces tribales pour détruire l’Etat libyen et assassiner son dirigeant, le colonel Mouammar Kadhafi. Aujourd’hui, ces mêmes puissances profitent cyniquement du chaos qu’elles ont semé en l’utilisant comme prétexte pour envahir à nouveau le pays, soi-disant pour lutter contre les forces islamistes qu’elles ont soutenues en 2011.

C’est pour cette raison qu’il est impératif de rayer de la carte la première cause de tous ces désastres : la domination impérialiste mondiale. Qu’elle soit présentée comme humanitaire et comme une aide aux révolutions arabes, comme ça a été le cas en Libye ; comme la seule issue pour les réfugiés poursuivis et assassinés par les djihadistes comme c’est le cas en Irak ; ou pour freiner le chaos comme actuellement en Libye, ces interventions militaires aggravent les maux auxquels elles prétendent s’attaquer. Par là même, elles ne font qu’ajouter des pays décimés aux terres brûlées que laissent les puissances impérialistes après leur passage. L’état désastreux dans lequel se retrouvent pendant des années les pays cibles des interventions est une démonstration supplémentaire de la décadence de l’impérialisme nord-américain et de son acolyte français – dont les ressources économiques sont plus limitées - qui ne peuvent l’un comme l’autre garantir la moindre stabilité à ce qu’ils touchent.




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