^

Monde

Poussée dictatoriale

Honduras : La répression policière fait 7 morts et 20 blessés

Les résultats des élections présidentielles honduriennes sont fortement contestés depuis une semaine. Le gouvernement en place, pro-américain, a accru vendredi la répression en imposant un état d’urgence doublé d’un couvre-feu.

Il y a huit jours se tenaient les élections présidentielles au Honduras, pays d’Amérique centrale sous forte influence des Etats-Unis.Vendredi dernier, les résultats sont fortement contestés par l’opposition, et la mobilisation a poussé le conseil des ministres à proclamer un couvre-feu, violant la garantie constitutionnelle du droit de circulation, et à déployer un arsenal répressif sans précédent.

Pour rappel, le parti national du Honduras actuellement au pouvoir y est arrivé suite à un putsch militaire en 2009. Ce coup de force, commandité par les puissances économiques du pays et appuyé par les Etats impérialistes, avait pour objectif de contrer la vague réformiste de l’ALBA en Amérique Latine.

Aujourd’hui ce même gouvernement tente d’imposer sa réélection : la tenue même de cette dernière avait été contestée par plusieurs organisations honduriennes de par son caractère illégal, la candidature du président actuel se fondant sur une décision de la Cour suprême l’autorisant à se présenter une seconde fois, malgré que ce soit contraire à la Constitution. Ce même gouvernement avait connu une forte remise en question ces dernières années. Un exemple de cela a été les "marches de la torche" des indignés en 2015 qui ont dénoncé la corruption et le pillage du système de santé publique.

Le 26 novembre au soir, les résultats sont très serrés : le candidat conservateur Juan Orlando Hernandez arriverait en tête avec 42,92 % des suffrages et son rival de l’Alliance de l’opposition contre la dictature, Salvador Nasralla, aurait eu 41,42 % des voix alors qu’il fut initialement donné gagnant. Le Tribunal suprême électoral (TSE) a interrompu la communication des résultats alors que seulement 94,31% des bulletins étaient dépouillés, laissant planer le doute. Officiellement l’affaire est actuellement aux mains des juges qui disposent d’un mois pour statuer sur l’issue du scrutin, ces mêmes juges qui avaient donnés le candidat d’opposition gagnant avant leur revirement.

Face à une telle situation, le peuple hondurien a manifesté son désaccord dans la rue. Le gouvernement a, quant à lui, choisi la répression. En effet, depuis vendredi l’état d’urgence a été déclaré, les droits constitutionnels sont suspendus et hier, un couvre-feu a été instauré de 18h à 6h du matin. La police et l’armée ont les mains libres pour écraser toute opposition. Et elles ne s’en privent pas, comme en témoignent les nombreux opposants assassinés par l’armée, dont un enfant de moins de 11 ans. Officiellement, l’objectif de cet état d’urgence est de mettre un terme aux violences causées par les sympathisants de l’Alliance de l’opposition contre la dictature. Mais la population n’a rien à attendre de Salvador Nasralla et de son parti d’opposition qui jusqu’à présent ont été incapables de défendre la volonté populaire et restent "en attente" de la décision d’une institution truquée. La tâche aujourd’hui n’est pas seulement de renverser la fraude électorale, mais de questionner le régime hondurien, ses partis politiques et ses institutions, qui ont permis la progression de la militarisation et la fourniture de ressources et de pillages pendant des années.

Face à cette situation, il convient de noter que les puissances impérialistes, d’habitude si promptes à vouloir restaurer la démocratie en Amérique latine font preuve d’un silence pour le moins assourdissant. En effet, à ce jour, ni la France, ni les États Unis ne semblent avoir réagi au tournant autoritaire en cours. Pire encore, le décret imposant le couvre-feu a été approuvé par des organismes internationaux tels que l’Organisation des Etats Américains (OEA) et l’Union Européenne a elle appelé les honduriens au calme.




Mots-clés

Monde