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Hydrocarbures : les concessions de Nicolas Hulot

Alors que le ministre de la Transition écologique et solidaire s’est fait fort de stopper l’exploitation hexagonale des hydrocarbures d’ici 2040, la pression exercée par les grands groupes du secteur et la droite ont mis à mal le projet de loi.

Crédits photo : Reuters

Vers la fin des hydrocarbures en France ?

Le 10 octobre prochain, le texte de loi portant sur la fin de l’exploitation du pétrole et du gaz sera soumis à un vote public. Pour Hulot, il faut « atteindre aussi vite que possible, et au plus tard au milieu du siècle, la neutralité carbone ». En 2040, ce serait donc la fin de l’exploitation des gisements d’hydrocarbures en France, dont la production ne couvre en réalité que 1% de notre consommation. Si ce texte comporte une valeur plus symbolique qu’une réelle efficacité à limiter le changement climatique, l’apparente bonne volonté de Mr Hulot ne fait pourtant pas le poids face aux lobbyistes en tout genre. Ce qui en dit long sur la caution verte mais « pas trop » du gouvernement Macron.

Ainsi, le ministre fut quelque peu chahuté lors de l’examen du projet de loi à l’Assemblée nationale ce mardi 3 et mercredi 4 par l’opposition LR notamment, qui se positionne du côté des industriels du secteur, présents en particulier dans le bassin de Lacq dans les Pyrénées-Atlantiques.

Mais en plus de l’hostilité des députés de droite, le texte se heurte à la lourdeur juridique du code minier où le « droit de suite » est consacré. Ce dernier instaure le fait qu’à toute prospection fructueuse est octroyé un droit à l’exploitation du gisement. La France compte donc actuellement pas moins de 63 permis d’exploitation de gisements d’hydrocarbures (gaz et pétrole), en particulier dans le bassin aquitain et parisien. C’est donc ici qu’intervient le premier recul de Hulot sur ce texte : si à l’origine du projet aucune prolongation d’exploitation ne devait être accordée à ces 63 concessions déjà existantes, le texte prévoit à présent d’autoriser certaines d’entre elles à poursuivre leur activité jusqu’à l’horizon 2040 voire plus s’il est montré « qu’une telle limitation ne permet pas de couvrir ses coûts de recherche et d’exploitation en vue d’atteindre l’équilibre économique par l’exploitation du gisement découvert ».

Le double discours de Total et de Nicolas Hulot

Cette mesure prévoyant l’arrêt de l’exploitation d’hydrocarbures est donc vivement contestée chez les industriels pétroliers qui, par la voix de Francis Duseux, y voient un moyen qui « conduira à augmenter les émissions de gaz à effet de serre puisque ce qu’on ne produit pas en France, il faudra bien l’importer ». Pourtant la loi de transition énergétique datant de 2015 censée promouvoir les énergies renouvelables et dites « vertes » prévoit de réduire de 30% la consommation d’énergie fossile d’ici une dizaine d’années. Cette transition énergétique fait d’ailleurs l’objet d’une communication bien rodée chez Total qui se targue de « contribuer au développement des énergies renouvelables », ce qui « est un choix stratégique autant qu’une responsabilité industrielle », notamment au travers du développement du solaire et des bioénergies. De belles intentions qui ne résistent pas longtemps à la réalité du marché et des sommes énormes qui sont en jeu pour les capitalistes du pétrole : si, à partir de la promulgation de la loi, plus aucune prospection d’hydrocarbures ne sera, normalement, autorisée, cela n’arrêtera pas les affaires de Total. Patrick Pouyanné, PDG du groupe, ne s’est ainsi pas privé de déclarer : « Si je ne peux pas explorer en France, j’explore ailleurs ». L’« ailleurs » sera notamment de l’autre côté de l’Atlantique puisque Mr Hulot, en bon ministre, a tout de même concédé à Total une prolongation du permis de recherche d‘hydrocarbures dans les eaux guyanaises.




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