Politique

Du plomb dans l’aile, et moins dans la cervelle

Hollandie morne plaine. Un président de plus en plus carbonisé

Publié le 20 octobre 2016

Ça passera sans doute dans les annales comme l’opération de com’ la plus ratée de l’histoire de la V° République. Le livre de confidences, Un président ne devrait pas dire ça.., devait permettre de relancer la candidature encore non déclarée de Hollande pour 2017. A défaut de le rendre plus populaire, l’idée était de le montrer sous un jour bonhomme, un peu commère, davantage sympathique. Le résultat est inverse. Même ses plus fidèles lieutenants le lâchent…

Corinne Rozenn

L’Elysée n’essaie même pas de faire croire à qui que ce soit que le livre d’entretiens n’était pas directement commandité par les services présidentiels. Au vu du tollé qu’il a suscité au sein même de la majorité, Hollande tente tout au plus de faire croire qu’il était censé être publié à la fin du quinquennat pour en restituer « la cohérence ». Peine perdue.

Ce qu’il ressort des pages choisies, qui ont été reprises dans la presse à la suite de l’attaque du président contre les juges, c’est une sorte de Hollande plus sarkozyen que Sarkozy. Exit « pépère ». Bienvenue à un président sûr de lui, arrogant, imbus de sa personne et… complètement à côté de la plaque. Heureusement que le livre était censé servir de rampe de (re)lancement de la candidature Hollande pour la primaire de la gauche et en vue des présidentielles.

Le plus lourd, dans l’histoire, c’est que ses plus fidèles collaborateurs en prennent plein la figure. Ayrault est traité d’incapable, Bartolone, censé tenir les députés et le 93, de personnage « sans envergure », Vallaud-Belkacem, sa courroie de transmission avec les 800.000 enseignants, base sociale et électorale traditionnelle du PS, de professionnelle de la « langue de bois » mais qui n’a pas fait l’ENA. Même le patron des députés socialistes, Bruno Leroux, élu, lui aussi, du 93, fidèle parmi les fidèles, a pris ses distances.

Comment expliquer une erreur aussi grossière ? Rarement on aura vu une opération de com’ aussi ratée au point de ressembler à un bêtisier, mais il ne s’agit pas que d’un problème de forme. L’enchaînement de situations de tensions sociales et politiques aiguës, avec le printemps de lutte contre la Loi Travail, et d’une séquence réactionnaire où le gouvernement pensait avoir repris la main, après l’attentat de Nice, explique très certainement cette erreur grossière de calcul politique : inquiétudes sur le front politique, couplées à un raidissement croissant de l’exécutif et le sentiment de pouvoir gagner, quoi qu’il arrive, la primaire de la gauche, ont conduit Hollande et ses conseillers à cette confusion des coordonnées de la situation et à cet excès de confiance qui se retourne contre eux.

Ce n’est pas seulement le vide qui se fait, aujourd’hui, autour de Hollande. Selon la plupart des journalistes, il ne fait guère bon de s’attarder auprès de lui après le Conseil des ministres du mercredi où, jusqu’à présent, il fallait être vu. A la liste des 170 députés, 90 sénateurs et 75 premiers fédéraux socialistes qui étaient prêts à signer un texte de soutien à leur champion début octobre, il faut retrancher, aujourd’hui, une vingtaine de députés et plusieurs responsables départementaux du PS.

Mais ce n’est pas Hollande qui est lâché de toute part et qui se carbonise. Ce faisant, il entraîne tout le monde avec lui. Là où, jusqu’à la nomination de Macron à Bercy, Valls essayait de se présenter comme un candidat possible en 2017, à l’heure actuelle, le Premier ministre sait que, s’il devait remplacer Hollande à la primaire et aux présidentielles, il serait fini politiquement.
Il est des situations où la crise politique latente s’approfondit brusquement ou de façon inattendue pour une broutille qui devient une affaire d’Etat. Ici, un simple livre. C’est à cela, également, que l’on peut juger du caractère organique et pas seulement conjoncturel de la crise de la politique et du mode de domination bipartisan.