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Hulot adepte de la méthode Coué ? Le ministre affirme qu’il n’a « renoncé à rien »

Comment comprendre la surprenante affirmation de Nicolas Hulot, dans un entretien pour L’Obs, selon laquelle il n'a « renoncé à rien » ? Le ministre cacherait-il ses reculs sur les perturbateurs endocriniens et le nucléaire ? Ou avouerait-il que ses convictions vont vers une écologie inconséquente où hydrocarbure et glyphosate seraient « durables » ?

Après avoir été courtisé par tous les gouvernements depuis l’époque de Nicolas Sarkozy, Hulot s’est laissé tenter par Emmanuel Macron et son mouvement. Une belle prise qui servait de caution de gauche à un gouvernement aux visées clairement libérales. Une opération de « greenwashing » qui n’aura pas dupé grand monde tant les déclarations d’intention du présentateur « écolo » ont été revues à la baisse face aux exigences des marchés.

Idéaliste ou naïf, Hulot n’en reste pas moins convaincu de « pouvoir créer, de l’intérieur, des dynamiques irréversibles dans quatre domaines structurants : l’alimentation, les transports, la rénovation thermique des bâtiments, et, bien sûr, la politique énergétique qui comprend la réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique ». Un beau projet qui se heurte déjà de plein fouet aux impératifs économiques. Quand on voit à quel point le Ministre de la Transition écologique et solidaire a dû mettre de l’eau dans son vin sur les perturbateurs endocriniens et le nucléaire, rien d’étonnant qu’il affirme que la politique du gouvernement est « plutôt rude ».

Malgré les critiques de nombreux écologistes et la mobilisation de la société civile envers les perturbateurs endocriniens, Nicolas Hulot s’est félicité d’avoir « gagné une bataille » en adoptant le projet de loi du gouvernement sur ces molécules responsables de nombreuses maladies. Un premier pas vers une écologie de compromission qui allait en appeler d’autres. Mais, quand on signe aussi vite un texte au service de l’industrie capitaliste, il est normal de ne pas considérer tout recul sur la protection de l’environnement comme un renoncement.

Dans la foulée, c’est le dossier du nucléaire qui fait l’objet d’adaptation de la part du Ministre de l’écologie. Se présentant comme un homme prudent et responsable, Hulot précise avoir pris « en compte l’ensemble des critères (climatiques, énergétiques, sociaux, ou encore la sûreté des centrales) » pour procéder à la fermeture des centrales nucléaires, en omettant de préciser l’avantage des géants de l’énergie et leur taux de profit. On est donc passé d’une réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production électrique pour 2025, à l’objectif d’y arriver en 2035. Une décennie supplémentaire qui ne semble pas être un renoncement de plus pour Hulot.

Pour masquer sa trahison de l’écologie, Hulot avance la fermeture de la centrale de Fessenheim, qui figurait en 41ème place dans la liste des promesses de campagne de Hollande, « au cours du quinquennat ». Cette bonne nouvelle est cependant immédiatement relativisée puisque, selon le Ministre de la Transition écologique et solidaire, « l’accord avec EDF prévoit sa fermeture quand l’EPR de Flamanville sera ouvert ». Quand on sait que l’EPR soulève de graves inquiétudes quant à la sécurité de ses installations, comme en témoignent les nombreuses années de retard de sa construction à cause des problèmes de fissures dans les cuves, on ne peut que se demander si l’objectif est bien d’en finir un jour avec l’énergie atomique.

Sur le chapitre du glyphosate, également très polémique, Hulot ne renonce à rien et surtout pas à l’hypocrisie. Bien qu’il prétende ne pas « accepter de compromis quand la santé publique est en jeu », il a soutenu le renouvellement du produit toxique reconnu pour ses effets « probablement cancérigènes », pour trois ans, auprès de la Commission européenne. Un délai juste suffisant pour que les industriels aient le temps d’écouler leurs stocks et de trouver une alternative pour assurer leurs profits.

Dernière preuve que l’écologiste n’a « renoncé à rien », son absence totale d’intransigeance sur l’aéroport de Notre Dame des Landes. Alors qu’il a clairement pris position contre ce grand projet inutile, il ne met pas dans la balance son poste pour enterrer le projet d’aéroport : « Je ne fonctionne pas comme cela. Si je vous dis que c’est une ligne rouge, c’est une forme de chantage ». On comprend mieux pourquoi Hulot cède si facilement aux ordres des industriels responsables par leur mode de production de la destruction de l’environnement : il refuse toute limite à la compromission et ne voudrait surtout pas bousculer les grands groupes.

En octobre dernier, Hulot déclarait au Monde que « la première ligne rouge, c’est l’instant où je me renierai ». Quand on voit les services qu’il a rendu au néo-libéralisme destructeur de l’environnement, on se demande bien quand est-ce que le ministre prétendument écolo et n’ayant « renoncé à rien » va se rendre compte que la ligne rouge a depuis bien longtemps été franchie.




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